65 000 millions de barils de pétrole. C’est l’équivalent de près de 21,5 % des réserves pétrolières du Venezuela. Désormais, une partie considérable de ces ressources se retrouve sous le contrôle majoritaire des États-Unis. Un accord conclu entre l’administration Trump et le gouvernement de Delcy Rodriguez a été signé le 28 août dernier.
Cet accord intervient dans un contexte particulièrement tendu entre Caracas et Washington. En l’espace d’une année, le Venezuela a notamment connu un embargo ainsi que la capture de Nicolas Maduro. Mais pourquoi le Venezuela a-t-il accepté un tel accord avec les États-Unis ? Et surtout, à qui profite réellement cette opération ? Mister Prépa revient sur les enjeux économiques et géopolitiques de cet accord.
De quoi parle-t-on exactement ?
Entrons directement dans le vif du sujet. L’accord prévoit de placer sous contrôle majoritaire américain 17 gisements de pétrole vénézuéliens. À eux seuls, ces gisements représentent un volume considérable de ressources : environ 65 000 millions de barils, soit davantage que les réserves de pétrole brut actuellement détenues par les États-Unis, estimées à 46 000 millions de barils en 2024.
Pour l’administration de Donald Trump, l’objectif est notamment de renforcer les réserves stratégiques américaines, à travers la Strategic Petroleum Reserve. Sur les réseaux sociaux, le président américain a d’ailleurs présenté l’opération comme un véritable « cadeau » du Venezuela au peuple américain.
De son côté, Delcy Rodriguez a confirmé l’exploitation des 17 gisements, avec une production estimée à 1,5 million de barils par jour pendant 25 ans.
Mais Caracas tient à rappeler un élément essentiel : le Venezuela conserverait sa souveraineté sur les gisements concernés. L’accord prévoit également le versement de 16 % de royalties ainsi qu’un taux d’imposition sur les bénéfices de 34 %. Selon les estimations du gouvernement vénézuélien, les recettes pourraient atteindre près de 209 milliards de dollars.
Sur le papier, l’opération pourrait donc sembler avantageuse pour les deux parties. Mais la réalité économique du Venezuela est bien plus complexe.
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Le Venezuela avait-il vraiment le choix ?
C’est probablement l’une des principales questions à se poser.
Le Venezuela possède les plus importantes réserves de pétrole brut au monde. Pourtant, son industrie pétrolière traverse une crise profonde. Les infrastructures sont vieillissantes, les investissements insuffisants et la production a fortement diminué au cours des dernières années.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro, plusieurs facteurs ont contribué à cette dégradation : manque d’investissements, politisation de l’industrie pétrolière, corruption, mais également sanctions économiques américaines.
Dans ce contexte, l’accord avec les États-Unis peut représenter une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie vénézuélienne. Les revenus générés pourraient permettre de financer des investissements et de relancer une industrie stratégique pour le pays.
Mais plusieurs économistes restent prudents. Ils s’interrogent notamment sur le niveau réel des recettes que Caracas pourra percevoir. Selon certaines estimations, le Venezuela pourrait finalement tirer moins de bénéfices de cet accord que d’autres pays ayant conclu des partenariats similaires.
La question est donc moins de savoir si le Venezuela va gagner de l’argent que de déterminer si les revenus seront suffisants pour redresser durablement son économie.
Pourquoi Donald Trump s’intéresse-t-il autant au pétrole vénézuélien ?
Du côté américain, les intérêts sont multiples.
Premièrement, l’accord permet aux États-Unis de renforcer leur accès aux immenses réserves pétrolières du Venezuela. Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient et les incertitudes sur les marchés de l’énergie, disposer d’un accès privilégié à une telle quantité de pétrole constitue un avantage stratégique majeur.
Deuxièmement, l’administration Trump souhaite faire baisser le prix des carburants pour les consommateurs américains. Un objectif particulièrement important à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026.
En août 2026, la popularité de Donald Trump est au plus bas et le Parti républicain pourrait avoir des difficultés à conserver le contrôle des deux chambres du Congrès. Or, le pouvoir d’achat reste l’une des principales préoccupations des Américains.
Enfin, l’enjeu est géopolitique. Le Venezuela entretient depuis plusieurs années des relations étroites avec la Russie et la Chine.
Pourquoi cet accord fait-il polémique ?
Le Venezuela n’en est pas à son premier partenariat avec une puissance étrangère dans le secteur pétrolier. Durant le chavisme, Caracas avait notamment développé des accords avec la Chine et Cuba.
Ce qui rend l’accord actuel particulièrement controversé, ce sont surtout les conditions politiques dans lesquelles il a été conclu.
L’accord aurait été introduit sans véritable débat public ni débat politique au sein de l’Assemblée nationale. Or, le gouvernement actuellement en place au Venezuela est un gouvernement intérimaire.
