Les Allemands devraient-ils travailler plus ? : nous donnons les clés de lecture de ce débat qui divise la coalition gouvernementale.
L’aile économique de la CDU souhaite supprimer le droit au temps partiel afin de forcer les Allemands à travailler plus. Le SPD s’y oppose et accuse l’Union de populisme. Pourtant, les partenaires de la coalition sont en réalité d’accord sur un objectif fondamental : il faut sortir l’Allemagne de la crise.
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La crise industrielle et économique en Allemagne
Après des décennies de domination économique, technologique et industrielle, l’Allemagne est aujourd’hui le cheval malade de l’Europe. Les facteurs de la crise sont bien connus : la concurrence (déloyale) de la Chine, les prix de l’énergie et le manque de main d’œuvre. Pourtant, l’Allemagne n’arrive pas à sortir de la stagnation (Stillstand). Et son industrie phare, l’automobile, est à l’agonie, écrasée par les importations de véhicules électriques chinois. Volkswagen licencie, par exemple, jusqu’à 20 000 employés tous les moins en Allemagne. Or, les leaders politiques et économiques regardent ailleurs. En effet, le lobby automobile a forcé la main de l’UE pour repousser la date de sortie de la production de voitures thermiques (der Verbrenneraus).
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L’Union CSU-CDU considère que les Allemands ne travaillent pas suffisamment et souhaite les voir travailler plus
Partir régulièrement en week-end prolongé après une semaine de quatre jours, simplement parce que cela nous fait plaisir ? Si l’aile économique de la CDU parvient à ses fins, cela devrait bientôt prendre fin. L’Union pour l’économie et les PME (Die Wirtschafts- und Mittelstandsunion ou MIT) souhaite supprimer le droit au temps partiel. Elle a un mot d’ordre : les Allemands doivent travailler plus.
L’Union milite depuis longtemps pour que les Allemands travaillent davantage. Mais ces derniers temps, les dirigeants de l’Union se sont exprimés avec de plus en plus de fermeté sur ce sujet. Ainsi, le chef de la CSU, Markus Söder, a déclaré début janvier 2025 qu’une heure de travail supplémentaire par semaine « [les] aiderait tous ». Et le chancelier Friedrich Merz a exigé en 2025 non seulement que l’on examine la question des arrêts maladie par téléphone afin de lutter contre le taux d’absentéisme élevé, mais il a également clairement indiqué qu’il n’accordait pas beaucoup de crédit au souhait de travailler moins : « Avec l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et la semaine de quatre jours, la prospérité dont notre pays jouit aujourd’hui ne pourra pas être préservée à l’avenir. »
La suppression de l’arrêt maladie par téléphone (Telefon-Krankschreibung) a été remise sur la table en juin 2026 par le chancelier Friedrich Merz : l’obligation d’un certificat médical dès le premier jour d’absence est rétablie, mettant fin à la téléconsultation de complaisance qui serait dominante selon F.Merz.
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Tollé général (même au sein de la CDU)
Les déclarations successives de Friedrich Merz et de cadres de la CDU et de la CSU sur les arrêts maladies, la fainéantise supposée des Allemands et le temps partiel ont suscité l’émoi de nombreux politiques et citoyens.
Une allocution de Heidi Reichinnek, figure maintenant devenue emblématique du parti Die Linke, a par exemple parfaitement résumé le désarroi de la population concernant trois points :
- Premièrement, les nombreux Allemands travaillant à temps plein et plus de 35 à 40 heures par semaines se sentent insultés par des accusations infondées de fainéantise.
- Secondement, Merz a dit qu’« avec l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et la semaine de quatre jours, la prospérité dont notre pays jouit aujourd’hui ne pourra pas être préservée à l’avenir. » Or beaucoup d’Allemands ne comprennent pas de quelle prospérité il parle puisque l’Allemagne a un âge de départ à la retraite de 70 ans, 30 à 50 % des retraités sont touchés par la pauvreté (Altersarmut), l’État social allemand a été soigneuse déconstruit depuis 2005 et l’Agenda 2010 d’un certain Gerhard Schröder…
- Troisièmement, force est de constater, avance Heidi Reichinnek, que le temps partiel est majoritairement subi plutôt que choisi (notamment en raison du manque de places en crèches). Le temps partiel n’est donc pas un choix avance-t-elle. Et critiquer les personnes travaillant à temps partiel serait un non sens.
Et ces points sont en partie partagés par une aile plus sociale-démocrate de la CDU. C’est donc dans ce contexte que des cadres régionaux de la CDU ont lancé initiative « Compass Mitte » en 2025. Cette initiative vise d’abord à éloigner la CDU de l’extrême droite et à la rapprocher du centre, notamment en ce qui concerne la politique sociale.
La réponse du SPD – le partenaire de coalition de la CDU/CSU
La dernière initiative visant à restreindre le droit au temps partiel ne rencontre pas non plus d’écho favorable au sein du SPD. « Le droit au temps partiel n’est ni un luxe ni un signe de manque de solidarité », a déclaré la députée du SPD Rasha Nasr au magazine Der Spiegel. Le SPD considère que ceux qui dénigrent les salariés à temps partiel en les qualifiant de peu solidaires dévalorisent leur travail.
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Au même moment, le taux d’emploi à temps partiel en Allemagne atteint un niveau record
À ce jour, les salariés en Allemagne ont le droit de travailler à temps partiel de leur plein gré. Pour cela, le contrat de travail doit avoir une durée de plus de six mois et l’employeur doit employer plus de 15 salariés. Dans la mesure où des raisons liées à l’entreprise ne s’opposent pas expressément à la demande de travail à temps partiel, l’entreprise doit y donner son accord. Dans ce cadre, le travail à temps partiel prospère et le taux de travail à temps partiel en Allemagne a récemment atteint un niveau record. En septembre 2025, 40,1 % des salariés travaillaient à temps partiel, soit 16,97 millions de personnes.
Si l’on en croit le MIT, les salariés ne devraient à l’avenir bénéficier de ce droit qu’en cas de « justification particulière ». Il peut s’agir, par exemple, de la garde d’enfants, de la prise en charge de proches ou d’une formation continue. L’Allemagne affiche ainsi un taux d’emploi à temps partiel élevé par rapport aux autres pays de l’UE. Cela s’explique principalement par le fait que, dans ce pays, près d’une femme active sur deux ne travaille pas à temps plein. Chez les hommes, ce n’est le cas que d’un sur neuf.
Les arguments à retenir
- La CDU-CSU, avec en chef de file Friedrich Merz, souhaite réduire la possibilité de travailler à temps partiel, la facilité des procédures d’arrêt maladie. Elle le souhaite que les Allemands travaillent davantage afin de retrouver la prospérité en Allemagne.
- Ces propositions ont créé un vif ressentiment chez une partie de la population. Les jeunes, les femmes travaillant à temps partiel, les travailleurs pauvres à temps plein et les retraités sont notamment les groupes qui se sentent les plus insultés par les propositions de l’Union.
- Des voix dissidentes se sont aussi faites entendre au sein de la CDU et de la coalition. En effet, le SPD s’oppose complètement à ces prises de position moralisatrices.
- Le temps partiel n’est pas prêt de réduire de façon punitive comme le souhaite la CDU. La seule manière de le réduire est alors d’ouvrir plus de crèches et d’inciter les femmes à travailler.
Le vocabulaire pour en parler
- Kitaplätze/ die Betreuung = Des places de crèche/ la garde d’enfants
- Für Aufregung sorgen, für Aufsehen sorgen = Susciter l’émoi
- Der Ruhestand/ in den Ruhestand treten (a,e;i) = La retraite/ partir à la retraite
- Die Frühverrentung = La retraite anticipée
- Erwerbstätig sein = Être actif (au sens de travailler, d’avoir un emploi)
- In Vollzeit/Teilzeit arbeiten = Travailler à temps plein/ à temps partiel
- Die Weiterbildung = La formation continue
- Die telefonische Krankschreibung = La déclaration d’arrêt maladie par téléphone
- Die Lifestyle-Teilzeit = Terme utilisé par la CDU pour qualifier le temps partiel « non justifié » mais pris par commodité
- Faul = Fainéant
- Unter Beschuss geraten = Être sous le feu des critiques
- Auf einem Rekordhoch liegen (a,e;ie) = Atteindre un record
- Die Standortskrise = La crise de l’industrie allemande/ du made in Germany
- Ins Wanken geraten = Agoniser, être en crise
- Sich zum Thema … aüßern = S’exprimer au sujet de …
- Die Deutschen müssen mehr arbeiten = les Allemands doivent travailler plus
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Les phrases pour en parler
- Pour introduire le fait que la CDU veut voir les Allemands travailler plus : Wegen der Standortskrise behauptet die Union, dass die Deutschen mehr arbeiten sollen. Jedoch haben einige Aüßerungen von Unionspolitikern für Aufregung gesorgt.
- La fameuse citation de Friedrich Merz sur la nécessité que les Allemands travaillent plus vous sera utile. »Mit Work-Life-Balance und Viertagewoche lässt sich der Wohlstand unseres Landes, den wir heute haben, in Zukunft nicht erhalten.«, so Merz.
- Es liegt auf der Hand, dass Deutschland seinen früheren Wohlstand niemals zurückgewinnen wird. Jedoch kann Deutschland die neuen Beschäftigungsfelder unterstützen.
