Douze ans après l’échec du référendum d’indépendance, l’Écosse remet à la surprise générale la question sur la table. En mai 2026, le Scottish National Party (SNP) de John Swinney décroche une cinquième victoire consécutive à Holyrood (le parlement écossais) et s’allie aux Verts pour former une majorité, après une période difficile pour le camp indépendantiste.
Dès la première séance du nouveau parlement écossais, les députés ont voté une motion pour réclamer au gouvernement britannique l’autorisation d’organiser un nouveau référendum d’indépendance.
Keir Starmer a cependant catégoriquement refusé. Il y a ainsi un blocage institutionnel entre Londres et Edimbourg qui perdure aujourd’hui sur cette question. La victoire du SNP relance de ce fait un débat que beaucoup croyaient clos depuis l’effondrement du parti aux législatives de 2024 et l’échec du référendum de 2014, celui de l’indépendance écossaise.
Cet article t’explique les raisons du come-back de l’indépendantisme écossais, thématique assez classique aux oraux d’anglais des écoles du Top 5.
Un statut particulier au sein du Royaume-Uni
Le Royaume-Uni est ce que l’on appelle un “État unitaire décentralisé”. A la différence d’un Etat fédéral comme les Etats-Unis, chaque nation qui en fait partie possède un degré d’autonomie qui lui est propre. L’organisation politique du Royaume-Uni repose en effet sur l’ensemble des lois votées au Parlement britannique à Westminster, mais il n’existe aucune constitution écrite. Londres reste souveraine et pourrait revenir sur les compétences déléguées, mais en pratique une telle décision mettrait très certainement le feu aux poudres.
L’Écosse de son côté a toujours occupé une place à part dans cet ensemble. Lors de son union avec l’Angleterre au XVIIIe siècle, elle a conservé ses propres institutions à savoir son système juridique distinct, son Église nationale et son système éducatif propre. Cette identité a nourri un sentiment national solide qui perdure encore aujourd’hui.
En 1998, la création du Parlement écossais (Holyrood) et du gouvernement écossais formalise un partage de compétences avec Westminster : santé (NHS Scotland), éducation, justice, collectivités locales… Londres garde néanmoins la main sur les domaines réservés comme la défense ou les affaires étrangères.
L’échec du référendum d’indépendance de 2014 et le Brexit
Le référendum de 2014 porté par Alex Salmond devait permettre à l’Écosse de sortir du Royaume-Uni. Le non l’a finalement emporté avec plus de 55 % des voix. Salmond a peu après démissionné et laissé place à Nicola Sturgeon. À l’époque, on considère donc à Londres la question comme tranchée.
Le Brexit de 2016 va pourtant rebattre les cartes. Alors qu’une majorité du Royaume-Uni vote pour la sortie de l’UE, l’Écosse choisit l’inverse : 62 % des électeurs écossais votent pour le “remain“. Il convient de rappeler d’ailleurs que le camp du “non” à l’indépendance écossaise s’était appuyé, en 2014, sur les déclarations de José Manuel Barroso, alors président de la Commission européenne, qui jugeait “extrêmement difficile, voire impossible“ pour une Écosse indépendante de rejoindre l’UE en tant que “pays tiers“. David Cameron, premier ministre britannique de l’époque, avait relayé ces propos et les a qualifiés de “significatifs”, pour dissuader les Écossais de voter “oui”.
Le résultat du référendum sur le Brexit de 2016 après la menace de sortir de l’Union Européenne deux ans auparavant alimente depuis dix ans un sentiment d’injustice et de trahison : l’impression qu’on impose à l’Écosse des choix constitutionnels qu’elle n’a pas faits, mais aussi que les écossais se sont fait duper par Westminster.
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Cependant, ce sentiment de frustration ne donnera jamais lieu à un nouveau vote : depuis 2016, les gouvernements britanniques successifs refusent systématiquement d’autoriser un nouveau référendum. En 2022, la Cour suprême du Royaume-Uni donne son avis : le Parlement écossais ne peut pas organiser seul une telle consultation sans l’aval de Westminster.
Où en est l’indépendantisme en 2026 ?
Après 2022, le mouvement indépendantiste traverse une phase difficile. Aux élections générales de juillet 2024, le SNP s’effondre, passant de 48 à 9 députés dans la Chambre des Communes. Beaucoup y voient un désintérêt des Écossais pour l’indépendance, davantage préoccupés par le coût de la vie, la NHS ou l’économie selon des sondages de YouGov. John Swinney lui-même reconnaît alors que son parti a trop longtemps misé uniquement sur la carte indépendantiste.
Mais la donne change avec l’arrivée de Keir Starmer à Downing Street en 2024 : le gouvernement travailliste devient rapidement impopulaire en Écosse. En 2026, le SNP fait donc campagne en misant sur les échecs de Starmer et la montée de Nigel Farage pour justifier la nécessité d’un nouveau référendum, pointant du doigt les déceptions travaillistes sur les retraites, l’énergie et la politique industrielle.
La fermeture de la raffinerie de Grangemouth, à l’ouest d’Édimbourg, a encore attisé le sentiment que les intérêts écossais passent après ceux de l’Angleterre, Londres étant venue à la rescousse, à l’inverse, des aciéries anglaises de British Steel en grande difficulté face à la désindustrialisation. Le Premier ministre écossais John Swinney a qualifié le refus de nationaliser Grangemouth d'”anti-écossais“ tandis que le leader du SNP à Westminster a fait le parallèle direct : “si British Steel est jugée susceptible d’être nationalisée en tant qu’industrie d’importance stratégique nationale, notre capacité à assurer notre sécurité énergétique l’est certainement aussi“.
Des résultats dans les urnes : vers l’indépendance ?
Ces préoccupations ont un résultat dans les urnes : en mai 2026, le SNP finit par obtenir une cinquième victoire d’affilée aux élections locales. Avec les Verts écossais également en faveur de l’indépendance, la coalition obtient 73 sièges sur 129.
Lors de la première séance de la nouvelle législature écossaise, le First Minister a fait voter une motion demandant à Londres un “Section 30 order”, une motion qui demande à Londres son autorisation pour l’organisation d’un référendum d’indépendance. C’est par ce biais institutionnel là que le référendum de 2012 a par exemple pu avoir lieu. Mais sans l’accord britannique, ce qui est le cas pour l’heure, le Parlement écossais reste dans l’incapacité juridique d’agir seul, comme l’a confirmé la Cour suprême en 2022. Ce verrou institutionnel demeure le principal obstacle aux ambitions indépendantistes, la situation est donc dans une impasse.
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L’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street pourrait marquer un tournant. Entre statu quo et réouverture du dossier écossais, l’avenir constitutionnel du Royaume-Uni se joue désormais à Westminster et représente un défi pour le nouveau premier ministre. La balle est dans le camp londonien.
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