L’Indopacifique : un enjeu pour la France

L’Indopacifique est avant tout un terme géopolitique, plus que géographique. En effet, il représente le déplacement du centre de gravité des grandes puissances mondiales de l’Occident vers l’Asie du Sud-Est. Ce concept est donc, à la fois, une peur des Etats-Unis de voir le centre de gravité des puissances mondiales s’éloigner, et la négation de la Chine de l’existence de cet espace qui regroupe ses puissances asiatiques ennemies. Le fait que ce concept soit avant-tout géopolitique explique qu’il a une géométrie variable et peut donc changer de définition au cours du temps. Dans sa globalité, on peut estimer que le bassin indopacifique regroupe les océans indien et pacifique et les arrières pays des Etats allant du Moyen-Orient aux côtes américaines. La question est alors de savoir quelle est la place de la France dans cet espace, à l’opposé de son aire géographique, et pourquoi elle voudrait s’y impliquer.

 

Les conséquences de la « crise des sous-marins » sur l’influence de la France dans l’Indopacifique

Revenons d’abord sur la « crise des sous-marins » qui a remis cet espace sur le devant de la scène internationale, et encore plus, française. En rompant son contrat avec la France, l’Australie a choisi de s’allier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni pour s’imposer dans l’Indopacifique. Or, cette alliance était ce qui permettait à la France de disposer d’une certaine influence dans la région.

 

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En effet, c’était à travers ce contrat que la France pouvait participer à des opérations militaires en lien avec le Japon et donc contrôler, elle-aussi, le développement de la Chine dans l’espace indopacifique, notamment à travers sa stratégie du « collier de perles ». Non seulement la France a perdu le dernier « pied à terre » qu’elle avait dans cet espace, mais elle est aussi décrédibilisée sur la scène internationale par les Etats-Unis qui prennent une fois de plus une décision unilatérale qui porte atteinte à l’industrie française. 

 

Une remise en cause à l’échelle internationale de l’influence de la France

Avec cette crise, on s’attend à voir des répercussions néfastes sur l’industrie française, notamment pour l’entreprise française Naval Group qui perd un contrat qui devait lui rapporter près de 34 milliards d’euros sur les 50 prochaines années. Il s’agit de la deuxième fois depuis l’élection de Joe Biden que les Etats-Unis mènent une action contre la France. Cela explique donc la décision d’Emmanuel Macron de rappeler les ambassadeurs français d’Australie et des Etats-Unis. En effet, la France vient de perdre toute crédibilité dans les relations internationales et se voit reléguer au rang des puissances secondaires, et non plus principales, à l’échelle mondiale. En perdant le peu d’influence qu’elle avait en Indopacifique grâce à son partenariat avec l’Australie, la France renonce à tout espoir de participer à l’endiguement de l’expansion chinoise. En effet, la France pouvait pratiquer des exercices militaires avec le Japon ou l’Inde pour contrer une éventuelle attaque ennemie. Puisque la France ne possède aucune frontière commune à l’Indopacifique lui permettant de justifier sa présence, son partenariat avec l’Australie était primordial. Elle se retrouve donc cantonnée à l’Europe et l’Afrique, seules régions où elle peut maintenant exercer son influence.

 

L’Indopacifique : nouveau centre de rivalités des grandes puissances mondiales

Avec l’accroissement des échanges internationaux, dûe à l’omniprésence de la mondialisation dans les relations commerciales interétatiques, les espaces maritimes sont devenus des zones privilégiées du commerce, et donc de l’économie mondiale. Par conséquent, ils sont aussi devenus des zones de conflits et de tensions entre les Etats.

 

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L’Indopacifique est le parfait exemple des tensions qui peuvent exister au sein d’espaces maritimes à cause des conflits entre Etats. En plus de réunir les nouvelles puissances émergentes, telles que la Chine, l’Inde ou la cité-Etat de Singapour, l’Indopacifique est l’unique espace géographique qui regroupe les puissances montantes asiatiques et la puissance américaine qui ne veut pas céder sa place de première puissance mondiale. On assiste aussi à un affrontement idéologique entre une Chine qui veut contrôler cet espace pour en faire le terrain de sa propre mondialisation (« Bientôt, la mondialisation pourrait être appelée l’asiatisation » N. Chanda dans Au commencement était la mondialisation) et la vision d’un espace de libre-échange qui promeut une mondialisation ouverte et libre. Malgré cela, la Chine nie l’existence de cet espace, qu’elle voit comme une stratégie occidentale pour l’endiguer.

 

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Malgré les nombreuses tentatives américaines pour faire de cet espace une alliance entre les deux premières puissances mondiales (Accord de Partenariat Transpacifique ou le « pivot vers l’Asie » de Barack Obama), il s’agit plutôt de l’incarnation du conflit sino-américain que de son alliance. En incluant le Royaume-Uni dans cette nouvelle alliance, l’AUKUS, et en évinçant la France, les Etats-Unis signifient clairement que la France n’appartient plus au groupe de ses puissances alliées. Elle perd donc son rang de grande puissance mondiale et est exclue de l’Indopacifique.

Elise Casado

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