Le second tour des élections présidentielles équatoriennes a marqué un tournant décisif pour l’avenir politique du pays andin. Daniel Noboa, président sortant, a été réélu avec une avance notable, obtenant près de 56 % des suffrages exprimés. Ce score lui a permis de battre largement sa rivale Luisa González, candidate du courant correiste, qu’il a devancée de près de dix points. Ce résultat garantit à Noboa une continuité au pouvoir jusqu’en 2029. Dans cet article de Mister Prépa on t’explique comment Daniel Noboa a réussi à se faire réélire dans un contexte national particulièrement tendu, marqué par une explosion de la violence.
Une victoire nette, mais contestée
Si la victoire de Daniel Noboa a été saluée par une partie de la population et de la communauté internationale, elle a immédiatement été remise en cause par Luisa González. Cette dernière a dénoncé une prétendue fraude électorale, sans toutefois fournir de preuves tangibles. Elle a refusé de reconnaître les résultats publiés par le Conseil National Électoral (CNE) et a demandé un recomptage des voix. Ce refus d’accepter le verdict des urnes ravive des tensions politiques et polarise davantage un pays déjà fragilisé.
Un parcours politique fulgurant
L’ascension de Daniel Noboa sur la scène politique équatorienne est relativement récente mais fulgurante. Il est arrivé au pouvoir pour la première fois en novembre 2023, à la suite de la convocation d’élections anticipées par Guillermo Lasso. Ce dernier, confronté à une procédure de destitution par le Parlement pour des soupçons de malversations, avait invoqué le mécanisme constitutionnel de la « muerte cruzada », permettant de dissoudre l’Assemblée nationale et d’organiser des élections présidentielles et législatives anticipées.
Daniel Noboa, alors peu connu du grand public, a su tirer parti de cette opportunité. Grâce à des interventions percutantes lors des débats présidentiels et une utilisation efficace des réseaux sociaux, il s’est imposé comme une figure politique montante. À seulement 35 ans, il est devenu le plus jeune président de l’histoire de l’Équateur.
Issu d’une famille influente, Daniel Noboa est le fils d’Álvaro Noboa, l’un des hommes les plus riches du pays et lui-même ancien candidat à la présidence à cinq reprises. Né aux États-Unis, le jeune président a étudié dans ce pays, obtenant notamment un master en gestion publique et communication politique. Sa double culture et sa formation académique à l’international ont contribué à forger son image d’homme moderne et compétent.
Gouverner dans un pays en crise
Lorsqu’il a pris ses fonctions, Noboa a hérité d’un pays en proie à une insécurité sans précédent. L’année 2023 a été la plus violente de l’histoire équatorienne, avec une flambée de meurtres liés au narcotrafic. Des événements choquants ont marqué l’opinion publique, notamment l’assassinat du candidat à la présidence Fernando Villavicencio et l’intrusion armée dans un studio de télévision en direct.
Face à cette situation, Daniel Noboa a déclaré que le pays se trouvait en situation de conflit armé interne. Il a autorisé l’armée à intervenir massivement, dans le but de reprendre le contrôle du territoire. Cette stratégie a, dans un premier temps, renforcé sa popularité, les forces armées étant l’une des institutions les plus respectées en Équateur. Toutefois, les résultats de cette politique de sécurité sont aujourd’hui discutés. Si le taux d’homicide est passé de 46 à 39 pour 100 000 habitants en 2024, un rebond de la violence a été constaté au début de l’année 2025, remettant en question l’efficacité à long terme de cette approche.
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Une diplomatie stratégique, mais controversée
Dans un contexte de campagne électorale tendue, Noboa a multiplié les gestes symboliques pour asseoir son image de leader fort. Deux semaines avant le scrutin, il a rencontré Donald Trump aux États-Unis pour solliciter son soutien dans la lutte contre la criminalité. Peu après, il annonçait un partenariat avec l’entreprise militaire privée Blackwater, dirigée par un proche de l’ancien président américain.
Ce rapprochement avec les sphères d’influence américaines n’est pas anodin. Il illustre la volonté de Noboa de renforcer la coopération sécuritaire avec les États-Unis, mais suscite également des inquiétudes sur la souveraineté nationale et les droits humains. En décembre dernier, l’affaire des quatre mineurs retrouvés morts et brûlés après une interpellation militaire à Guayaquil a provoqué un scandale. Un juge a ordonné l’incarcération préventive de 16 militaires, relançant le débat sur les dérives de la militarisation de la sécurité.
Des polémiques à répétition
Le mandat de Daniel Noboa n’a pas été exempt de controverses. L’un des épisodes les plus critiqués fut l’entrée par la force dans l’ambassade du Mexique à Quito, afin d’y arrêter l’ancien vice-président Jorge Glas, réfugié là pour échapper à une condamnation pour corruption. Cette action a déclenché une crise diplomatique majeure entre l’Équateur et le Mexique, provoquant des condamnations internationales, même si une partie de la population a soutenu la fermeté du président.
Une autre polémique a concerné la vice-présidente Verónica Abad, à qui Noboa a refusé de déléguer le pouvoir pendant la campagne présidentielle, comme l’exige pourtant la loi. Ce geste a été perçu par certains comme un accaparement du pouvoir, tandis que d’autres y ont vu une tentative de prévenir des tensions internes.
Une opposition affaiblie
Face à lui, Daniel Noboa a profité d’une opposition affaiblie. Le mouvement correiste souffre d’une mauvaise image, liée aux scandales de corruption entourant l’ancien président Rafael Correa, aujourd’hui exilé en Belgique. Bien que Luisa González ait tenté de prendre ses distances avec Correa, elle a néanmoins défendu son bilan, arguant qu’il avait apporté stabilité et croissance. Ce lien a été un frein pour elle, dans un pays où une partie de la population aspire à tourner la page.
Une nouvelle légitimité politique
Avec 61 sièges obtenus au sein de l’Assemblée nationale – contre 14 auparavant – le parti de Noboa, Acción Democrática Nacional, gagne en poids institutionnel. Bien que cela ne constitue pas une majorité absolue, cette avancée lui offre une plus grande marge de manœuvre législative, dans un système souvent paralysé par les blocages entre exécutif et parlement.



