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Comment décrypter un sujet d’ESH ?

Sommaire
comment decrypter esh emploi progres technique

Le sujet proposé est passe-partout. Il peut être autant un sujet de khôlle que de concours et est toujours enclin à recevoir des exemples d’actualité. le voici : « Progrès technique et emploi »

 

Lire plus : Les graphiques utiles pour le concours en ESH : répertoire chapitre par chapitre

1. Définition des termes du sujet

Progrès technique : ensemble des innovations qui permettent d’améliorer l’efficacité du processus de production, c’est-à-dire l’efficacité des facteurs de production et de leur combinaison productive.

Il se mesure :

  • à l’aide de la croissance de la PGF ;
  • à l’aide des gains de productivité = taux de croissance de la productivité moyenne/horaire du travail.
  • Productivité moyenne : Q / L, avec Q : quantité produite et L : facteur travail.

 

L’emploi :

  • Aspect quantitatif
    Taux d’emploi (nombre de personnes en emploi / population en âge de travailler).
    Temps de travail d’un employé : nombre d’heures travaillées par semaine, mois ou année.
  • Aspect qualitatif
    Structure de la population active ;
    Qualité de l’emploi (emplois peu qualifiés vs. emplois qualifiés) ;
    Conditions de travail (degré de répétition d’une tâche, cadence).

2. Discussion du lien entre progrès technique et emploi

L’impact du progrès technique sur l’emploi dépend de deux facteurs majeurs :

  • De l’horizon temporel considéré, qui détermine son impact brut ou net :
    À court terme : progrès technique ⇒ destruction brute d’emplois ;
    À long terme : progrès technique ⇒ création nette d’emplois (grâce aux gains de productivité qui peuvent générer de la croissance).
  • Du degré de substituabilité entre le facteur travail et le facteur capital : complémentarité vs substitution.

3. Problématique

Comment analyser l’impact du progrès technique tant sur la quantité que sur la qualité de l’emploi ?

4. Accroches possibles

  • La révolution technologique associée à l’économie numérique et à l’IA soulève, depuis des années, la crainte d’une réduction de la quantité d’emplois.
  • Propositions du candidat Benoît Hamon à la présidentielle de 2017 : taxation des robots et réduction du temps de travail pour lutter contre le chômage.
  • Keynes écrit en 1930 que, d’ici 2030, quinze heures de travail hebdomadaire suffiront à produire les richesses nécessaires à l’homme ; il évoque des gains de productivité et parle d’une « terreur » quant aux conséquences sociales ; il anticipe une division par deux de la durée moyenne annuelle de travail.

5. Rédaction du plan

I) Il est vrai que le progrès technique peut altérer tant la qualité que la quantité de l’emploi

A. À court terme, le progrès technique détruit de l’emploi s’il y a substitution du facteur capital au facteur travail

Depuis la première Révolution industrielle : crainte que le PT détruise des emplois, principalement peu qualifiés, et soit source de chômage.

Joel Mokyr (2015) : « technological anxiety » présente dès la fin du XVIIIᵉ siècle au R.-U.

  • Jean-Charles de Sismondi : se demande ce que feront les Anglais quand leur roi pourra tout produire à l’aide d’une manivelle (c.-à-d. une machine).
  • Mouvement luddite chez les ouvriers textiles en G.-B., années 1810 ; Ned/John Ludd casse une machine à tisser accusée de lui voler son travail.
  • Le lien PT-emploi revient dans l’actualité à partir des années 1970 :
    Désindustrialisation :
    5 millions d’emplois industriels en France dans les années 1970 ;
    4 millions en 2000 ;
    3 millions en 2020.

 

Plus récemment, un vrai débat porte sur les effets des TIC et de la révolution numérique : destruction brute ou nette d’emplois ?

  • Frey et Osborne (2013) : 50 % des emplois aux États-Unis pourraient être remplacés par des ordinateurs ou des algorithmes au cours des 10 à 20 prochaines années.
  • Pour d’autres estimations : plutôt 10 %.

 

B. Le progrès technique peut aussi altérer la qualité de l’emploi : progrès technique biaisé en faveur des plus qualifiés

Progrès technique biaisé = le PT modifie la répartition des revenus (entre L et K, ou entre types de travailleurs).

Pendant les Trente Glorieuses, le PT rendait plus productifs les moins qualifiés.

Aujourd’hui, le capital et le travail qualifié sont devenus complémentaires dans le processus de production ⇒ substitution du travail qualifié au travail peu qualifié.

Le taux de croissance des revenus est positivement corrélé avec le niveau d’éducation (hausse des revenus des plus diplômés, stagnation des non-diplômés).

Michael Kremer (1993), The O-Ring Theory of Economic Development.

David Autor & David Dorn (2013), « polarisation du marché du travail américain ».

Polarisation de l’emploi : créations d’emplois concentrées aux deux extrêmes de l’échelle des qualifications et des revenus ; les professions en plus forte croissance sont à la fois très peu qualifiées et très qualifiées.

 

C. Le progrès technique accroît l’instabilité et les inégalités sur le marché du travail

  • Numérique et automatisation : montée de la précarité (ubérisation, gig economy).
  • Innovations rendant vite obsolètes certaines compétences : reconversions permanentes, difficultés accrues pour les moins qualifiés.
  • Dualisation du marché du travail : insiders protégés vs outsiders précaires.
  • À l’échelle macroéconomique, possibles phases de chômage technologique (Keynes).

 

Lire plus : Les débats sur le progrès technique au XIXème siècle 

 

II) Cependant, à long terme, le progrès technique est une source majeure de croissance (intensive) et ne nuit pas nécessairement à la quantité d’emplois

A. En améliorant la PGF, le PT est la principale source de croissance économique

Robert Solow (1957), « Technical Change and the Aggregate Production Function » : l’essentiel de la croissance américaine au XXᵉ siècle ne s’explique ni par l’accumulation du capital, ni par l’accroissement du travail, mais par le progrès technique, mesuré comme résidu de Solow (amélioration de la PGF).

 

B. À l’origine du PT : les innovations, sources majeures de croissance dans une optique schumpétérienne

Les différents types d’innovations chez Schumpeter et leurs bienfaits sur la croissance économique.

 

C. À long terme, selon la théorie du déversement, le PT transforme l’emploi et la société sans réduire nécessairement le bien-être

Alfred Sauvy (1980), La machine et le chômage. Le progrès technique et l’emploi :
les gains de productivité détruisent certains emplois dans un secteur, mais libèrent de la main-d’œuvre absorbée par des secteurs nouveaux en expansion.

Colin Clark (1940), The Conditions of Economic Progress : transition historique de l’emploi de l’agriculture vers l’industrie, puis vers les services. Cette évolution illustre le déversement et montre que le PT accompagne des mutations sociales et démographiques profondes.

 

III) Des enjeux majeurs demeurent avec une potentielle quatrième révolution industrielle et des années de faibles gains de productivité

A. La faiblesse des gains de productivité depuis vingt ans relativise le risque de destructions d’emplois liées au PT

Robert J. Gordon (2016), The Rise and Fall of American Growth : depuis les années 1970 (et plus encore depuis les années 2000), les gains de productivité sont bien plus faibles qu’au temps des grandes innovations industrielles, ce qui relativise le risque de chômage massif lié au PT contemporain.

Patrick Artus & Marie-Paule Virard (2018), Et si les salariés se révoltaient ? : gains de productivité modestes ⇒ stagnation des salaires et absence de vagues massives de destructions d’emplois.

 

B. Faute de recul, il reste difficile d’estimer l’impact de l’IA, en particulier générative, sur l’emploi

FMI (janvier 2024), Gen-AI: Artificial Intelligence and the Future of Work – principaux points :

  • Impact dépendant des pays : 40 % de l’emploi mondial affecté ; 60 % dans les pays développés à revenu élevé ; 20 % seulement dans les pays à faible revenu.
  • Degré de complémentarité des emplois avec l’IA déterminant l’ampleur de l’impact.
  • Risque d’aggravation des inégalités : parmi les emplois exposés, une moitié bénéficierait de gains de productivité (et de salaires), l’autre subirait baisse de salaire et de demande de travail.
  • Effets finaux fonction des institutions et des politiques publiques.

 

C. Les pouvoirs publics doivent favoriser la réallocation de la main-d’œuvre

John Maynard Keynes (1930), Economic Possibilities for our Grandchildren : reconnaît un chômage technologique à court terme ⇒ nécessité de politiques d’accompagnement.

Philippe Aghion, Céline Antonin & Simon Bunel (2020), Le pouvoir de la destruction créatrice :
l’État doit accompagner la destruction créatrice par des politiques actives de formation et de mobilité, afin de permettre aux travailleurs de rejoindre les secteurs innovants.

6. Conclusion

En deux paragraphes : d’abord répondre clairement à la problématique (quantité/qualité de l’emploi à différents horizons, selon la substituabilité L/K), puis proposer une ouverture — idéalement en écho à l’accroche (ex. IA, institutions et politiques qui conditionnent l’issue).

 

Lire plus : Comment traiter un sujet que l’on ne maîtrise pas en ESH

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Arhur Boussinesq