En mars 2025, une rupture brutale survenue sur la pipeline SOTE (Sistema de Oleoducto Transecuatoriano), l’un des principaux oléoducs de l’Équateur, a provoqué le déversement de l’équivalent de 25 000 barils de pétrole brut au nord-ouest du pays. Le pétrole s’est écoulé dans des zones agricoles, des rivières et des forêts tropicales, affectant gravement les écosystèmes locaux et mettant en péril les sources d’eau potable de plusieurs communautés.
Face à cette vulnérabilité grandissante, plusieurs États de la région cherchent à s’affirmer comme de véritables leaders de la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, lors de la COP16 Biodiversité à Cali en Colombie, au cours de laquelle l’Équateur, aux côtés de la Colombie et du Brésil, a soutenu la création du Fonds Cali, un mécanisme inédit de redistribution des bénéfices issus de l’exploitation des données génétiques, au bénéfice des communautés locales et de la conservation.
De grandes attentes ont également été placées sur la tenue prochainement de la COP 30 à Belém, au Brésil, au cœur du bassin amazonien. Cet évènement pourrait représenter une opportunité exceptionnelle pour les pays de la région de prendre la tête de la lutte contre le changement climatique sur la scène internationale.
Des dirigeants engagés pour la lutte contre le réchauffement climatique et la déforestation.
En Amérique Latine, plusieurs gouvernements ont d’ores et déjà amorcé une transition profonde de leur rapport à l’environnement. En Colombie, le président Gustavo Petro a annoncé la fin des nouveaux permis d’exploration pétrolière, au nom d’une transition vers une « économie de la vie » fondée sur la biodiversité et la justice sociale. De son côté, la Bolivie a fait passer une loi visant à interdire progressivement l’usage de plastiques à usage unique dans les restaurants et grands magasins, grande source de pollution dans le pays. Lors de la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation de la forêts amazonienne a connu une augmentation de 75% : plus de 40 000 kilomètres carrés de forêt ont été ravagés entre 2017 et 2022, c’est pourquoi son successeur, Lula a pour ambition de faire de cette forêt le fer de lance de la transition énergétique en investissant dans la protection de l’environnement.
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L’émergence d’une diplomatie verte.
Au-delà des actions nationales, l’Amérique latine s’organise sur la scène internationale. Des alliances comme le Pacte de Leticia ou l’OTCA (Organisation du Traité de Coopération Amazonienne) permettent de coordonner la protection de l’Amazonie. Les pays explorent aussi des instruments financiers innovants, comme les debt-for-nature swaps, échangeant une partie de leur dette contre des engagements de conservation. En mai 2023, l’Équateur est entré dans l’histoire en signant le plus grand accord de ce type : un groupe de banques privées soutenues par des institutions internationales, notamment la Banque américaine de développement, a racheté 1,6 milliard de dollars de dette équatorienne. En échange, le pays s’est engagé à verser près de 18 millions de dollars par an pendant 20 ans dans un fonds destiné à la protection marine des îles Galapagos.
Une opinion publique de plus en plus favorable à la défense de l’environnement
L’Équateur a créé la surprise en 2023 lorsque ses citoyens ont voté, par référendum, l’interdiction de l’exploitation pétrolière dans le parc Yasuni, un joyau de biodiversité au cœur de l’Amazonie. Cette décision, inédite à l’échelle mondiale, montre que la pression populaire peut orienter les choix écologiques d’un pays. Au Panama, la sécheresse persistante a provoqué d’importantes manifestations, soulignant l’inquiétude croissante de la population face à la raréfaction des ressources en eau essentielles au fonctionnement du canal de Panama.
D’ailleurs, il ne faut pas oublier que la population, notamment la population indigène latinoaméricaine, est très engagée : on peut penser à l’intervention du chef Raoni Metuktire à l’ONU pour appeler à stopper la déforestation de la forêt amazonienne.
Un modèle économique encore largement extractiviste
Malgré ces louables efforts et ces ambitions débordantes, le défi reste de taille pour le sous-continent. Le Brésil, tout en réduisant la déforestation, reste le premier exportateur mondial de soja et de bœuf, produits qui représentent deux des causes majeures de la déforestation amazonienne. Le Paraguay et l’Argentine dépendent également fortement de ces cultures, souvent cultivées sur des terres déboisées. Au Chili, la transition énergétique mondiale renforce l’exploitation du cuivre et du lithium, indispensables aux batteries électriques, mais dont l’extraction assèche les nappes phréatiques de l’Atacama. En Bolivie, le gouvernement investit massivement dans l’exploitation industrielle du lithium des salars, malgré des risques environnementaux élevés pour ces écosystèmes fragiles.
Quant au Pérou, il reste l’un des plus grands producteurs mondiaux d’or, dont une partie est extraite illégalement en Amazonie, au prix d’une pollution massive au mercure.
En résumé, l’Amérique latine vit encore un paradoxe : elle se pose en défenseur de la nature dans les forums internationaux, mais son modèle de croissance repose en grande partie sur l’exploitation intensive de cette même nature. Tant que cette contradiction ne sera pas résolue, le chemin vers un véritable leadership écologique mondial restera inachevé. C’est pour cela que la COP 30 à Belém est aussi médiatisée; elle représente pour le sous-continent une occasion sans précédent de prouver son engagement et s’établir officiellement comme un leader dans la transition écologique.
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Photo : Axxis10, via Wikimedia Commons






