Chaque année, les classements des écoles de commerce alimentent de nombreux débats. Les étudiants de classes préparatoires y accordent une attention particulière — et c’est bien compréhensible, au vu de l’intensité des efforts fournis pendant deux, parfois trois années. Pourtant, rares sont ceux qui s’interrogent sur ce qui, selon nous, devrait faire autorité : le regard des recruteurs.
Dans ce dossier consacré à votre avenir professionnel post-école, nous avons donc choisi de leur donner la parole. L’objectif est de comprendre leurs critères de sélection, l’importance réelle qu’ils accordent aux classements et leur perception des profils issus de classes préparatoires.
Lire plus : Classement 2025 des Grandes écoles de commerce
Quels sont les critères qui importent le plus lors de votre sélection de candidats ?
Lucie Dionne : Chez Michelin, les compétences sont primordiales dans notre sélection. Nous mettons l’accent sur les compétences comportementales, notamment le travail en équipe, ainsi que sur les compétences techniques spécifiques à chaque poste.
Christophe Rohel : Nous recherchons des profils avec un solide bagage académique et une vraie envie d’entreprendre. Cinq qualités clés sont valorisées :
- Résolution de problèmes : analyser des situations complexes et proposer des solu- tions innovantes.
- Esprit d’équipe : collaborer efficacement avec des profils variés.
- Leadership : inspirer, guider et influencer positivement.
- Détermination et résilience : faire preuve de dynamisme, proactivité et persévérance face aux défis.
- Adaptabilité : évoluer dans des environnements variés, sur des projets divers et à l’international. La mobilité, géographique ou sectorielle, est au cœur de notre culture. Nous recrutons des profils généralistes comme des experts en digital, data science ou opérations.
Fanny Rigault : Notre évaluation repose sur plusieurs critères présents dans le CV des candidats : la maîtrise des langues (notamment le français et l’anglais), les diplômes obtenus, ainsi que les expériences professionnelles pertinentes.
À cela s’ajoutent des compétences évaluées en entretien, telles que les capacités d’analyse, la pensée critique, l’aptitude à résoudre des problèmes, la capacité à évoluer dans un environnement incertain, la curiosité intellectuelle, le potentiel d’apprentissage, les qualités de communication, l’intelligence émotionnelle et le leadership.
Suivez-vous les classements des écoles de commerce ? Si oui, lesquels et pourquoi ?
Lucie Dionne : Nous suivons les classements pour nous intéresser aux évolutions des formations académiques et pour les intégrer dans notre politique de rémunération. En revanche, les classements ne nous aident pas à cibler, sélectionner ou évaluer des compétences.
Christophe Rohel : Nous prêtons attention aux différents classements des écoles de commerce, qu’ils soient français ou internationaux, car ils offrent une perspective intéressante sur la qualité des formations académiques. En parallèle, nous adoptons toutefois une approche nuancée de ces classements. Bien qu’un solide parcours académique puisse être un indicateur potentiel de performance, il ne constitue pas le seul critère que nous prenons en compte dans nos processus de recrutement.
Fanny Rigault : Nous ne considérons pas qu’il existe un classement absolu et officiel des écoles de commerce, à l’exception peut-être du classement de Shanghai, que nous suivons de près. Les autres classements sont principalement consultés dans une logique de veille, afin de détecter d’éventuels bouleversements notables. Cela dit, le top 5 reste globalement inchangé. Personnellement, j’accorde une attention particulière aux classements publiés par la presse spécialisée : Le Parisien, Le Figaro, L’Étudiant, Challenges, Le Point et L’Express.
Le savais-tu ? Les entreprises viennent recruter les étudiants directement dans les écoles !
Avez-vous des écoles cibles ? Si oui, lesquelles ? Et pourquoi avoir des écoles cibles ?
Lucie Dionne : Nous avons plusieurs écoles cibles. Les raisons varient en fonction des profils recherchés : certaines écoles sont très exigeantes et produisent des candidats de haut niveau, d’autres sont ciblées pour des postes critiques où nous avons du mal à recruter, et certaines écoles offrent des spécialités uniques particulièrement adaptées à nos besoins de recrutement.
Christophe Rohel : Nous ciblons principalement les grandes écoles d’ingénieurs et de commerce en France, ainsi que certaines institutions académiques prestigieuses à l’étranger, en raison de l’excellence de leur formation, notamment dans des domaines clés comme la data, la supply chain ou les achats.
Cependant, la formation n’est qu’un critère parmi d’autres : les entretiens sont déterminants, bien plus que le nom de l’école. Nous tenons aussi à promouvoir la diversité au sein de nos équipes, comme en témoigne la variété des parcours de nos consultants — issus de grandes écoles, de cursus universitaires ou de doctorats.
En somme, si nous avons des écoles cibles, nous évaluons chaque candidat de façon globale, selon ses compétences et son potentiel.
Fanny Rigault : Oui nous avons des écoles cibles. La liste est fixée mais les priorités changent en fonction des plans de recrutement annuels (selon contexte de volume de recrutement, de concurrence marché, de besoins de compétences). Parmi ces écoles cibles : HEC Paris, ESSEC, ESCP, emlyon business school, ED- HEC, Polytechnique, Mines Paris, CentraleSupélec, Sciences Po Paris, Oxford, LSE, Imperial College…
Avoir fait une prépa est-il un avantage dans la candidature pour intégrer votre entreprise ?
Lucie Dionne : Pas forcément. Nous avons d’excellents profils issus de BUT (BAC +3) ou de Licence avant de rejoindre une école d’ingénieurs ou de commerce. Les étudiants de prépa développent des compétences spécifiques comme l’organisation et la gestion de la charge de travail, tandis que ceux issus de BUT ont souvent une expérience en entreprise plus forte.
Christophe Rohel : Avoir suivi une classe préparatoire peut constituer un atout dans une candidature pour intégrer McKinsey & Company, car cela témoigne souvent de solides compétences analytiques, d’une grande capacité de travail, d’une rigueur intellectuelle et d’un certain niveau d’ambition. Ces qualités, développées dans le cadre exigeant des classes préparatoires, sont particulièrement utiles dans notre environnement de travail !
Fanny Rigault : Oui. La prépa est un indicateur de certains compétences ou capacités acquises : capacité de travail, capacité de synthèse et d’analyse, capacité d’organisation, agilité intellectuelle, capacité d’apprentissage, haut niveau académique, sens du collectif, structuration de la pensée et du travail, appréhension des problèmes complexes, haut niveau de raisonnement. C’est un choix audacieux dans une scolarité, que nous valorisons !
Lire plus : Le Mag des Prépas : Guide des Oraux 2025, Choix d’écoles & SIGEM


