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Les marchés financiers vont-ils réellement sanctionner la France en raison de sa dette ?

Sommaire

Le gouvernement du premier ministre français François Bayrou a brandi en étendard le risque de la sanction par les marchés financiers en cas d’absence de consolidation budgétaire de la France lors de sa conférence de presse du lundi 25 août dernier. 

On peut se demander quel est le risque de sanction par les marchés financiers en réponse à la dette française ; en théorie, puis nous nous interrogerons sur sa réalité en pratique. 

 

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1/ Le financement de l’état

Le financement de l’État passe par les marchés financiers. L’État, afin de financer sa politique budgétaire, émet des obligations (via l’Agence France Trésor) qui sont ensuite échangées sur le marché financier à un taux d’intérêt qui fluctue.Début septembre, le taux des OAT à 10 ans a ainsi atteint 3,60 %.

Le taux d’intérêt est déterminé selon deux variables majeures :  le taux d’intérêt directeur de la banque centrale européenne et la prime de risque. Le taux de la BCE est révisé environ toutes les six semaines. et dépend des anticipations de croissance et d’inflation de la BCE. La prime de risque est, elle, directement liée au risque propre de chaque emprunteur ; ce dernier est déterminé par la capacité de remboursement et de renouvellement de la dette.

Ainsi, un État est un agent particulier sur le marché du crédit, car il est un agent à besoin de financement qui n’est pas tenu d’être en mesure de rembourser la totalité de sa dette.

Ainsi, le tableau est posé : selon le gouvernement Bayrou le niveau historique de la dette française (113,9 % du PIB, soit environ 3345 Md d’euros)[1] et surtout l’absence de stabilisation du niveau d’endettement conduiraient les marchés financiers à réévaluer encore plus fortement la prime de risque associée à la France, ce qui impacterait encore davantage les dépenses publiques.

2/ Quels sont les effets attendus d’une hausse du taux d’intérêt de la dette ?

Quelles sont les conséquences d’une hausse des taux : ce qu’on appelle le service de la dette va augmenter, c’est à dire que l’État va consacrer une part plus importante de ses recettes au paiement des intérêts. Ainsi, cela handicapera la mise en place d’autres politiques, telles que le financement des services publics, les politiques de soutien aux entreprises et les politiques sociales (assurance chômage, maladie, sécurité sociale, etc.)

Selon Evsey Domar (The Burden of the Debt, 1944), on estime que la dette n’est pas soutenable, dès lors que le taux d’intérêt auquel on emprunte est supérieur au taux de croissance. Ainsi, tant que la croissance nominale de l’économie est suffisante, les intérêts de la dette peuvent être payés et donc la dette est soutenable.

Mais selon les économistes Reinhart et Rogoff (2010), la croissance est elle-même impactée par la dette. En effet, pour eux, lorsque la dette publique dépasse 90 % du PIB, alors le taux de croissance perd 1 point de pourcentage. On peut aisément expliquer cela par la raison évoquée précédemment, les États, en raison de l’augmentation de la charge de la dette, ont alors moins de moyens disponibles pour financer des politiques de soutien à l’économie.

Ce rôle de l’État, comme soutien de l’activité économique par ses dépenses et son intervention, a été défendu par Barro en 1990. Pour lui certains investissements publics notamment dans les infrastructures sont nécessaires à la croissance. Mais du fait de la durée des emprunts nécessaires et d’une rentabilité souvent jugée insuffisante à court terme, aucun acteur privé ne souhaite les produire alors même qu’ils permettent une hausse de la croissance potentielle.

Ce chiffre de 90 % ne fait pas consensus. Ainsi, pour certains, le seuil à partir duquel la croissance est négativement affectée se situe à 115 % du PIB (Minéa et Parent 2012). [2]

Ainsi au vu du niveau actuel du ratio dette sur PIB de la France, on peut craindre un possible ralentissement de l’activité économique qui entrainerait donc des difficultés supplémentaires au remboursement de la dette. 

 

3/ la réalité de la charge de la dette aujourd’hui

Aujourd’hui la charge de la dette représente un coût de 58 milliards d’euros (soit 3,57 % des 1 670 milliards de dépenses publiques [3]). Ce niveau bien qu’important, n’est pas particulièrement élevé par rapport aux autres pays de l’OCDE.

Le risque d’une augmentation très violente des taux qui ferait plonger la France dans une crise semblable à celle de 2013 n’est pas d’actualité. En effet, la France est vue par les investisseurs comme un pays fiable et stable ; la France est un des pays dont la dette est la plus détenue par les étrangers ; preuve de cette confiance (selon un rapport de Banque de France en 2023, 53,2% des détenteurs de la dette française ne sont pas résidents. Si ce chiffre a baissé par rapport à 2009 (70,9 %), il reste plus important qu’en 1999 où il n’était que de 28%). [4]

En effet, des paramètres autres que le simple niveau de la dette influencent la perception du risque par les agents sur les marchés financiers : il existe certains mécanismes juridiques, mis en place par la BCE qui protègent la zone euro d’une nouvelle crise souveraine ; de plus le risque est jugé limité quant à la capacité de la France à payer sa charge d’intérêt et à rouler sa dette sur les marchés.

Certes, on a observé une hausse du taux d’intérêt de la France depuis la dissolution de 2024 sur ses obligations à long terme (les OAT), qui traduit le fait que les agents sur les marchés restent attentifs à l’évolution de la situation française et à son instabilité politique ; pour autant, la demande de dette française reste soutenue, comme en témoigne l’émission récente de 11 milliards d’obligations; par l’AFT jeudi 4 septembre qui a trouvé preneur à un taux de 3,57 %[5]

4/ Conclusion 

Il faut également noter que dans tous les pays on observe une augmentation de la dette (Japon, États-Unis, Angleterre, Espagne) de même que la dégradation de la situation budgétaire n’est pas l’apanage de la France (également observée aux États-Unis). Si le spectre de la crise de la dette existe, la confiance dans les mécanismes de sauvegarde de la BCE (politiques microprudentielles et macroprudentielles) permet une certaine stabilité des marchés. Cette présence de la banque centrale est un facteur essentiel de stabilité sur le marché de la dette souveraine à l’image de ce qui a été observé au Japon où il n’y a pas eu de crise sur ce marché en dépit d’une dette qui a dépassé les 250 % du PIB.

Dès lors, le risque de sanction des marchés financiers risquant d’entraîner une récession brutale de l’économie française semble très limité.

  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8597434
  2. https://www.rexecode.fr/conjoncture-previsions/veille-documentaire/document-de-la-semaine/impact-de-la-dette-publique-sur-la-croissance-economique-polemique-sur-les-travaux-de-reinhart-et-rogoff
  3. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8540375
  4. https://www.vie-publique.fr/en-bref/294571-dette-publique-qui-detient-la-dette-francaise
  5. https://www.lefigaro.fr/conjoncture/dette-la-france-emprunte-sans-difficulte-mais-a-des-taux-moins-preferentiels-20250904

 

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Adrien Aunay