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Le déjeuner sur l’herbe, Alain Jacquet : l’image sérigraphie

Sommaire

L’heure des concours approche. C’est pourquoi nous t’enjoignons à profiter de cette période pour débuter ton travail sur les oeuvres qui pourraient t’aider pour l’épreuve de culture générale. Pour rappel, le thème de l’année 2024-2025 est « l’image ». 

S’intéresser à l’image, c’est aussi s’intéresser à la manière dont elle est faite, techniquement. Un artiste s’est emparé de cette question en reproduisant un tableau canonique de l’Histoire de l’art, avec des moyens de production contemporain.

En effet, en 1964, Alain Jacquet propose une relecture contemporaine du célèbre tableau Le Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet. Utilisant la technique de la sérigraphie, il transforme l’image originelle en une composition hybride, questionnant ainsi la notion de reproduction, d’originalité et d’interprétation artistique. L’image occupe une place centrale dans cette œuvre, à la fois comme un moyen de citation et un terrain d’expérimentation propre au Mec-Art, mouvement dont Jacquet est un représentant majeur.

 

Une réinterprétation de l’image picturale

Ainsi, Jacquet s’inscrit dans une dynamique propre aux années 1960, marquée par l’influence du Pop art et la révolution des médias visuels. Il choisit de revisiter une image iconique de l’histoire de l’art en la transposant dans son époque, en remplaçant les figures du XIXe siècle par des personnalités de son entourage : Pierre Restany, Jeannine de Goldschmidt, Mario Schifano et Jacqueline Lafon. Par ce biais, l’artiste joue avec la temporalité de l’image : il ne s’agit plus seulement d’une scène ancrée dans le passé, mais d’une représentation vivante et actualisée du présent.

À partir de 1967, Alain Jacquet fait du point l’entité génératrice de son œuvre et prend Le Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, chef-d’œuvre de la modernité picturale, comme sujet de sa première peinture « mécanique » en le recomposant librement. La reproduction sérigraphique de l’image photographique en a dilaté la trame au point de faire apparaître les points qui la composent, introduisant un effet d’instabilité chromatique. Ce Déjeuner sur l’herbe tient une place cardinale dans l’œuvre de Jacquet ; pièce charnière dans sa production, elle intègre, comme le fait alors l’art optique, l’accommodement du spectateur dans la perception des formes, tandis que la technique choisie rend l’image multipliable à l’infini, questionnant la question de la reproductibilité des œuvres, de la signature, interrogeant le statut même de la peinture.

 

Alain Jacquet, Le déjeuner sur l’herbe, 1964

 

La sérigraphie et la transformation de l’image

L’usage de la sérigraphie modifie profondément la nature de l’image. Cette technique, largement employée par l’industrie publicitaire et les artistes du Pop art comme Andy Warhol, permet une répétition quasi infinie des motifs, remettant en question l’idée d’unicité de l’œuvre d’art. Chez Jacquet, la sérigraphie produit un effet de trame qui altère la précision des formes et impose un filtre mécanique sur l’image. Cette esthétique, proche de celle des images imprimées dans la presse ou la publicité, banalise le sujet tout en lui conférant une dimension nouvelle : Le Déjeuner sur l’herbe devient une image reproductible, détournée et réinterprétée par le procédé mécanique.

 

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L’image entre illusion et réalité

Une des forces de cette œuvre réside dans l’ambiguïté de son statut visuel. En reprenant un tableau réputé pour son audace picturale et en l’inscrivant dans une méthodologie propre à la reproduction industrielle, Jacquet interroge la relation entre l’art et son public. L’image ne se présente plus comme un objet contemplatif mais comme un élément du quotidien, susceptible d’être vu, diffusé et consommé. Le spectateur devient partie prenante de l’œuvre, non plus face à une scène historique figée, mais devant une représentation qui lui est familière.

 

Edouard Manet, Le déjeuner sur l’herbe, 1863

 

Une remise en question de l’œuvre d’art

En s’inscrivant dans la pensée de Walter Benjamin, qui dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1936) interrogeait l’aura de l’art face aux nouveaux médias, Jacquet participe à une révolution conceptuelle. Son Déjeuner sur l’herbe questionne la frontière entre original et copie, peinture et photographie, matière et illusion. L’image se fait le lieu d’une tension entre tradition et modernité, entre l’héritage de la grande peinture et la culture de masse.

 

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Conclusion

Ainsi, Le Déjeuner sur l’herbe d’Alain Jacquet ne se contente pas de reproduire une image connue : il la déplace, la déforme et la recontextualise, ouvrant la voie à une réflexion plus large sur la place de l’image dans l’art contemporain et dans la société de consommation. Un bon exemple à replacer en copie pour interroger l’image autant par son sujet que par la technique même avec laquelle elle est faite.

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Image de Corentin Viault
Corentin Viault