Les relations entre les USA et le Venezuela sont marquées par l’histoire. Elles révèlent des enjeux de puissance et des rivalités complexes. Depuis deux décennies, l’affrontement entre Washington et Caracas dépasse largement les frontières du bassin caribéen pour devenir un théâtre majeur de la recomposition du monde multipolaire.
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L’Héritage Monroe et la rente pétrolière
Les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique du Sud sont empreintes de l’héritage de la Doctrine Monroe de 1823. En décrétant “l’Amérique aux Américains”, Washington a défini l’hémisphère occidental comme son Backyard (arrière-cour), une zone d’exclusion pour les puissances extracontinentales. Au début du XXe siècle, le corollaire Roosevelt a transformé cette posture défensive en un droit d’ingérence actif (“Big Stick”). Les Etats-Unis se plaçaient alors en défenseurs légitimes du continent Américain et se réservaient d’intervenir dans les affaires nationales pour des causes leur apparaissant « justes », notamment lors de la Guerre Froide et la guerre contre le communisme.
Mais dans ces considérations le Venezuela occupe une place singulière. Avec les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde (plus de 300 milliards de barils dans la ceinture de l’Orénoque), le pays est un pivot de la sécurité énergétique américaine. Durant la guerre froide, le “Pacte de Punto Fijo” (1958) a garanti la stabilité politique et l’approvisionnement vers le Nord. Ainsi le pays fait l’objet de convoitises, poussant Washington à exercer une influence sur les gouvernements vénézuéliens.
L’arrivée d’Hugo Chavez à la présidence en 1999 marque une rupture dans les relations avec les Etats-Unis. En réaffirmant la souveraineté sur la ressource pétrolière via la renationalisation de facto de PDVSA et en prônant une intégration régionale (ALBA, UNASUR) excluant les États-Unis, et soutenant la révolution bolivarienne, Chavez a mis fin à une sorte d’impérialisme américain sur le pays. Comme l’analyse le politologue Noam Chomsky, l’impérialisme américain ne tolère pas le “nationalisme insoumis”, surtout lorsqu’il menace le contrôle des ressources stratégiques et propose un modèle alternatif au Consensus de Washington.
Le narcotrafic comme arme de “Lawfare” géopolitique
Sous les administrations républicaines, et particulièrement sous l’ère Trump, la rhétorique démocratique a laissé place à une sécurisation du discours : le Venezuela est qualifié de “Narco-État”. Cette stratégie relève du lawfare, qui est l’utilisation du droit comme arme de guerre.
En mars 2020, le Département de la Justice (DOJ) a inculpé Nicolas Maduro pour “narco-terrorisme”, l’accusant de diriger le “Cartel de los Soles” (Cartel des Soleils). Les Etats-Unis ont même mis un prix pour quiconque rendrait Maduro aux autorités américaines. Cependant, une analyse factuelle des données de l’UNODC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime) et de la base de données américaine CCDB (Consolidated Counterdrug Database) nuance fortement cette accusation.
Par ailleurs, le Venezuela n’est pas un pays producteur majeur de cocaïne, et la grande majorité (plus de 90%) de la drogue entrant aux États-Unis transite par le corridor Pacifique (Amérique Centrale et Mexique), et non par la façade caribéenne vénézuélienne. L’accusation de narcotrafic apparaît donc comme un outil de délégitimation politique visant à justifier des sanctions économiques dévastatrices et à isoler le régime sur la scène internationale. Le gouvernement vénézuélien dénonce un impérialisme américain et une volonté d’appropriation des ressources du sous-sol.
D’autant plus que la focalisation sur le Venezuela contraste violemment avec la tolérance affichée envers les alliés stratégiques.
En effet, la Colombie, partenaire global de l’OTAN et allié clé des USA, reste le premier producteur mondial de cocaïne, avec des surfaces cultivées atteignant des records historiques en 2023-2024. Si Washington n’est encore pas intervenu en Colombie, préservant les relations diplomatiques avec Gustavo Petro, la situation demeure tendue et le pays n’est pas à l’abri d’une intervention américaine. Le Mexique quant à lui dispose également d’un traitement favorable de la part des USA. Alors que les cartels mexicains (Sinaloa, CJNG) contrôlent la distribution aux USA et génèrent une violence extrême, l’intégration économique via l’AEUMC (ex-ALENA) prime. L’affaire Cienfuegos (général mexicain arrêté aux USA pour trafic puis relâché sous pression de Mexico) démontre que la guerre contre la drogue passe après les intérêts économiques.
Toutefois, il est à noter que de nombreux territoires échappent aux autorités au pouvoir. Ce sont des territoires qui profitent à la mondialisation grise et aux trafics illégaux. En effet, le triangle d’or qui relie le Pérou, la Colombie et la Bolivie est un vaste espace de trafic de drogues (cocaïne, marijuana, crack etc).
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Une intensification de la menace militaire
La dynamique actuelle sous la présidence de Donald Trump marque une évolution complexe, oscillant entre la menace existentielle et le pragmatisme transactionnel.
Face à la rhétorique agressive de Washington et aux précédents d’incursions (comme l’opération Gideon en 2020), le Venezuela a adopté une posture de “forteresse assiégée“. La fermeture récente de l’espace aérien vénézuélien aux aéronefs américains ou liés à des intérêts américains n’est pas qu’une mesure technique ; c’est un signalement stratégique de haute intensité. Le Venezuela, s’appuyant sur des systèmes de défense antiaérienne russes (S-300), signifie qu’il prend au sérieux la menace d’une intervention directe ou d’une opération de décapitation du régime. Cette fermeture vise aussi à prévenir l’espionnage électronique et les vols de reconnaissance qui précèdent souvent les actions cinétiques.
Enfin, la relation USA-Venezuela est à un point de bascule. L’ère de l’ingérence purement idéologique semble céder le pas à une forme de realpolitik brutale.










