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Erik Reinert : la promotion des champions européens face aux politiques néomercantilistes nationales

Sommaire

Dans ses travaux sur les théories néomercantilistes modernes, l’économiste Erik Reinert a souligné le rôle des politiques industrielles nationales en tant qu’instruments pour soutenir les champions nationaux et renforcer l’économie domestique. En même temps, la logique de la création des champions européens est bloquée en raison des barrières structurelles, car chaque État agit dans l’intérêt national. La réalité est incarnée par des exemples particuliers de la France et de l’Allemagne, par le colbertisme high-tech et une politique industrielle discrète mais efficace. Par conséquent, comment les stratégies néomercantilistes nationales de la France et de l’Allemagne freinent-elles la création des champions européens ?

 

La théorie néomercantiliste de Reinert appliquée à l’Europe

Reinert fait valoir que le succès économique durable repose moins sur la concurrence que sur la protection ou le développement des industries nationales. Pourtant, le modèle de l’auteur s’appuie sur l’idée que l’État doit soutenir activement les industries à rendement élevé et les secteurs d’avenir pour la croissance et la spécialisation. En fin de compte, Reinert décrit le néomercantilisme moderne comme reposant sur trois piliers principaux. Parmi lesquels on trouve :

  • Le soutien direct des industries en difficulté ou en pleine croissance : actuellement, Reinert croit que l’État doit combler les lacunes du marché en finançant les entreprises, qui sont les canards boiteux, même s’ils ne sont pas compétitifs.
  • Promouvoir des champions nationaux : en accord avec le colbertisme, il faut favoriser certains représentants des entreprises et les aider à concurrencer l’internationale en leur fournissant des subventions, des tax breaks ou même présenter des nationalisations temporaires
  • Des barrières économiques indirectes : les protections tarifaires et les politiques économiques qui favorisent les entreprises travailleuristes réduisent la dépendance à l’importation et renforcent la base industrielle.

 Pour illustrer sa pensée mathématiquement, on peut représenter la subvention publique par S, le coût marginal pour l’entreprise nationale par Cm​, et le revenu additionnel projeté par R. Reinert propose que le soutien étatique soit viable dès lors que S < R − Cm​, assurant ainsi une rentabilité accrue grâce à l’investissement public.

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Les politiques néomercantilistes françaises et allemandes

L’exemple de la France durant les Trente Glorieuses illustre ce mécanisme. Sous De Gaulle puis Pompidou, l’État français met en place un modèle colbertiste high-tech, où les entreprises étaient subventionnées de manière massive pour en faire des leaders. Ces investissements massifs se matérialisaient par un financement investi par EDF, SNCF ou le programme TGV, générant ainsi un écosystème centré sur des champions nationaux. Même la nécessité de stopper la croissance du déficit et l’accélérateur économique avec l’affaire Creusot-Loire, ou un champion national était laissé pour mort commencent à pointer vers la direction opposée. En 1975, la création du TGV s’accompagne d’un investissement record de 20 milliards de francs ; en 1981, le TGV réduisit le temps de trajet de Paris à Lyon par deux, propulsant la compétitivité du secteur ferroviaire français. La SNCF a grandi de 40 % et a démarré son expansion européenne, soutenant la croissante du secteur de 1,2 % en PIB sur dix ans, d’après INSEE.

En Allemagne, ce soutien est moins visible mais tout aussi intentionnel. La Bundesrepublik finance l’industrie horizontalement : les Landesbanken octroient des crédits garantis aux PME, et les Länder distribuent des subventions indirectes. Cela aboutit à une intervention minimale ou chaque entreprise “champion” émerge “naturellement” sans intervention de l’État. Au travers de prêts régionaux, les PME sont compétitives sans besoin de champions. Les prêts régionaux représentaient 25 % du financement des PME en 2015, montrant l’ampleur indirecte.

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Citation punchy

« Les nations prospères ne sont pas celles qui se spécialisent, mais celles qui protègent leur industrie stratégique et favorisent l’émergence de champions locaux » (Reinert, How Rich Countries Got Rich and Why Poor Countries Stay Poor, 2007, Chapitre 5).

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Aurele Tranchant