Passer au contenu principal

Misterprepa

The Thing : l’humanité à l’épreuve du doute

Sommaire

Quelles frontières entre l’humain et l’inhumain ? Comment préserver son humanité en temps de crise (krisis) ? La peur et la méfiance consument-elles notre humanité ?

Ces questions, qui sont au cœur du thème de Culture Générale du programme (L’humanité), résonnent avec le célèbre film de John Carpenter, sorti en 1982, The Thing. Véritable huis-clos, antichambre de la suspicion et des doutes sur ses proches, The Thing illustre à quel point l’humanité s’avère friable et fragile en temps de crise. Les films sont souvent négligés en culture générale, alors qu’ils te permettront de te distinguer et de montrer ta curiosité intellectuelle. Ce film, probablement recommandé par ton professeur, offre une réflexion particulièrement féconde sur l’humanité. Je te conseille de le visionner en complément de cet article afin de mieux saisir les enjeux soulevés. Tu sauras donc l’utiliser en dissertation, mais aussi en CSH !

Lire plus : Analyse et plan détaillé du thème “l’humanité” 

 

Résumé de l’œuvre  

Adapté du roman Who Goes There (1938) de John W. Campbell, Carpenter brosse le portrait de chercheurs américains travaillant en Antarctique. Lorsqu’un mystérieux chien est suivi d’un hélicoptère norvégien, c’est l’humanité entière qui devient menacée par un parasite extraterrestre difforme dont les intentions sont hostiles. Ce parasite détient la troublante capacité de se transformer en assimilant les êtres humains et souhaite anéantir la vie terrestre.

 

Une humanité en danger ?

Les communications avec le continent étant coupées, l’enjeu devient celui de la protection de l’humanité. Mais comment reconnaître son semblable ? En toute rigueur, aucune caractéristique visuelle ne permet de détecter la “Chose” d’un humain (MacReady s’interroge plusieurs fois : “Who’s the thing ?”). Elle imite à la perfection. Mais elle colonise et se démultiplie. Cette chose est donc profondément inhumaine, sur le plan biologique (forme extraterrestre, laide, dont le corps change) et moral. Elle n’est qu’une chose, informe, qui n’a pas d’autre identité et fonction que d’imiter. Elle ne semble pas souffrir du climat et adopte froidement les codes humains : elle mange, met un manteau, boit, et calcule soigneusement dans le dos des autres. Cette chose est la figure antinomique de l’homme. Reconnaître l’humain nécessite donc davantage que la simple apparence, c’est reconnaître l’identité d’autrui par l’observation minutieuse de ses comportements, de son attitude. La chose imite jusqu’aux attitudes humaines. La reconnaissance d’autrui nécessite donc d’engager un pari, confiance accordée sans garantie sur sa nature, à défaut d’être trompé : en témoignent les réticences à tuer un membre du groupe infecté par la Chose. Or, la chose ne s’avère dangereuse que dans un groupe, un collectif. À la fin du film, lorsque seuls MacReady et Childs subsistent, il est impossible de savoir qui est la Chose, ou si elle a survécu. MacReady s’en amuse même, sachant leurs deux destins condamnés au froid. La Chose transforme une communauté politique en un agrégat d’individualités ; elle s’empare de l’humanité de la société pour la transformer en brutalité sauvage de la nature. Elle prive les hommes de la possibilité d’une vie commune.

 

Sauver l’humanité ou la laisser succomber ?

Si les hommes de la base doivent agir, poser leurs pions (voir le foreshadowing au début du film lorsque MacReady joue une partie d’échecs contre l’ordinateur), la Chose semble avoir toujours une longueur d’avance sur eux. Les chercheurs ne peuvent plus s’accorder leur confiance, elle est rompue à marche forcée, au risque de la voir trahie par la “Chose”. Dans ce froid polaire, la base n’est plus un havre de paix, mais une prison, un labyrinthe qui provoque la déchéance de l’humanité (au sens moral). La méfiance, voire la défiance, qui s’installe entre eux, rompt l’équilibre et la coopération du groupe. Chacun peut être la Chose et soupçonner son voisin des pires intentions.

Ceci n’est pas sans rappeler l’époque du maccarthysme aux États-Unis dans les années 1950, une chasse aux sorcières visant à annihiler la moindre présence communiste dans le pays américain. Or, c’est bien dans la crainte que la Chose opère le mieux, qu’elle réussit littéralement à parasiter les maigres ambitions de survie des chercheurs. L’isolement, à la fois physique et psychologique, détruit le camp et provoque la perte des scientifiques un à un. L’absence de secours, de communications extérieures, et les ressources limitées rendent tout espoir de survie vain. L’incapacité d’identifier la menace fragilise les certitudes et favorise le doute.

La Chose ne s’empare pas seulement de celui qu’elle absorbe, elle s’empare du groupe et du collectif. Elle est cette machine infernale qui fait commettre l’insoupçonnable : la scène où MacReady attache tous les hommes les uns aux autres comme des bêtes, sur des chaises afin de les tester. MacReady se comporte en chasseur qui bondit sur sa proie, il agit en période de crise, dans l’urgence avec des méthodes brutales, voire inhumaines. Il menace ses camarades et n’hésite jamais à imposer son autorité. On le traite de meurtrier, par exemple, ce qui montre que ses méthodes ne suscitent pas un soutien unanime. Chaque homme se tient mutuellement en joue comme si l’humanité en eux dépérissait. Ils sont comme des inconnus dans la même pièce. Chacun craint d’être à côté de la chose ; certains craignent eux-mêmes d’être infectés sans le savoir. Carpenter parvient à nous faire douter de notre propre humanité. N’est-ce pas prendre le risque d’étouffer son humanité que de tyranniser son prochain ?

 

Une humanité qui se mérite : MacReady ou le dernier homme

Pourtant, le seul à se lever contre l’ennemi est bien MacReady. Il incarne l’espoir, qui préfigure une humanité renouvelée. Devenant le meneur officieux du groupe, il démasque la chose en faisant preuve d’intellect : la scène du test sanguin. Les moyens scientifiques à disposition dans la base ne permettent pas de définir ce qu’est l’humain, mais permettent d’affirmer l’altérité. On sait seulement identifier ce qui n’est pas humain. L’humanité de MacReady se révèle dans sa défaillance (le meurtre d’un innocent, Clark) : son comportement empreint d’ardeur. Il ne conserve pas son humanité en restant moralement irréprochable ; il accepte de franchir certaines limites pour le bien du collectif, tout en agissant dans l’incertitude. C’est ce qui fait toute l’humanité de MacReady, et ce qui le différencie de ses compagnons : il se résigne à vivre avec une incertitude qu’il ne saurait résoudre, il compose avec elle.

Or, la chose ne s’avère dangereuse que dans un groupe, un collectif. À la fin du film, lorsque seuls MacReady et Childs subsistent, il est impossible de savoir qui est la Chose, ou si elle a survécu. MacReady s’en amuse même, sachant leurs deux destins condamnés au froid. La Chose transforme une communauté politique en un agrégat d’individualités ; elle s’empare de l’humanité de la société pour la transformer en brutalité sauvage de la nature. Elle prive les hommes de la possibilité d’une vie commune.

 

Ce qu’il faut retenir 

The Thing est donc le film de la paranoïa, du doute, qui propose une réflexion sur l’humain et l’inhumain. Au fond, pour Carpenter, l’humanité réside dans la capacité à demeurer humain lorsque l’on ne sait plus. L’inhumain, au contraire, est présenté comme celui qui ne doute jamais, à l’instar de la Chose. Ainsi, MacReady apparaît comme une figure pleinement humaine, une sorte de Léviathan organisant la sécurité de son groupe, et dont le pacte a été contracté dans l’urgence pour restaurer les conditions minimales de confiance entre humains. Sans doute est-ce là ce que Carpenter nous invite à retenir : il ne reste à l’homme que la possibilité de faire confiance lorsque toute certitude disparaît. Ce qui est humain est, au fond, d’espérer en l’humain.

 

Quelques sujets pouvant être appuyés par une réflexion sur The Thing

  • “C’est humain”
  • Perdre son humanité
  • Reconnaître l’humanité
  • Comment respecter l’humanité ?

 

Lire plus : Trois références pour assurer sur le thème de l’humanité

Newsletter
Image de Romain Tortet
Romain Tortet