Nous allons aujourd’hui nous intéresser à l’ouvrage Conférence sur l’éthique de Ludwig Wittgenstein, tiré d’une conférence de 1929 à Cambridge. Cet ouvrage est court et assez facilement compréhensible, je vous incite à le lire si vous souhaitez l’utiliser dans vos copies au concours sur le thème « juger » (mais également à l’oral, ou si vous êtes en prépa AL/BL). De plus, Wittgenstein n’est pas l’auteur le plus connu des étudiants, et les thèses qu’il défend sont plutôt originales.
Brève présentation de Ludwig Wittgenstein
Ludwig Wittgenstein est un philosophe autrichien du XXème siècle. Il a beaucoup travaillé sur le langage en philosophie. L’une de ses thèses principales est que de nombreux problèmes philosophiques sont en réalité des faux problèmes, qui résultent d’une mauvaise utilisation du langage. Autrement dit, certains problèmes philosophiques n’ont pas de réponse, puisqu’ils reposent sur des propositions qui n’ont aucun sens et sur des questions mal posées.
Thèse de l’ouvrage
Dans La conférence sur l’Ethique, Wittgenstein entend préciser sa définition du terme « éthique ». La thèse de cet ouvrage peut être résumée avec la phrase suivante : Wittgenstein soutient que les jugements éthiques cherchent à exprimer l’absolu, mais que le langage ne peut parler que des faits, donc du relatif. Wittgenstein soutient alors qu’il est impossible de parler correctement d’éthique, puisque les limites de notre langage nous en empêchent.
Voyons comment Wittgenstein en arrive à cette conclusion.
Qu’est-ce que l’éthique ?
Wittgenstein commence son ouvrage par définir simplement ce qu’on peut entendre par le terme « éthique ».
« L’éthique est l’enquête générale visant à déterminer ce qui est bon. » Il utilise par la suite la définition suivante : l’éthique est « l’enquête visant à déterminer le sens de la vie, ce qui rend la vie digne d’être vécue, la façon de vivre correcte. »
Ces deux termes mis ici en gras, « bon » et « correcte » semblent de prime abord assez simples à comprendre. Toutefois, Wittgenstein entend préciser deux sens possibles que l’on peut leur attribuer : un sens relatif, et un sens absolu.
Qu’est ce qu’un jugement de valeur relatif ?
Si j’entends le terme « bon » ou « correct » d’une manière relative, je fais référence à un objectif déterminé en amont. Wittgenstein prend l’exemple d’une route : si je demande ma route à un passant pour atteindre la destination X, et qu’il m’indique une route, cette route sera la « bonne » si et seulement si elle satisfait un but prédéterminé : le fait d’atteindre la destination X. Au contraire, d’autres routes ne sont pas bonnes, puisqu’elles mènent ailleurs. L’énoncé « Ceci est la bonne route » fait donc implicitement référence au fait que c’est le chemin qui fait arriver à la destination X. C’est, par conséquent, un énoncé factuel.
L’expérience du gros livre
Un jugement de valeur absolu ne fait, au contraire, pas référence à un fait. Il consisterait à soutenir que quelque chose est bon ou mauvais en soi. Par exemple, dans les phrases « voler, c’est mal » ou « donner, c’est bien », les mots « mal « et « bien » ne font pas référence à un fait précis mais à l’éthique.
Pour nous en convaincre, Wittgenstein fait l’expérience de pensée suivante, dite du « gros livre » : imaginez un individu omniscient qui aurait à disposition toutes les données du monde (tous les mouvements du corps, toutes les dispositions d’esprit…) et qu’il ait tout écrit dans un gros livre, contenant donc la description complète du monde.
Dans ce livre, il n’y aurait que des jugements relatifs à des faits, et non des jugements de valeurs absolus. Wittgenstein prend l’exemple de la description d’un meurtre qui lieu dans ce livre : « Assurément, la lecture de cette description pourrait provoquer en nous la douleur, la colère ou toute autre émotion, ou nous pourrions lire quelle a été la douleur ou colère que ce meurtre a suscité chez les gens qui en ont eu connaissance, mais il y aura là seulement des faits, des faits — des faits mais non de l’éthique. » Autrement dit, une proposition indiquant que « tuer, c’est mal » ne fait référence à aucun fait, ce n’est pas un évènement qui s’est produit, seulement une interprétation morale d’un phénomène. Une telle phrase n’a pas sa place dans le livre.
Comme les jugements de valeur absolus ne relèvent pas d’un quelconque fait, ils sont dénués de sens.
Un exemple à utiliser en copie ?
Wittgenstein donne l’exemple de son étonnement face à l’existence du monde : « comme il est extraordinaire que le monde existe ». Une telle phrase aurait du sens si et seulement s’il est concevable que le monde n’existe pas, ce qui est manifestement absurde. Ce jugement n’est donc pas faux, mais se heurte aux limites de ce qui est exprimable par notre langage. Autrement dit, il est dénué de sens.
Comment utiliser cette référence dans le cadre du thème « juger » des prépas ECG 2026 ?
L’approche de Wittgenstein est originale puisqu’elle permet de poser des limites au fait de juger. Pour autant, il ne s’inscrit pas dans une démarche sceptique radicale, qui consisterait à défendre que tout jugement soit à prohiber. (cf Pyrrhon et l’épochè). Cette référence peut être mobilisée dans les sujets interrogeant sur les limites du jugement. Par exemple,
- De quel droit juge-t-on ?
- Peut-on juger de tout ?
- La suspension du jugement.
- Le langage trahit-il le jugement ?
En complément de cet article, je ne peux que vous conseiller d’aller regarder la vidéo de Monsieur Phi, Dixit #1, publiée sur YouTube il y a 7 ans déjà.











