Le 22 octobre 2022, Giorgia Meloni devient la première femme à diriger le gouvernement italien. À 45 ans, elle accède à la présidence du Conseil, trente ans après ses premiers pas en politique. Son parcours débute en 1992, lorsqu’elle rejoint, à seulement 15 ans, un mouvement de jeunesse de la droite néofasciste. Il s’inscrit ainsi dans les bouleversements politiques qui ont redessiné la droite italienne depuis les années 1990. Elle fait d’abord ses débuts au sein du MSI, devient ensuite ministre sous Silvio Berlusconi, puis fonde Fratelli d’Italia en 2012. Comment Giorgia Meloni est-elle passée d’un mouvement politique longtemps marginalisé à la tête du gouvernement italien ?
La jeunesse de Giorgia Meloni dans la droite néofasciste
Les premiers engagements politiques et la transformation du MSI
Née le 15 janvier 1977 à Rome, Giorgia Meloni grandit dans le quartier populaire de Garbatella. En 1992, à l’âge de 15 ans, elle adhère au Fronte della Gioventù, mouvement de jeunesse du Movimento Sociale Italiano (MSI). Fondé en 1946par d’anciens fascistes, ce parti représente alors l’un des principaux courants néofascistes italiens.
Parallèlement, son engagement coïncide avec une crise politique majeure. Au début des années 1990, l’opération Mani pulite (« Mains propres ») révèle un vaste système de corruption impliquant les partis traditionnels. Les enquêtes contribuent ainsi à leur effondrement et bouleversent le paysage politique italien. Cette période marque la fin de ce que l’on appelle la Première République.
Dans ce contexte, le MSI profite de cette recomposition pour revoir son positionnement. En janvier 1995, sous l’impulsion de Gianfranco Fini, il laisse place à Alleanza Nazionale (AN), lors du congrès de Fiuggi. Cette svolta di Fiuggi (« tournant de Fiuggi ») traduit la volonté du parti de rompre officiellement avec son héritage fasciste et de rejoindre la droite de gouvernement. Toutefois, cette rupture officielle n’efface pas les origines néofascistes du parti, désormais généralement qualifié de postfasciste.
Ce changement n’est pas seulement symbolique. Dès 1994, le MSI participe à la coalition gouvernementale de Silvio Berlusconi. La création d’Alleanza Nazionale en 1995 confirme ensuite son rapprochement avec la droite parlementaire traditionnelle. Meloni commence ainsi sa carrière au moment où sa famille politique accède progressivement aux responsabilités nationales.
Du militantisme à son premier mandat électif
Par la suite, Meloni poursuit son militantisme dans les organisations de jeunesse d’AN. En 1996, alors âgée de 19 ans, elle apparaît dans un reportage de France 3 où elle défend publiquement Benito Mussolini. Ces propos, conservés dans les archives de l’INA, suscitent encore des débats sur son parcours politique. Interrogée à ce sujet en 2022, elle affirme toutefois avoir changé d’opinion.
Deux ans plus tard, en 1998, à 21 ans, elle est élue conseillère provinciale à Rome. Après plusieurs années de militantisme, Meloni obtient ainsi son premier mandat électif.
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De ministre à fondatrice de Fratelli d’Italia
En 2004, Giorgia Meloni prend la tête d’Azione Giovani, l’organisation de jeunesse d’Alleanza Nazionale. Deux ans plus tard, elle est élue députée et devient l’une des vice-présidentes de la Chambre des députés. Elle n’a alors que 29 ans.
Puis, en mai 2008, Silvio Berlusconi la nomme ministre de la Jeunesse. À 31 ans, Meloni devient la plus jeune ministre de l’histoire de la République italienne. Elle conserve cette fonction jusqu’à la chute du gouvernement Berlusconi, en novembre 2011, dans un contexte de crise économique et financière.
Entre-temps, Alleanza Nazionale et Forza Italia se sont réunis au sein du Popolo della Libertà (PdL), devenu un parti unifié en 2009.
Toutefois, des désaccords apparaissent sur l’organisation et l’orientation du parti. En décembre 2012, Meloni quitte donc le PdL et fonde Fratelli d’Italia (FdI) avec Ignazio La Russa et Guido Crosetto. Le nouveau mouvement défend une ligne nationale-conservatrice et entend ainsi se distinguer du berlusconisme.
Aux élections législatives de 2013, FdI ne recueille que 1,96 % des voix à la Chambre des députés. Malgré ce résultat, Meloni conserve son siège et devient présidente du parti le 8 mars 2014.
Trois ans plus tard, en 2016, elle tente de conquérir la mairie de Rome. Avec environ 20,6 % des suffrages au premier tour, elle termine troisième, derrière Virginia Raggi et Roberto Giachetti. Malgré son élimination, elle entre à l’Assemblea Capitolina, le conseil municipal de Rome, où elle siège dans l’opposition.
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Giorgia Meloni : de l’opposition à la tête du gouvernement
Aux législatives de 2018, Fratelli d’Italia obtient 4,35 % des voix à la Chambre des députés. Le parti progresse, mais reste loin derrière la Lega de Matteo Salvini. Dans ce contexte, Meloni tente de s’imposer face à ce dernier, dont le parti domine alors la coalition de droite.
En octobre 2019, un discours prononcé à Rome connaît une diffusion inattendue sur les réseaux sociaux. Meloni y insiste sur son identité de femme, de mère, d’Italienne et de chrétienne. Par la suite, un remix musical satirique de cette intervention devient viral sous le titre « Io sono Giorgia ». Initialement conçu pour la tourner en dérision, il donne finalement une nouvelle audience à ses propos.
En février 2021, la Lega et Forza Italia rejoignent la majorité qui soutient le gouvernement de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne. Meloni refuse cependant cette alliance et maintient Fratelli d’Italia dans l’opposition.
Alors que ses concurrents de droite participent au gouvernement, elle peut ainsi contester ses décisions, notamment dans un contexte marqué par les conséquences économiques de la pandémie. Cette position contribue à attirer des électeurs déçus par les partis au pouvoir, sans expliquer à elle seule la progression de FdI.
Lors des élections législatives du 25 septembre 2022, Fratelli d’Italia recueille 25,99 % des suffrages à la Chambre des députés, contre 4,35 % en 2018. Le parti arrive ainsi en tête, tandis que sa coalition avec la Lega et Forza Italia obtient une majorité parlementaire.
Le 21 octobre 2022, le président Sergio Mattarella charge Giorgia Meloni de former un gouvernement. Dès le lendemain, elle prête serment au palais du Quirinal et devient la première femme Presidente del Consiglio de l’histoire italienne.
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Ce qu’il faut retenir
L’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir en 2022 ne peut se comprendre sans revenir sur les évolutions de la droite italienne depuis les années 1990. Du Movimento Sociale Italiano à Fratelli d’Italia, son parcours s’inscrit dans une histoire politique marquée par la rupture avec les partis traditionnels, l’influence de Silvio Berlusconi et la montée de nouvelles formations. Ainsi avec sa victoire en 2022, un parti issu de cette tradition politique devient pour la première fois la principale force de la coalition au pouvoir.












