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Kierkegaard et la morale : l’individu avant tout !

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« Si je devais demander qu’on mette une inscription sur mon tombeau, je n’en voudrais pas d’autre que celle-ci : il fut l’individu. ». Par cette formule radicale, Søren Kierkegaard affirme la centralité absolue de l’individu face aux forces qui menacent son existence singulière. Contre la foule qu’il qualifie de « mensonge » et de « lâcheté », il défend le courage d’être un individu, d’être ce seul. Dans cette perspective, aimer son prochain ne consiste pas à se fondre dans la masse, mais à honorer chaque être humain isolément, dans sa dignité unique. Kierkegaard propose ainsi une morale de l’individualité, radicale et dérangeante, qui place la vérité au-dessus des certitudes collectives et des séductions de la politique. Plongeons ensemble dans la pensée du philosophe danois telle qu’il l’expose dans un Point de vue explicatif de mon oeuvre (« L’individu »).

 

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L’individu est une entité constamment menacée par la foule

Si l’individu semble être quelque chose d’évident, Kierkegaard affirme que l’individu est un être dont la réalité même est menacée par l’Église, la science et l’histoire :

  • L’Église offre aux fidèles le confort d’une vie ancrée de la naissance à la mort par des rites et réussit à étouffer l’expérience individuelle de la foi chrétienne sous le conformisme clérical 
  • La science ne considère comme vérité que ce qui est objectif alors que la vérité individuelle est subjective : ainsi, elle évacue l’importance de l’individuel. Kierkegaard pense que même la morale est amenée à disparaître du fait de la course effrénée vers la scientificité 
  • Pour l’histoire enfin, les individus ne sont que des figurants interchangeables 
 

La foule n’est autre qu’un mensonge

Il y a une conception de la vie pour laquelle la vérité se trouve du côté de la foule : la vérité est dans la nécessité d’avoir pour elle la foule. Mais pour Kierkegaard, partout où est la foule, là aussi est le mensonge : si tous les individus détenaient individuellement la vérité mais qu’ils se réunissaient en foule, l’on aurait aussitôt un mensonge.

Kierkegaard reprend la parole de l’apôtre Paul : « Un seul atteint le but ». Selon lui, chacun peut être ce seul (le seul ne désigne pas un unique individu particulier) mais un seul atteint le but (le but s’atteint « tout seul »). Il critique cette tendance à penser qu’être nombreux rend les choses plus certaines (probabilité) et plus faciles (coopération, entraide). Une chose partagée (le fait que tout le monde croie en la même théorie par exemple) est certes plus vraisemblable mais pas vraie pour autant. La foule abolit l’importance de l’individu en affirmant que l’espèce est supérieure à l’unité, ou même qu’il n’y a que des exemplaires et pas des êtres singuliers.

La foule est toujours lâche

La foule provoque une totale absence de repentir et de responsabilité ou, du moins, elle atténue la responsabilité de l’individu en la fractionnant. Kierkegaard prend l’exemple suivant : aucun soldat individuel n’oserait se rebeller contre son général (cette conduite est la vérité) mais réunis, des soldats ayant conscience d’être une foule, tout en entretenant l’idée de l’impossibilité pour personne de dire qui a commencé, ces mêmes hommes en auraient le courage. L’auteur en déduit deux choses :

  • On pense que la foule c’est ce que l’individu fait au sein de la foule ou alors la somme des actions des individus : en réalité, la foule n’a pas de mains, elle est une abstraction
  • Autre mensonge : la foule serait l’union de toutes les forces 
 
 

L'attitude morale selon Kierkegaard

Mépriser l’individu consiste à se comporter de manière immorale

Nul ne méprise plus la condition de l’homme que ceux qui font profession d’être à la tête de la foule : le meneur refuse de s’entretenir avec un homme seul, il ne les veut que par centaines. Au contraire, quand il s’agit d’un homme isolé, on doit exprimer la vérité en respectant la condition humaine. On doit traiter chaque individu avec humanité, en tant qu’individu : on doit être le plus humain donc aimable possible. Kierkegaard nous dit qu’on a, en tant qu’individu, un devoir de dénoncer le mensonge éthique et religieux que la foule représente.

Vérité et politique

Kierkegaard analyse la crucifixion de Jésus-Christ comme un résultat de son refus de la foule : reconnaissant la souveraineté de l’individu, il se détourna du secours de la foule. Il a, selon l’auteur, voulu être la vérité qui se rapporte à l’individu a refusé le parti. C’est pour cela que tout homme qui veut servir la vérité est ipso-facto un martyr : en effet, il ne faut pas un grand art pour gagner la foule (on peut aisément le voir avec la manière dont le fascisme a fait de la foule son instrument de diffusion le plus efficace par exemple).

Ainsi, nul témoin de la vérité ne doit mêler sa voix à celle de la foule : il doit être étranger à la politique et veiller à ne pas être confondu avec un politicien. La vérité est toujours vérité éternelle et la politique n’a rien à faire avec celle-ci. 

Honorer l’individu comme fondement de l’attitude morale

Selon Kierkegaard, voir dans la foule le tribunal de la vérité, c’est nier Dieu et se mettre dans l’impossibilité d’aimer son prochain. Aimer son prochain, c’est avant tout exprimer, en actes, l’égalité humaine (jamais la religion n’impose comme commandement : « tu aimeras la foule »). Il faut alors du courage, celui de devenir individu

Pour aller plus loin en podcast… 

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Maïa Slupowski
Normalienne-élève à l'École normale supérieure Paris-Saclay + HEC Paris après deux ans de CPGE B/L au Lycée Henri IV.