Il s’agit d’une des rivalités les plus vieilles de l’histoire contemporaine. Une rivalité entre la première puissance mondiale et une île caribéenne ne comptant pas plus de 10 millions d’habitants. Les hostilités entre ces deux voisins durent depuis plus de 60 ans. Depuis le triomphe de la révolution socialiste menée par Fidel Castro, le dialogue a laissé place à des invasions supportées par la CIA, des menaces constantes. Ces tensions ont conduit à des crises migratoires massives qui ont marqué des générations entières de part et d’autre du détroit de Floride.
Cependant, alors que l’on pensait le dégel possible, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025 a provoqué une augmentation brutale de l’intensité du conflit. Le gouvernement américain a renforcé l’embargo économique en vigueur depuis les années 60, arguant que La Havane était la seule responsable. En adoptant des mesures drastiques pour empêcher Cuba de recevoir du pétrole de l’extérieur, Washington a aggravé une crise énergétique qui paralyse l’île. Dans cet article de Mister Prépa, on t’explique l’origine et les enjeux du conflit entre Cuba et les États-Unis.
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Les racines de la dépendance : 1898, l’indépendance sous tutelle
En 1898, la guerre d’indépendance de Cuba contre l’Espagne touche à sa fin. L’Espagne, puissance coloniale déclinante, renonce au contrôle de l’île suite à l’intervention militaire décisive des États-Unis. Si Cuba sort de la domination espagnole, elle entre immédiatement dans l’orbite de Washington. Après des années de luttes acharnées, l’économie et les infrastructures cubaines sont dévastées.
Lors de la phase de reconstruction, les États-Unis jouent un rôle primordial, mais cette aide a un coût politique et souverain. Premièrement, l’île devient de fait un protectorat américain. Ensuite, lorsqu’elle accède formellement à l’indépendance en 1902, la constitution cubaine intègre l’Amendement Platt, qui autorise une influence et une intervention américaine dans les affaires intérieures de l’île. Cet accord a notamment permis l’installation de bases navales stratégiques, comme celle de Guantánamo, toujours active aujourd’hui. Jusqu’en 1934, Cuba n’est souveraine que sur le papier, nourrissant un sentiment nationaliste et antiaméricain.
L’ère batista et l’ascension du castrisme
Durant des décennies, la relation économique et politique entre les deux voisins s’est élargie au secteur industriel de l’île, où la participation des capitaux américains était prédominante. Dans les années 1950, Cuba est le terrain de jeu des investisseurs. Sur les routes, les marques des États-Unis sont partout, et le luxe américain s’expose dans les casinos de La Havane. Mais cette opulence s’accompagne d’une augmentation des inégalités sociales.
En 1952, Fulgencio Batista, un général qui avait gouverné démocratiquement entre 1940 et 1944, reprend le pouvoir par un coup d’État. Son régime autoritaire et corrompu exacerbe le mécontentement populaire. La population dénonce une dépendance trop grande envers Washington. Deux camps émergent alors : d’un côté, ceux qui souhaitent un retour au statu quo démocratique ; de l’autre, une frange radicale prônant une réforme nationaliste et socialiste pour s’émanciper totalement de la tutelle impériale.
C’est dans ce contexte que surgit Fidel Castro, un jeune avocat. Après l’échec de l’attaque de la caserne Moncada en 1953 et un exil au Mexique, Castro revient fin 1956 pour organiser une guerilla dans la Sierra Maestra. Le soulèvement s’étend rapidement, soutenu par une paysannerie pauvre. Le 1er janvier 1959, face à l’avancée des rebelles, Batista s’enfuit. Une semaine plus tard, les troupes de la Révolution entrent triomphalement à La Havane.
Nationalisation et embargo : le point de non-retour
Les relations ne se sont pas rompues brutalement au lendemain de la révolution. Au départ, Washington cherche à préserver ses intérêts, pensant que Castro n’est qu’un nationaliste de passage. Cependant, deux événements vont radicalement changer la donne : la réforme agraire, qui nationalise les terres contrôlées par les firmes américaines (comme la United Fruit Company), et le rapprochement avec l’URSS.
En pleine Guerre froide, la visite du diplomate soviétique Anastas Mikoyan à Cuba est perçue par les États-Unis comme un affront inacceptable. Un accord est signé : Moscou achètera le sucre cubain en échange de pétrole. Or, les raffineries présentes sur l’île appartiennent à des compagnies américaines qui refusent de traiter le pétrole soviétique. En réaction, Castro nationalise ces raffineries, provoquant une escalade immédiate. Washington réplique par les premiers embargos commerciaux. En 1961, la rupture des relations diplomatiques est définitive et Cuba bascule officiellement dans le camp socialiste.
La baie des cochons et la crise des missiles
L’année 1961 marque le début des tentatives de déstabilisation directe. Sous l’égide de la CIA, plus de 1500 exilés cubains tentent d’envahir l’île lors du débarquement de la Baie des Cochons. L’opération est un désastre pour les États-Unis, les forces de Castro écrasant l’invasion. Cet échec pousse Washington à adopter des méthodes plus sombres : sabotages, guerre économique et multiples tentatives d’assassinat contre Fidel Castro.
Pour garantir sa survie, Cuba se tourne vers son allié soviétique et accepte l’installation de missiles nucléaires sur son sol. En octobre 1962, la découverte de ces sites par des avions espions américains déclenche la Crise des missiles. Au bord d’une confrontation nucléaire totale entre les États-Unis et l’URSS. Si un compromis est finalement trouvé (retrait des missiles russes contre la promesse américaine de ne pas envahir l’île), Cuba ressort de cette crise plus isolée mais ancrée dans le bloc soviétique.
Immigration et période spéciale : l’Impasse des années 90
Pendant trois décennies, les relations restent figées dans une impasse idéologique. L’influence de la révolution cubaine se diffuse en Amérique latine, soutenant des mouvements comme le sandinisme au Nicaragua ou, plus tard, la révolution bolivarienne de Hugo Chávez au Venezuela. Mais le véritable enjeu devient celui de l’immigration.
La chute de l’URSS en 1991 prive Cuba de ses subventions soviétiques, l’économie s’effondre. Face à la pression sociale, Castro ouvre ponctuellement les frontières, provoquant des vagues de départs massifs, comme lors de l’exode de Mariel (125 000 personnes en 1980) ou la crise des balseros en 1994. Pour gérer ce flux, les États-Unis instaurent la politique dite “pieds secs, pieds mouillés“, renvoyant systématiquement les migrants interceptés en mer tout en accueillant ceux qui touchent le sol américain.
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Le retour des tensions et le pari de Trump
Malgré un bref espoir de normalisation sous l’administration de Barack Obama en 2014 qui avait conduit à la réouverture des ambassades, les hostilités ont repris. Le retour de Donald Trump au pouvoir a marqué un tournant brutal. En classant à nouveau Cuba parmi les États soutenant le terrorisme et en activant le titre III de la loi Helms-Burton, Washington cherche à asphyxier totalement l’économie de l’île.
Aujourd’hui, l’embargo est plus strict. Les sanctions touchent désormais directement l’approvisionnement en énergie, provoquant des coupures d’électricité généralisées à travers le pays. Cette stratégie de “pression maximale” vise à provoquer un effondrement du régime, mais elle plonge surtout la population civile dans une précarité sans précédent.


