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Cambodge et Thaïlande : quel avenir pour le conflit entre les deux pays ?

Sommaire

Province de Chanthaburi, Thaïlande, juillet 2026, un mur de béton chapeauté de barbelés est érigé le long de la frontière thailando-cambodgienne. Cet événement s’inscrit dans le cadre des tensions qui existent entre les deux pays depuis maintenant plus d’un siècle, et qui ont donné lieu, durant l’année 2025, à une flambée de violence. 

 

AUX ORIGINES DU CONFLIT 

Ce différend frontalier prend ses racines au début du 20e siècle. En 1907, le Royaume de Siam (actuelle Thaïlande) et l’Indochine française (aujourd’hui Cambodge, Laos et Vietnam) signent  le traité franco-siamois. Ce dernier consacre quelques lignes frontalières entre les deux territoires mentionnés. 

Ce tracé colonial a abouti sur une première affaire en 1962, celle du temple de Préah Vihéar. Le traité franco-siamois de 1907 avait placé ce lieu de pèlerinage et de culte pour les populations cambodgiennes du côté thaïlandais. Ainsi, le Cambodge a entamé une procédure à la Cour Internationale de Justice, accusant la Thaïlande d’occuper une partie de son territoire, notamment par l’installation de forces armées depuis 1954. 

Pour rendre sa décision, la CIJ s’est appuyée sur une convention franco-siamoise, signée en 1904 et selon laquelle, la frontière devait suivre la ligne de partage des eaux. Cette ligne prévoyait que le temple de Préah Vihéar se situerait du côté cambodgien. La Thaïlande a donc été tenue de retirer ses forces armées de la région et de restituer au Cambodge les objets qui en avaient été enlevés depuis 1954. Toutefois, des embuscades ont eu lieu entre 2008 et 2011 à la frontière entre les deux pays, notamment sur le site du Temple, et la CIJ a ainsi été amenée à réaffirmer sa décision de 1962. 

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LE RÉCENT RETOUR DES COMBATS 

Le 28 mai 2025, un tir thaïlandais dans le Triangle d’émeraude (zone où se chevauchent les territoires cambodgien, thaïlandais et laotien) tue un soldat cambodgien. Cette ouverture du feu vient après l’incident au temple du Prasat Ta Muen Thom, le 13 février de cette même année. Des touristes cambodgiens se sont vus interdits par des soldats thaïlandais de chanter leur hymne sur ce temple frontalier. Les gouvernements des deux pays n’ont cessé de s’accuser mutuellement, tout en affirmant tous deux qu’aucun ne voulait que la situation ne dégénère. 

Pourtant, en juillet 2025, cinq jours de combats intensifs ont donné la mort à environ 40 personnes et déplacé quelque 300 000 personnes de part et d’autre de la frontière. C’est l’explosion d’une mine ayant blessé 8 soldats thaïlandais au cours du mois de juillet, qui déclenche cette nouvelle escalade. 

Les différends existants entre le Cambodge et la Thaïlande se déploient également en mer. En effet, le rival cambodgien revendique l’île de Koh Koot, qui est la quatrième plus grande île de Thaïlande. Cette île a été officiellement cédée au Royaume de Siam par les traités de 1907, après avoir été sous contrôle de l’Indochine française, dont on rappelle que le Cambodge faisait partie. La découverte de gisements gaziers dans les eaux situées au large de cette île à la fin de l’année 2024 a suscité un regain d’intérêt dans une zone que l’on nomme Overlapping Claims Area (OCA). Le Cambodge utilise l’argument de l’appartenance historique de l’île de Koh Koot à la nation cambodgienne pour de tenter d’en récupérer la souveraineté, en particulier dans le sud afin d’avoir accès au bassin gazier. 

 

QUELLE RÉPONSE INTERNATIONALE À CE CONFLIT ? 

Suite aux mois sanglants de 2025 dans les deux pays, des spécialistes ont tenté d’en estimer les conséquences, qu’elles soient matérielles, économiques ou sociales. D’une part, le Nikkei Asia affirme que ce sont environ 300 millions de dollars de perdus pour la Thaïlande, et le commerce annuel entre les deux pays pourrait s’effondrer de 1,85 milliards de dollars si les frontières venaient à rester fermées. Le Japon plus particulièrement considère que si le conflit se poursuivait après les événements de 2025, une forte menace pèserait sur les chaînes de production régionales, compte tenu de la forte interconnectivité de celles-ci. Sur le plan social, nous avons précédemment évoqué les centaines de milliers de déplacés, mais du côté cambodgien, ce sont aussi tous les souvenirs traumatiques liés à la dictature de Pol Pot et au génocide perpétré par les Khmers Rouges qui resurgissent : en 2025 les rues deviennent des tranchées pour les soldats, des obus soufflent les habitations des populations vivant près de la frontière… 

Ainsi, plusieurs acteurs extérieurs ont tenté de s’imposer comme médiateurs du conflit. Par exemple, l’ASEAN exerce une pression constante tant sur la Thaïlande que sur le Cambodge afin que ces deux nations montrent qu’elles sont des membres responsables de l’organisation régionale. Le groupe a également pris des mesures plus concrètes, comme la signature d’un cessez-le-feu le 28 juillet 2025 grâce à la médiation du Premier ministre de Malaisie, Anwar Ibrahim, qui assurait alors la présidence tournante de l’ASEAN. La Chine et les États-Unis ont affiché leur soutien à cette décision. Puis, le 26 octobre 2025 s’est tenu le sommet de l’ASEAN en Malaisie, dans le but de consolider la paix établie en juillet entre les deux nations. 

Mais malgré ces initiatives, les combats reprennent début novembre 2025, et s’intensifient jusqu’à la mi-décembre, moment où des pourparlers ont lieu et aboutissent à la signature d’un nouveau cessez-le-feu le 27 décembre 2025, cette fois sous l’égide des États-Unis. 

 

LA PAIX ENTRE LES DEUX PAYS EST-ELLE VIABLE ? 

Certes, 2026 a été une année plutôt calme au regard des années précédentes. Pour autant, la construction d’un mur de béton durant l’été 2026 par l’armée thaïlandaise montre bien que le drapeau blanc n’a pas encore été hissé. 

L’on peut ainsi relever deux facteurs principaux. Dans un premier temps, un sentiment hypernationaliste règne dans les deux pays, et certains journalistes parlent même d’une “mentalité de Guerre Froide”. L’armée thaïlandaise utilise ce conflit afin de continuer à renforcer son rôle incontournable dans le pays. Du côté cambodgien, le gouvernement mobilise une grandeur passée que la nation se devrait de retrouver et mobilise ainsi le soutien nationaliste. 

Dans un second temps, la Commission mixte de délimitation des frontières (créée en 1997) a indiqué en 2024 que la démarcation de la frontière entre les deux nations n’était achevée que dans 13 zones, et que 11 autres zones étaient encore sujettes à des désaccords. Cela révèle que ni le Cambodge ni la Thaïlande ne parviennent à dépasser les enjeux politiques immédiats auxquels ils doivent faire face à l’intérieur de leur pays ainsi que leurs rivalités historiques. 

Lire plus : Mais que se passe-t-il en Thaïlande ?

 

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Yilda Zidani