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L’image photographique : Roland Barthes, La chambre claire

Sommaire

L’heure des concours approche. C’est pourquoi nous t’enjoignons à profiter de cette période pour débuter ton travail sur les oeuvres qui pourraient t’aider pour l’épreuve de culture générale. Pour rappel, le thème de l’année 2024-2025 est « l’image ». 

S’intéresser à l’image, c’est aussi s’intéresser à l’image photographique. Roland Barthes, dans son ouvrage La Chambre claire, publié en 1980, propose une réflexion originale sur la photographie, en se démarquant des approches préexistantes. Il s’éloigne à la fois du discours esthétisant qui cherche à ériger la photographie au rang d’art, et du discours sociologique de Pierre Bourdieu qui la réduit à un rite social. Barthes revendique une expérience personnelle et affective de l’image photographique, qu’il analyse à travers des concepts fondateurs comme le ça a été et le punctum

Dans cet article, nous t’en proposons des éléments d’analyse que tu pourras réutiliser dans tes copies comme exemple d’un type particulier d’image. 

 

L'image photographique comme trace du réel : Le « ça a été »

Pour Roland Barthes, la photographie est avant tout un enregistrement du réel, une preuve indéniable de l’existence passée de son sujet. Ce principe, qu’il nomme le ça a été, distingue la photographie des autres formes d’art visuel, notamment la peinture. Alors que la peinture repose sur l’interprétation subjective de l’artiste, la photographie a une valeur indicielle : elle est une empreinte directe du référent, captée grâce à la sensibilité à la lumière des halogénures d’argent.

Barthes inscrit cette idée dans la tradition sémiologique de Charles Sanders Peirce, qui distingue trois types de signes :

  • L’icône, qui repose sur la ressemblance avec son référent (comme un portrait peint) ;

  • Le symbole, qui fonctionne par convention (comme un mot ou un drapeau) ;

  • L’indice, qui est une trace physique de l’objet (comme une empreinte ou une photographie).

Ainsi, la photographie n’est pas seulement une image ressemblante : elle est une émanation du réel, une présence différée. Mais paradoxalement, cet ancrage dans le réel ne garantit pas la fidélité de l’image à la vérité. En posant pour une photo, le sujet se transforme : il adopte une posture, se compose un personnage. Barthes illustre ce phénomène en relatant son propre malaise face à l’objectif : « Dès que je me sens regardé par l’objectif, tout change : je me constitue en train de “poser”, je me fabrique instantanément un autre corps, je me métamorphose à l’avance en image. »

 

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Le punctum : L'émotion subjective face à l'image

Si la plupart des photographies ont un effet limité sur le spectateur, certaines produisent une émotion intense, une vérité subjective qui dépasse la ressemblance. Pour expliquer cette différence, Barthes introduit un concept essentiel : le punctum. Contrairement au studium, qui désigne l’intérêt culturel ou intellectuel qu’une photo peut susciter, le punctumest cet élément déstabilisant qui perce l’image et la rend unique aux yeux du spectateur. Il peut s’agir d’un détail inattendu, d’une posture, d’un regard qui fait basculer la photographie dans l’intime.

Le punctum n’est pas toujours préhensible par le langage : il est ressenti plutôt que décrit. Il ouvre la photographie vers le hors-champ, vers une dimension inexplorée qui dépasse sa simple référentialité. Plus encore, il traduit une perception du passage du temps : une photographie fixe un instant révolu, rendant palpable la disparition et la mort. Barthes compare cette sensation à l’observation de la lumière des étoiles mortes : « La photo de l’être disparu vient me toucher comme les rayons différés d’une étoile. »

 

La menace de la banalisation et de l’artification

Barthes conclut La Chambre claire en identifiant deux dangers qui menacent la puissance émotionnelle de la photographie. Le premier est son « assagissement » par l’institution artistique. En la plaçant dans des musées ou en l’analysant comme un art, on lui retire son essence brute et sa folie. Pour lui, « aucun art n’est fou » : l’artification de la photographie la déconnecte de sa capacité à bouleverser l’individu.

Le second danger est la banalisation de la photographie par son omniprésence. L’essor des images médiatiques et de la photographie amateur réduit la photographie à un flot continu d’images désincarnées, où le punctum disparaît au profit du studium.

 

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Une approche contestée : La critique d’André Gunthert

Si La Chambre claire reste une référence majeure, certains chercheurs, comme André Gunthert, critiquent l’approche subjectiviste de Barthes. Gunthert reproche à Barthes d’avoir privilégié une vision intimiste de la photographie, au détriment de son contexte de production et de diffusion. Il souligne que l’effet de présence qu’attribue Barthes à la photographie n’est pas une propriété intrinsèque du médium, mais une construction interprétative du spectateur.

Gunthert remet également en cause l’idée selon laquelle la photographie serait fondamentalement différente du cinéma : pour lui, le ça a été est tout aussi valable pour l’image filmique, qui enregistre également des traces du passé.

 

Conclusion

Ainsi, l’apport de Barthes à la théorie de la photographie est inestimable : en déplaçant le débat du champ esthétique et sociologique vers une approche sensible et existentielle, il a renouvelé notre manière de penser les images photographiques. Cependant, son approche très personnelle, bien que pertinente, peut paraître trop limitée face à l’ampleur du phénomène photographique.

La question reste donc ouverte : la photographie est-elle seulement une trace du réel, ou bien est-elle aussi une construction, une mise en scène, voire une fiction ?

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Corentin Viault