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Nicaragua : Ortega franchit un nouveau cap autoritaire

Sommaire

À l’occasion du 47è anniversaire de la révolution sandiniste – célébrée chaque 19 juillet en référence à la chute du dictateur Anastasio Somoza en 1979 – Daniel Ortega en a profité, lors d’un discours, pour consolider davantage son emprise sur le pouvoir. 

En annonçant explicitement qu’aucune élection n’aurait désormais lieu, Ortega parachève un tournant autoritaire qui s’est accentué depuis les purges organisées à la suite des manifestations de 2018. Initialement prévues pour novembre 2026, les élections avaient déjà été reportées à 2027 à la suite d’une réforme constitutionnelle adoptée en janvier 2025. Cette dernière – déjà contestée par l’opposition en exil – allonge le mandat présidentiel de 5 à 6 ans et instaure une coprésidence partagée avec son épouse, Rosario Murillo, qui ne dispose d’aucune légitimité électorale. 

Selon Dora María Téllez, opposante au régime en place, cette évolution met en lumière la vulnérabilité du pouvoir, qui redoute l’opposition, bien que le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), dirigé par le président nicaraguayen, contrôle la quasi-totalité des institutions du pays, telles que l’armée, la police, les médias ou encore le système judiciaire. Elle révèle également que le leader sandiniste refuse toute concurrence électorale, y compris au sein de son propre camp, alors que certains de ses soutiens lui reprochent de ne plus répondre aux aspirations qui avaient motivé son élection. 

Ainsi, certains observateurs en viennent à décrire le clan Ortega comme une dynastie familiale évoluant vers un régime de parti unique replié progressivement sur lui-même.

 

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Un régime autoritaire de plus en plus isolé à l’international

Face à cette déclaration choc, les États-Unis, par la voix de Marco Rubio, n’ont pas tardé à réagir en affirmant qu’ils ne « resteraient pas les bras croisés ». Cette réaction américaine est prise au sérieux car le régime dépend largement des transferts de fonds des émigrés – qui représentent près de 30 % du revenu national – qui ont rejoint les États-Unis en masse à la suite des émeutes de 2018. De plus, Managua reste très dépendant de Washington dans son accès aux ressources pétrolières et gazières, une dépendance qui n’a cessé de se renforcer depuis que les États-Unis ont la mainmise sur le pétrole vénézuélien.

Aujourd’hui, le régime nicaraguayen ne dispose plus d’aucun allié démocratique, que ce soit sur le continent ou dans le monde. Il peut toutefois compter sur le soutien de la Chine auprès de laquelle il s’endette. En contrepartie, les entreprises chinoises exploitent les ressources minières du pays et tirent profit de la hausse du cours de l’or. 

 

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Enfin, le choix d’abolir les élections au Nicaragua pourrait s’expliquer par les leçons tirées de l’exemple vénézuélien. Lors de l’élection présidentielle de 2024, Nicolás Maduro pensait pouvoir contrôler l’opposition après avoir écarté des figures majeures comme María Corina Machado. Pourtant, Edmundo González Urrutia, désigné comme candidat de remplacement, est devenu le point de ralliement de l’opposition et a suscité un important vote de contestation. 

Ainsi, plutôt que de manipuler des élections en pensant pouvoir en contrôler l’issue, Ortega préfère désormais supprimer toute véritable concurrence électorale afin d’éviter qu’un candidat inattendu ne cristallise le mécontentement populaire. 

 

Une opposition muselée par le régime Ortega

Déjà connu pour avoir réprimé dans le sang les manifestations d’avril 2018 au cours desquelles étudiants et retraités s’étaient rassemblés à Managua pour s’opposer à une réforme des retraites prévoyant une hausse des cotisations salariales et une baisse des pensions de retraite, Daniel Ortega fait aujourd’hui preuve d’une fermeté sans commune mesure à l’égard de l’opposition, l’empêchant de gagner du terrain, du moins sur le sol nicaraguayen. 

Les rares dissidents encore présents dans le pays sont quelques responsables locaux contraints de pointer quotidiennement au commissariat et soumis à des allers-retours répétés en prison. 

Depuis son retour au pouvoir en 2007, le Nicaragua n’a plus connu d’élections libres. En 2021, par exemple, l’opposant Félix Maradiaga a été incarcéré, puis déchu de sa nationalité quelques mois avant une élection ayant consacré la réélection de Daniel Ortega, en l’absence de toute véritable opposition.

Sur le plan médiatique, le régime a également durci le ton en contrôlant d’une main de maître l’ensemble des médias nationaux, qui relaient désormais le discours du gouvernement par le biais des interventions récurrentes de Rosario Murillo. 

Cette emprise s’est notamment traduite par la dégringolade du Nicaragua dans le classement mondial de la liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans frontières. Classé 90è en 2018, le pays occupe en 2026 la 168è place sur 180 pays classés. L’organisation qualifie le paysage médiatique national de « véritable cauchemar » pour la presse indépendante, confrontée à des « arrestations arbitraires ainsi qu’à des menaces de mort ». 

L’Église, l’une des rares institutions à résister au pouvoir, est elle aussi dans le viseur du régime. Forte d’une population composée de plus de 60 % de catholiques, l’Église nicaraguayenne constitue un véritable contre-pouvoir, notamment depuis qu’elle a affiché son soutien aux manifestations étudiantes d’avril 2018. C’est dans ce contexte que Daniel Ortega a annoncé en mars dernier l’interdiction des ordinations de prêtres et de diacres dans quatre diocèses, craignant qu’un renouvellement du clergé ne renforce une institution susceptible de fragiliser le couple Ortega-Murillo.

 

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Guillaume Coric