Mercedes Benz, Porsche, BMW, Volkswagen… ce sont là des marques au nom évocateur et elles ont un point commun : leur berceau est en Allemagne. Elles contribuent – et plus généralement l’industrie automobile – à l’essor économique du pays ainsi qu’à son rayonnement international. Cependant, ces dernières années, ce secteur connaît de nombreuses difficultés, ce qui nécessite un tournant dans les pratiques de ces marques, qui doivent se réinventer pour résister.
L’industrie automobile allemande en chiffres
L’industrie automobile est un pilier de l’économie pour l’Allemagne. Elle a rapporté pas moins de 550 milliards d’euros au pays en 2023, et contribue à hauteur de 11,5% au PIB. Chaque année, environ 4 millions de véhicules sont produits en Allemagne, dont 3/4 sont exportés : dans le top 3 des pays friands de véhicules allemands l’on retrouve les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Ce secteur est également un vivier pour l’emploi, car il emploie 780 000 travailleurs. De nombreuses usines sont présentes sur le territoire, et l’on recense également de nombreux bureaux de recherche et développement propres à chaque constructeur. Cela contribue ainsi au rayonnement international de l’Allemagne, dont le prestige du secteur automobile repose sur ce fameux adage de la « Deutsche Qualität ».
Les difficultés rencontrées par ce secteur
Toutefois, l’Allemagne connaît depuis plusieurs mois un déclin significatif de son industrie automobile, qui estompe le statut de superpuissance dont le pays disposait jusque-là.
Étudions plus en détail ces difficultés :
- Concurrence féroce de la part des constructeurs asiatiques, notamment l’outsider récent BYD (Build Your Dreams). En effet, la marque propose des véhicules à des prix beaucoup plus abordables que les marques traditionnelles allemandes, ce qui lui confère un atout et lui permet de gagner des parts de marché dans le pays. C’est ainsi que Volkswagen a vu ses ventes baisser de 1,4% en 2024, ou encore Audi, pour qui le déclin a été spectaculaire cette année-là (22% de baisse). La concurrence asiatique s’installe donc de façon marquée en Allemagne, elle représente 3,4% des parts de marché, selon une étude réalisée par Schmidt Automotive Research en 2024. Dès lors, les impacts sur le marché de l’emploi se font sentir : les constructeurs allemands ont dû licencier 73 000 personnes depuis 2018, et ce constat n’est pas près de s’arranger puisque les constructeurs sont réticents à l’idée de s’étendre en Allemagne en raison de nombreuses contraintes administratives et financières, et de cette concurrence forte. À ce titre, Volkswagen a cédé 3 usines (Dresde, Osnabrück, Emden) à la Bundeswehr, afin qu’elles soient transformées en centre de construction d’équipement militaire.
- Contraintes environnementales en vigueur. En effet, l’Allemagne, étant membre de l’Union Européenne, a l’obligation de respecter l’arrêt du thermique (das Verbrennerverbot) prévu pour 2035, qui vise à interdire la production de véhicules non neutres en émissions, pour garantir la neutralité carbone dans l’UE en 2050. Bien que la mesure soit une aubaine sur le plan environnemental, d’un point de vue strictement économique, c’est une menace pour l’attractivité allemande. En effet, les constructeurs allemands sont surtout connus pour la puissance de leurs V6 et V8 qui défilent sur les Autobahn, mais pas pour leur capacité à fabriquer des véhicules électriques. Effectivement, l’on retrouve peu de modèles électriques, ou du moins hybrides dans les catalogues de ces marques, et les quelques modèles existants ne sont pas à la portée de toutes les bourses.
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Quel avenir pour l’automobile « made in Germany » ?
Malgré cela, difficile pour l’Allemagne de basculer vers l’électrique en étant compétitive, puisque les batteries sont importées d’Asie, ce qui augmente naturellement les coûts et baisse la compétitivité des fabricants allemands.
Face à ce constat inquiétant, et à des indicateurs de croissance dans le rouge (le pays était le seul en récession dans l’UE en 2023), le nouveau gouvernement, dirigé par Friedrich Merz, se fixe comme objectif un programme industriel ambitieux, qui inclut notamment une relance de l’industrie automobile. Des discussions sont en cours afin d’accorder à l’Allemagne plus de souplesse quant à cette interdiction du thermique.
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Par ailleurs, afin de contourner cette dépendance aux pays asiatiques pour les batteries, l’Allemagne cherche à se dérisquer, pour reprendre le terme employé par Janet YELLEN. Le pays investit donc massivement afin de créer un cadre favorable aux entreprises spécialisées dans la production de batteries, notamment en réduisant les contraintes bureaucratiques, et en les subventionnant. C’est grâce à cela que l’entreprise CATL prévoit de produire sa nouvelle batterie sodium-ion Naxtra à Erfurt, en Thüringe, à partir du mois de décembre. Enfin, les constructeurs eux-mêmes s’efforcent, par leurs investissements en recherche et développement, de développer des véhicules électriques à des prix compétitifs pour assurer leur croissance à l’avenir. En ce sens, Volkswagen prévoit de lancer en 2027 la ID EVERY1, qui serait la première voiture électrique au monde à être vendue à moins de 20000€ !
Ouverture – l’exemple de Bertha BENZ
Pour terminer cet article, voici une ouverture intéressante à réemployer en essai et/ou kholle, et qui, par ailleurs, est transversale, car elle touche à la fois le monde de l’automobile et le féminisme.
Bertha Benz (1849-1944) est la première personne au monde à avoir conduit une voiture. Sa vie est marquée par une forme d’audace dans tout ce qu’elle entreprend, et une volonté de prouver qu’être femme n’était pas un frein. C’est après sa rencontre en 1869 avec Carl Benz qu’elle plonge dans l’univers automobile. En 1888, elle réalise un exploit : un trajet de 106 kilomètres en Allemagne en une journée, une véritable première ! Par la suite, elle a réussi à persuader des investisseurs du monde entier de l’utilité de la voiture. Son investissement et sa ténacité lui vaudront une reconnaissance par l’Université de Karlsruhe.





