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L’Arabie saoudite, puissance en quête de poids sur la scène internationale

Sommaire

Le 7 août 2026, l’Arabie saoudite scellait à La Mecque un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et la Turquie. Trois semaines plus tard, le 24 août, elle signait à Paris un rapprochement stratégique avec la France. Ces deux accords, conclus à moins d’un mois d’intervalle, couronnent une séquence engagée dès septembre 2025 avec un premier pacte bilatéral saoudo-pakistanais. Ensemble, ils dessinent une ambition assumée : sortir du face-à-face historique avec Washington pour devenir un acteur diplomatique et sécuritaire à part entière. Une stratégie qui pose une question centrale : l’Arabie saoudite peut-elle devenir une puissance mondiale ?

Comment l’Arabie saoudite parvient-elle à multiplier les alliances sans s’enfermer dans un camp ? Et cette stratégie suffira-t-elle à faire du royaume une puissance mondiale, plutôt qu’un pivot régional que les grandes puissances continuent de se disputer ?

Un double mouvement : sécurité et diplomatie économique

Le 17 septembre 2025, Riyad signe avec le Pakistan l’Accord stratégique de défense mutuelle, officialisant des décennies de coopération militaire discrète et plaçant implicitement le royaume sous la protection de l’arme nucléaire pakistanaise. Moins d’un an plus tard, le 7 août 2026, cet accord bilatéral s’élargit à la Turquie lors d’une cérémonie à La Mecque réunissant MBS, Erdoğan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. L’« Accord de La Mecque » établit un mécanisme de défense collective explicite : une attaque contre l’un des trois États vaut attaque contre les trois, et intervient quelques jours après des tirs de milices irakiennes pro-iraniennes contre l’Arabie saoudite et une résurgence de la menace houthie en mer Rouge.

Ce pacte a toutefois une portée encore incertaine : le texte intégral n’a jamais été publié, et il ne précise pas si l’arsenal nucléaire pakistanais est réellement couvert, une ambiguïté qui donne au texte sa force rhétorique tout en limitant, pour l’instant, sa portée opérationnelle.

Trois semaines plus tard, la visite de MBS à Paris scelle un second axe, économique cette fois : investissement saoudien colossal dans trois parcs d’attractions près de Paris, et discussions approfondies sur l’ensemble des crises régionales : Syrie, Gaza, Iran. Pour Riyad, il s’agit de diversifier ses partenaires face à un désengagement perçu de Washington et à une Chine, déjà premier partenaire commercial du royaume, de plus en plus présente dans la région.

 

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Le multi-alignement, une doctrine à double tranchant

Ces initiatives relèvent d’une doctrine assumée par MBS : le multi-alignement. Plutôt que de choisir un camp, Riyad cultive simultanément des relations avec la Chine, une coopération énergétique avec la Russie via l’OPEP+, un partenariat sécuritaire avec le Pakistan et la Turquie, et un lien rééquilibré avec Washington, tout cela sans jamais rejoindre les BRICS à part entière, signe qu’il préserve sa liberté de manœuvre plutôt que de s’arrimer à un bloc.

Cette stratégie a un coût diplomatique direct : elle tend les relations avec l’Inde, qui a exprimé son inquiétude après les deux accords avec le Pakistan, redoutant que des capacités militaires renforcées se retournent, à terme, contre ses propres intérêts. Plusieurs observateurs notent d’ailleurs un effet paradoxal : ce rapprochement pousse New Delhi à resserrer ses liens avec Israël, l’inverse de l’architecture régionale que Washington cherchait à construire ces dernières années. Chaque alliance nouvelle rapproche donc Riyad de certains partenaires, mais risque d’en éloigner d’autres.

Cette diplomatie d’apaisement : désescalade avec l’Iran via une médiation chinoise en 2023, rapprochement avec la Turquie après les tensions liées à l’assassinat de Jamal Khashoggi, soutien à la normalisation de la Syrie d’Ahmad Al-Charaa, répond aussi à un impératif économique : Vision 2030 exige une stabilité régionale minimale pour rassurer les investisseurs étrangers.

 

Mais Riyad peut-il réellement devenir une puissance mondiale ?

Disposer de nombreuses ressources de puissance ne garantit pas une capacité d’action équivalente à celle d’une grande puissance mondiale. Trois limites structurelles freinent cette ambition.

Une dépendance persistante au pétrole

Le déficit budgétaire 2025 a atteint 65 milliards de dollars (–5,3 % du PIB), très au-delà des prévisions, en raison de recettes pétrolières inférieures aux attentes et d’une réduction des dividendes exceptionnels d’Aramco. Le FMI estime que Riyad a besoin d’un baril à 91-96 dollars pour équilibrer son budget, alors que le Brent a évolué entre 70 et 75 dollars sur l’essentiel de 2025 soit un écart qui contraint le royaume à emprunter massivement : sa dette publique est passée de 1 220 à 1 520 milliards de riyals en un an, portant le ratio dette/PIB de 25,9 % à 31,7 %. La part non pétrolière du PIB a certes franchi les 50 %, mais elle reste largement financée par les recettes des hydrocarbures.

Des ambitions financièrement intenables

NEOM, vitrine de Vision 2030 annoncée en 2017 pour 500 milliards de dollars, a vu son coût total potentiel évalué jusqu’à 8 800 milliards de dollars par un audit interne révélé par le Wall Street Journal, avec un calendrier s’étirant jusqu’en 2080. The Line, sa ville linéaire censée accueillir 1,5 million d’habitants dès 2030, a vu sa construction suspendue en septembre 2025 ; le Fonds public d’investissement a acté en avril 2026 un basculement vers un développement « par phases », actant de fait l’abandon du calendrier initial, après une dépréciation comptable de 8 milliards de dollars et une trésorerie tombée à son plus bas niveau en six ans. Pour financer ces projets, Riyad doit désormais activement séduire des capitaux étrangers, ce qui de fait, éclaire en creux sa diplomatie économique avec la France ou la Chine.

Une influence encore essentiellement régionale

Face aux États-Unis, à la Chine ou à la Russie, Riyad ne dispose ni de la profondeur militaire, ni du poids financier global d’une grande puissance. Même au sein du Golfe, la comparaison est parlante : les Émirats arabes unis devancent l’Arabie saoudite au classement mondial du soft power (10ᵉ contre 17ᵉ place selon le Global Soft Power Index 2026 de Brand Finance), portés par un programme spatial actif, le Qatar, avec une population comparable à celle de Paris intra-muros, a transformé le Mondial 2022 et ses médiations régionales en un capital diplomatique disproportionné à sa taille ; la Turquie conjugue une économie plus large et une armée parmi les plus importantes de l’OTAN. Les classements de puissance mondiale 2026 rangent d’ailleurs l’Arabie saoudite et les Émirats dans un même troisième cercle : celui des puissances régionales à ambitions mondiales, loin du cercle des grandes puissances capables de peser durablement sur l’ordre international.

A retenir 

L’Arabie saoudite ne cherche plus seulement à se protéger, elle cherche à peser. Le pacte avec le Pakistan et la Turquie, couplé au rapprochement avec la France, dessine une même ambition sous deux formes : diversifier les garanties de sécurité d’un côté, les partenariats économiques de l’autre, pour ne plus dépendre d’un seul protecteur.

Mais l’accumulation de ressources de puissance ne suffit pas à faire une grande puissance : la dépendance persistante au pétrole, les révisions à la baisse imposées à NEOM faute de capitaux suffisants, et un rayonnement diplomatique qui reste, comparé aux Émirats, au Qatar ou à la Turquie, largement régional, rappellent que Riyad demeure pour l’instant une puissance régionale aux ambitions mondiales. Reste à savoir si, d’ici l’échéance 2030, le royaume parviendra à s’affranchir suffisamment de ces deux dépendances : pétrolière et régionale, pour franchir ce cap et faire de l’Arabie saoudite une puissance mondiale, ou s’il restera, comme les autres puissances moyennes du Golfe, un acteur d’influence plutôt qu’un pôle de puissance à part entière.

 

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Jassem Chabbi
Étudiant en première année à l’EDHEC, je transforme ma passion pour les mathématiques et la géopolitique en contenus simples, clairs et utiles pour vous aider à progresser et à atteindre vos objectifs.