« Un autre monde est possible. » Ces mots prononcés par Ignacio Ramonet en 1998 deviennent rapidement le mot d’ordre du premier Forum Social Mondial (FSM) de Porto Alegre (2001). Ce slogan résume à lui seul l’ambition de millions de personnes qui revendiquent un autre rapport à la mondialisation : l’altermondialisme.
Comment le courant altermondialiste est-il né ?
Ce courant vise à contester les formes néolibérales de la mondialisation pour imposer un modèle davantage juste, démocratique et durable. La fin du XXᵉ siècle marque l’accélération de la mondialisation économique, du libre-échange (avec la création de l’OMC en 1995) ainsi que du consensus de Washington. Néanmoins, pour des ONG, des syndicats, des intellectuels ou encore une partie de la société civile, cette mondialisation est injuste. En effet, elle semble favoriser les intérêts des pays du Nord et des entreprises multinationales au détriment des populations du Sud. La date exacte à laquelle le courant émerge n’est pas unanime. Cependant, il convient de révéler les grands évènements qui ont participé à initier le mouvement. Dès 1994, Marcos initie le soulèvement zapatiste et dénonce les effets de l’ALENA pour les populations indigènes. Cette date marque un tournant dans l’opposition au libre-échange. Ce sont des intellectuels français qui reprennent le mouvement. En 1998, Bernard Cassen et Ignacio Ramonet lancent la création du groupe ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Ils proposent alors la mise en place de la taxe Tobin pour taxer les transactions financières internationales. C’est en 1999 que le courant prend une tout autre forme médiatique avec la « bataille de Seattle ». En effet, lors d’une conférence ministérielle de l’OMC, des milliers de manifestants ont bloqué le sommet et empêché l’ouverture de nouveaux cycles de négociations commerciales. À partir de ce moment, le mouvement altermondialiste devient mainstream. Enfin, le premier Forum Social Mondial se tient en 2001 à Porto Alegre et se place comme diamétralement opposé au Forum économique mondial de Davos. L’opposition est donc organisée et les évènements de rassemblement deviennent réguliers. Cet historique de l’origine du courant altermondialiste permet donc de comprendre les causes du combat, mais concrètement, quelles sont les revendications du courant altermondialiste ?
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Les revendications de l’altermondialisme
Les contestations partagent un socle commun de critiques et de propositions pour promouvoir une alternative entre mondialisation et antimondialisation. Tout d’abord, le courant souhaite réguler la finance internationale comme on l’a vu avec la taxe Tobin. Plus globalement, le mouvement réclame un encadrement des paradis fiscaux des marchés et de tous les mouvements de capitaux. La deuxième revendication principale est la réforme des institutions internationales. En effet, les organisations telles que le FMI, la Banque mondiale ou encore l’OMC sont accusées de fonctionner dans une logique seulement capitaliste, technocratique et antidémocratique. C’est pourquoi l’altermondialisme réclame un rééquilibrage de gouvernance entre les pays du Nord et les pays du Sud, mais aussi un ajustement entre la logique commerciale et les droits sociaux et environnementaux ; c’est pourquoi la troisième revendication principale est le combat contre les inégalités causées par la mondialisation libérale. L’altermondialisme réclame donc une redistribution plus globale des richesses. Enfin, la dimension écologique devient un facteur majeur de contestation, héritée du rapport Meadows de 1972. On assiste alors à une critique de l’agriculture intensive et des OGM, au refus de la marchandisation des biens communs (comme l’eau), ainsi qu’à une prise de conscience du caractère croissant du changement climatique.
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Quelle différence alors entre l’antimondialisation et l’altermondialisme ?
Pour comprendre pleinement cette différence, il convient de définir l’antimondialisme. L’antimondialisme désigne un rejet global du processus de mondialisation. Cette réponse radicale émerge dans plusieurs foyers mondiaux dans les années 90. On distingue alors deux formes d’antimondialistes : ceux identitaires qui voient dans la mondialisation une menace à la sécurité nationale et ceux anticapitalistes qui exigent une mondialisation moins tournée vers le profit. Ce mouvement est violent, comme en témoigne l’émergence de Black Blocs, des groupuscules d’extrême gauche qui répriment les évènements pro-mondialisation. Ils bloquent par exemple le sommet du G8 à Gênes en 2001, faisant plus de 600 blessés. Cet antimondialisme favorise donc la souveraineté économique et sociale des États. Les solutions que donnent les anti-mondialistes sont principalement un protectionnisme, un retour des frontières économiques et une priorité nationale absolue. Néanmoins, vers 2001, on assiste à un passage de l’antimondialisme à l’altermondialisme. Pourquoi ? Cela est le reflet d’un changement de posture du mouvement pour ne plus rejeter la mondialisation mais la réorienter. Ce choix permet de passer à un projet plus complet, alternatif et porteur d’un projet plus global. L’image d’un mouvement purement contestataire, radical et réactionnaire s’efface alors pour le mouvement d’émancipation sociale du XXIᵉ siècle selon Bernard Cassen dans Le Figaro en 2003. Nicolas Weill dans Les antimondialisations cherchent un nouveau souffle après le 11 septembre (2001) montre parfaitement cette bascule de l’antimondialisation à l’altermondialisation. Le FSM de Nairobi en 2007 révèle aux yeux du monde que l’altermondialisme a pris le dessus.
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Dès lors, quel avenir pour l’altermondialisme ?
Le mouvement semble néanmoins s’essouffler depuis 2008 alors que son action devenait de plus en plus légitime. Par exemple, le Forum de Montréal de 2016 a rassemblé 35 000 participants alors que 100 000 étaient prévus initialement. La diminution de l’importance du courant se traduit aussi par un ralentissement de l’exposition médiatique des évènements organisés, comme le FSM de 2024 à Katmandou, très peu médiatisé. Pour G. Pleyers dans Alter-globalization, cette situation s’explique par le paradoxe central du mouvement de l’altermondialisme : les responsables du mouvement s’apparentent à des élites trop éloignées des réalités revendiquées. C’est pourquoi, depuis quelques années, la société civile semble vouloir s’approprier le mouvement. Le mouvement Indignados à Madrid en 2011, déclenché par la publication d’Indignez-vous ! par Hessel, est un exemple majeur de courant qui reprend les revendications altermondialistes. Ainsi on assisterait à un simple basculement des acteurs, ce qui favoriserait la survie du mouvement. Pour Eddy Fougier dans L’altermondialisme, vingt ans après : la grande désillusion, le mouvement connait un essoufflement dans les années 2010. Pour l’auteur, les revendications se sont décalées de l’objectif préétabli, ce qui a causé son essoufflement. La critique du capitalisme s’est transformée en rejet de l’occidentalisme plus globalement. Il note parallèlement que la préoccupation environnementale occupe une place de plus en plus importante dans les contestations du mouvement. Ainsi le courant altermondialiste s’est essoufflé mais est surtout en pleine transformation.
Que retenir de cette analyse ?
Si le mouvement altermondialiste en tant que structure organisée semble aujourd’hui à bout de souffle, il parvient à résister. Les revendications du mouvement, telles que la critique de la finance dérégulée, la défense d’une mondialisation plus juste et la préoccupation écologique, touchent désormais bien plus que la classe altermondialiste. L’altermondialisme est donc moins en disparition qu’en recomposition en son sein même. Il est désormais plus spontané, horizontal et provient désormais d’une société civile en constante transformation, et non plus d’une élite avec des idées figées. Vingt-sept ans après Seattle, la question subsiste encore : un autre monde est-il encore possible ?