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L’asymétrie d’information: concepts et exemples

Sommaire

Pourquoi un marché peut-il disparaître alors que acheteurs et vendeurs auraient tout intérêt à échanger ? Pourquoi les assureurs, les banques ou les employeurs se méfient-ils de leurs clients et de leurs salariés ? La réponse tient souvent à une idée simple : les acteurs ne disposent pas de la même information. Voici les concepts à maîtriser, les grands auteurs et les exemples à mobiliser en dissertation.

Dans le modèle de concurrence pure et parfaite, l’information est parfaite : chacun connaît la qualité des biens, les prix et les comportements des autres. La réalité est très différente. Le vendeur d’une voiture sait mieux que l’acheteur si elle est fiable, l’assuré connaît mieux son état de santé que son assureur, et le salarié sait mieux que son employeur s’il fournit réellement un effort. La théorie des asymétries d’information étudie ces situations et montre pourquoi elles remettent en cause l’efficacité des marchés.

 

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I/ Une asymétrie d’information désigne une situation où les acteurs n’ont pas la même information

On parle d’asymétrie d’information lorsque les acteurs d’un marché ne disposent pas de la même information. Elle peut porter sur trois éléments : la qualité du produit échangé, les risques auxquels sont exposés les agents, ou le comportement de l’une des parties à la transaction.

Ces asymétries sont une source d’inefficacité, car elles empêchent la réalisation de transactions mutuellement avantageuses : la partie la moins informée est défavorisée et se protège, ce qui bloque des échanges qui auraient profité à tous. Selon le moment où le problème apparaît, on distingue deux phénomènes:

  • L’antisélection (ou sélection adverse), qui pose un problème d’efficience ex ante, donc avant la signature du contrat.
  • L’aléa moral, qui pose un problème d’efficience ex post, donc une fois le contrat signé.

 

II/ L’antisélection : quand le marché sélectionne les mauvais produits

A) Le marché des voitures d’occasion

L’économiste américain George Akerlof (« The Market for “Lemons” », 1970) montre qu’une asymétrie d’information peut empêcher un marché de fonctionner efficacement, voire le faire disparaître. Son exemple est le marché des voitures d’occasion. Le raisonnement se déroule en plusieurs étapes :

  1. Le vendeur connaît mieux les caractéristiques de sa voiture que les acheteurs potentiels.
  2. Les acheteurs savent que le marché contient des voitures de mauvaise qualité (les « lemons »), mais ne peuvent pas les repérer. Ils ne sont donc prêts à payer que le prix d’une voiture de qualité moyenne.
  3. À ce prix, les propriétaires de voitures de bonne qualité jugent l’offre insuffisante et se retirent du marché.
  4. La qualité moyenne des véhicules proposés baisse, donc les acheteurs baissent encore leur prix, et le mécanisme se répète. Le marché risque de disparaître complètement.

On parle d’antisélection parce que le prix ne joue plus son rôle d’indicateur de la qualité : le marché finit par sélectionner les mauvais produits et évincer les bons.

Pour limiter ce phénomène, il faut permettre de révéler une partie de l’information cachée. Le vendeur peut proposer une garantie à l’achat, et l’État peut imposer un contrôle technique pour les véhicules d’occasion, ce qui incite les bons comme les mauvais véhicules à révéler leur état.

 

B) Le marché de l’assurance

Le marché de l’assurance fonctionne selon le même mécanisme. L’assureur perçoit des primes et verse des prestations si le risque se réalise : par exemple, il reçoit chaque mois une prime et rembourse les frais de soin de l’assuré s’il tombe malade, en totalité ou en partie selon les clauses du contrat.

L’assureur voudrait que ses clients soient le moins malades possible, mais au moment de signer le contrat il ne peut pas distinguer les bons risques des mauvais. Pour assurer sa rentabilité, il fixe donc un prix moyen. Ce prix est avantageux pour les personnes malades et désavantageux pour les personnes en bonne santé, qui quittent le marché. Seuls les mauvais risques restent, les coûts augmentent, et l’assureur finit par cesser son activité.

 

C) Les contrats séparateurs et la solution publique

Deux économistes américains, Michael Rothschild et Joseph Stiglitz (« Equilibrium in Competitive Insurance Markets », 1976), proposent une solution : introduire des contrats séparateurs. Ces contrats incitent les acteurs à dévoiler leur information en s’auto-sélectionnant. Dans le cas de l’assurance, on joue sur le couple prime/ franchise. La prime est le prix de l’assurance, et la franchise est la part des remboursements prise en charge par l’assuré lorsque le risque se réalise.

L’assureur propose deux contrats :

  • Un contrat à faible prime mais à forte franchise ;
  • Un contrat à forte prime mais à faible franchise.

Les mauvais risques, qui savent qu’ils auront probablement besoin de soins, choisissent le second, car ils veulent être bien couverts. Les bons risques choisissent le premier, car ils s’attendent à peu recourir à l’assurance. Le choix du contrat joue alors le rôle d’un tri des risques.

L’État peut aussi intervenir. Il peut autoriser ou interdire la sélection des risques sur le marché de l’assurance santé : les assureurs peuvent alors demander des examens médicaux et questionnaires et ajuster leurs tarifs, mais sous un encadrement strict de la puissance publique. Il peut aussi nationaliser l’assurance santé.

 

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III/ La théorie du signal : l’initiative vient de l’agent informé

Dans les cas précédents, c’est la partie mal informée qui cherche à obtenir l’information. L’économiste américain Michael Spence (« Job Market Signaling », 1973) adopte le point de vue inverse : c’est l’agent informé qui prend l’initiative d’émettre un signal. On parle de la théorie du signal.

Sur le marché du travail, l’employeur ne connaît pas la productivité réelle des candidats. Spence propose une hypothèse volontairement extrême : l’éducation n’augmenterait pas la productivité de l’individu, mais elle permettrait de sélectionner les agents qui sont déjà les plus productifs. Le diplôme devient alors uniquement un signal envoyé à l’employeur, qui ne dispose que d’informations limitées (CV, diplômes).

Un diplôme est un signal crédible si son coût (temps, argent, effort) est plus faible pour les travailleurs productifs que pour les moins productifs. Dans ce cas, les moins productifs ont moins intérêt à l’acquérir, et le diplôme permet de distinguer les deux profils, même s’il n’améliore pas directement la productivité.

 

IV/ Le rationnement du crédit: l’asymétrie d’information bloque l’équilibre par les prix

Les économistes américains Joseph Stiglitz et Andrew Weiss (« Credit Rationing in Markets with Imperfect Information», 1981) appliquent cette logique au marché du crédit. On pourrait penser que le taux d’intérêt suffit à gérer le risque : face à un emprunteur risqué, la banque applique un taux plus élevé, ce qui lui permet de récupérer plus vite les sommes prêtées.

Mais, avec une asymétrie d’information, une hausse du taux provoque de l’antisélection : seuls les emprunteurs qui acceptent des taux élevés restent sur le marché, et ce sont souvent ceux qui portent des projets plus risqués. Le risque pour les banques augmente. Un taux d’intérêt unique ne peut donc pas équilibrer le marché :

  • S’il est trop bas, la rentabilité des prêts n’est pas assurée ;
  • S’il est trop haut, les projets les moins risqués sont dissuadés.

L’équilibre se fait alors par les quantités : les banques rationnent le crédit même si les taux pourraient monter, pour éviter une dégradation de la qualité de leurs emprunteurs. Ce phénomène est particulièrement marqué en période de crise.

 

V/ L’aléa moral : quand le comportement change après la signature du contrat

A) Définition et exemples

L’aléa moral désigne la possibilité qu’un individu assuré contre un risque augmente sa prise de risque par rapport à la situation où il supporterait seul les conséquences d’un sinistre. Exemple classique : un conducteur au volant d’une voiture de location, couvert par une assurance tous risques, conduit moins prudemment que dans sa propre voiture.

Par extension, l’aléa moral concerne toute relation entre un principal et un agent. L’agent s’engage par contrat à accomplir une action pour le compte du principal, mais le résultat dépend d’un paramètre que l’agent connaît et que le principal ignore. L’agent peut ainsi utiliser son information privée à son avantage, sans que cet abus soit constatable par le principal ou par un tiers. Il bénéficie d’une rente informationnelle.

 

B) Le modèle du tire-au-flanc

Sur le marché du travail, l’employeur (le principal) observe imparfaitement l’effort du salarié (l’agent), qui est seul à connaître son implication et sa motivation. Les économistes américains Carl Shapiro et Joseph Stiglitz (« Equilibrium Unemployment as a Worker Discipline Device », 1984) en tirent le modèle du tire-au-flanc : le salarié peut tricher pendant l’exécution du contrat de travail, en fournissant moins d’effort que prévu, car personne ne peut le vérifier parfaitement.

La solution est le salaire d’efficience, idée antérieure que l’on doit à l’économiste américain Harvey Leibenstein (« The Theory of Underemployment in Backward Economies », 1957). L’entreprise propose un salaire supérieur à celui des autres employeurs. Le salarié a alors plus à perdre s’il est licencié pour avoir tiré au flanc, ce qui l’incite à fournir l’effort demandé.

 

C) Un exemple à l’échelle macroéconomique : les banques « too big to fail »

L’aléa moral existe aussi à grande échelle. Lorsque des banques sont jugées trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite (« too big to fail », expression de Todd Conover), elles savent que l’État interviendra pour les sauver en cas de difficulté. Elles sont alors incitées à prendre davantage de risques, puisque les conséquences d’un échec ne seront pas entièrement supportées par elles.

 

Lire plus: La crise des subprimes de 2008: origines et conséquences

 

À retenir pour les concours

Les asymétries d’information expliquent pourquoi les marchés ne sont pas toujours efficaces : les prix ne suffisent plus à coordonner les échanges, ce qui peut conduire à la disparition de marchés, au rationnement du crédit ou à des comportements opportunistes. Elles justifient aussi des mécanismes correcteurs, privés (garanties, contrats séparateurs, salaire d’efficience) ou publics (contrôle technique, encadrement de la sélection des risques, assurance santé publique).

En dissertation, ces références sont précieuses sur les thèmes du marché, de l’intervention de l’État, du chômage ou de la crise financière. L’essentiel est de les utiliser avec leur mécanisme, plutôt que de simplement citer un nom.

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Maelys Candelle