Le sport est souvent présenté comme un terrain de neutralité, un espace de pure performance physique. Pourtant, dans l’histoire de l’Espagne et de l’Amérique latine, le stade a régulièrement été victime de la politique. Nous le verrons dans cet article : des dictatures du XXe siècle aux revendications sociales contemporaines, l’arène sportive a été, et est encore un lieu de pouvoir (aussi bien soft que hard).
Le sport comme outil de propagande et d’unité nationale
Pour les régimes autoritaires, le succès sportif est une aubaine diplomatique. En 1964, l’Espagne franquiste utilise la victoire de la Roja contre l’URSS lors de l’Euro pour mettre en scène le triomphe du « national-catholicisme » contre le bolchevisme. Le sport devient alors une preuve de la supériorité d’une idéologie sur une autre.
Pour les dictatures, le sport est un moyen de s’acheter une “bonne image” pour que la communauté internationale détourne l’attention sur la répression.
En 1978, l’Argentine est dirigée par une dictature militaire (la junte de Videla) qui assassine ses opposants. Le régime utilise la Coupe du monde comme un outil de communication selon trois axes précis :
Cacher les crimes : Le gouvernement dépense des sommes colossales pour construire des stades modernes. Le but est de montrer aux journalistes étrangers un pays riche et paisible, pour faire oublier les rumeurs de torture et les milliers de disparitions.
Forcer l’unité : La victoire de l’Argentine en finale provoque une euphorie nationale. Il devient alors impossible pour les opposants de critiquer le régime sans passer pour des “traîtres” à la patrie en plein moment de gloire.
La manipulation sportive : Pour s’assurer que l’Argentine gagne et que la fête soit totale, le régime est soupçonné d’avoir acheté certains matchs (notamment un 6-0 contre le Pérou) et d’avoir fait pression sur les arbitres.
Un exemple incontournable mais parfois pas assez développé dans les essais : les JO de Mexico en 1968 qui restent encore aujourd’hui les « Jeux de la honte ». Pour préserver l’image du pays, le gouvernement a réprimé dans le sang les manifestations étudiantes (massacre de Tlatelolco). Ce silence imposé par le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) a duré des décennies, illustrant comment le sport peut servir à masquer des crimes d’État.
Vocabulaire
- La matanza : le massacre
- La desaparición : La disparition
- Silenciar : Faire taire / Réduire au silence
- La censura feroz : Une censure féroce
- Negar los hechos : Nier les faits
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Identités régionales et nationalismes
En Espagne, le football est indissociable des identités régionales. Le FC Barcelone n’est pas qu’un club, c’est le porte-drapeau du catalanisme. Historiquement, chaque titre est célébré comme une affirmation de la puissance de la Catalogne face au pouvoir central madrilène. À l’opposé, le club de l’Espanyol, fondé en 1909 par des étudiants espagnols, est né pour contrebalancer cette politisation. Ses supporters revendiquent souvent le droit de “n’être qu’un club de sport”, refusant que le football serve de véhicule au séparatisme catalan.
Au Pays basque, l’Athletic Bilbao pousse la logique identitaire à son paroxysme en ne recrutant que des joueurs formés dans la région ou d’origine basque. Ce choix, unique dans le football moderne, fait du club un symbole vivant du nationalisme basque, privilégiant l’appartenance culturelle à la logique de marché.
Vocabulaire
- Recuperado por la propaganda : Récupéré par la propagande.
- El bolchevismo : Le bolchevisme (communisme)
- Nacionalismo vasco / catalanismo : Nationalisme basque / catalanisme.
- A raíz de : À la suite de / À cause de.
- Pretexto : Un prétexte (le match comme excuse pour la guerre).
- Hacer olvidar : Faire oublier.
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Nouveaux enjeux dans le sport hispanique : diplomatie et luttes sociales
Aujourd’hui, la politisation prend de nouvelles formes. Elle est économique, avec la « diplomatie des stades » pratiquée par la Chine en Amérique latine pour accroître son influence. Par exemple, la Chine a offert un des stades de football les plus modernes d’Amérique latine au Costa Rica en 2010 et a construit notamment un stade au Brésil pour la Coupe du Monde 2014.
Le sport est devenu un vecteur de droits :
- Féminisme : L’affaire du baiser forcé de Rubiales à Hermoso a déclenché un mouvement social global, améliorant les salaires et les droits des footballeuses.
- Inclusion : La victoire d’une équipe d’Espagne « diverse » en 2024 a servi de rempart contre les discours xénophobes et une meilleure images des joueurs immigrés. Un autre exemple : lors du match de la Coupe du Monde 2022 Argentine – France, les joueurs français, et en particulier Mbappé, ont subi des chants racistes lors de la phase de pénalties. Même si la Fédération française du foot (FFF) l’a dénoncé devant la FIFA, le président argentin Javier Milei (parti d’extrême droite) a malgré tout défendu ses joueurs. Depuis 2024, une campagne contre la grossophobie et pour la reconnaissance de tous les corps féminin a été lancée suite au harcèlement subi par la joueuse de Waterpolo Paula Leiton.
- Handicap : Depuis les Jeux Olympiques 1988 à Séoul, la synchronisation des Jeux Paralympiques avec les JO a permis de rendre visible les handicaps et de promouvoir l’accessibilité dans l’espace urbain.
Vocabulaire
- La minusvalía / La discapacidad : Le handicap
- Sillas de ruedas : Fauteuils roulants
- Visibilizar y banalizar : Rendre visible et banaliser
- Poder blando : Soft power
- Gordofobia : Grossophobie






