Analyse de sujet : Assiste-t-on à une guerre des monnaies ?

Cela fait plusieurs années que ce terme de “guerre des monnaies” revient régulièrement dans l’actualité ; voici donc un sujet qui pourrait tomber à l’oral, afin que vous sachiez comment aborder un sujet sur ce thème. Bien sûr, ce plan n’est qu’une proposition, et l’important est l‘analyse que vous allez faire du sujet !

 


Introduction

Amorce : rechercher dans l’actualité assez récente un événement qui pourrait nous faire penser qu’une guerre des monnaies se produit (ex : dévaluation du Yuhan chinois en août 2019 -> tensions avec les USA ; crise du COVID -> dépréciation du dollar face à l’euro)

Définition des termes : ici, il faut se concentrer sur la « guerre des monnaies ». On peut la définir comme une situation dans laquelle un ou plusieurs États interviennent sur les marchés des changes pour affaiblir leur devise, afin de stimuler leurs exportations. Elle repose sur des dévaluations compétitives (terme à savoir maîtriser). Noter aussi le présent du « assiste-t-on » qui montre qu’on s’intéresse au contexte actuel.

Cadrage spatio-temporel :

  •  Ne pas restreindre le cadre géographique : on entend surtout parler de tensions entre les grandes monnaies mondiales (dollar, Yuhan, euro) ; mais cela concerne aussi les économies émergentes (en septembre 2010 le ministre des finances brésilien Guido Mantaga jugeait le Real surévalué et dénonçait le retour d’une « guerre des monnaies »).

  • Temporellement : changes flottants depuis les accords de la Jamaïque (1976) -> les États ne peuvent plus décider directement d’abaisser le taux de change de leur monnaie mais peuvent intervenir sur les marchés des changes pour en faire baisser le cours.
Le terme de guerre des monnaies revient en force depuis les années 2010, même si ce phénomène n’est pas nouveau (nombreuses dévaluations en 1929 après celle de la livre sterling ; 17 dévaluations du franc lors du XXe siècle).

 

Proposition de problématique et de plan sur ce sujet :  

Les économies d’aujourd’hui ont-elles tendance à manipuler le taux de change de leur monnaie à la baisse, ou bien au contraire ne seraient-elles pas pénalisées par la mise en place de dévaluations compétitives ?


 

I – Une guerre des monnaies représente peu d’intérêt pour les pays : une telle perspective n’est alors pas menaçante

A) Les dangers de la dépréciation monétaire

1) Effet prix de la courbe en J : baisse du cours d’une monnaie -> hausse du prix des biens importés (théorie PPA) -> inflation -> baisse du pouvoir d’achat donc de la consommation -> baisse de la croissance (notamment aux USA, pays qui s’appuie beaucoup sur la consommation intérieure pour sa croissance). D’autant plus que de nombreux inputs sont importés, ce qui pénalise la production intérieure (DIPP)


2) Alimentation de la spéculation -> instabilité -> méfiance des investisseurs -> moins d’investissement donc de croissance…
(ex de la guerre sinoaméricaine : avec l’annonce de prochaines taxes à la fin de l’été 2019, les opérateurs ont anticipé une dépréciation du Yuan, ce qui a fait augmenter les titres financiers des bourses américaines et contribuer à créer des bulles spéculatives)


B) Les pays ne cherchent donc pas à baisser volontairement la valeur de leur monnaie

1) Monnaie forte = confiance et prestige (cf le refus initial de l’Angleterre de dévaluer la livre après la 1ère guerre mondiale, pour conserver la parité-or)

2) Le $ est fort en raison de la bonne santé de l’économie américaine et aussi de la politique de la FED, qui a remonté ses taux directeurs fin 2015 et a donc attiré aux USA des placements nombreux => appréciation du cours du $

3) Aujourd’hui l’objectif des banques centrales = lutter contre la déflation (pour maintenir une inflation autour de 2%), ce qui nécessite une éventuelle baisse du taux de change MAIS ce n’est pas l’objectif premier.


C) L’arme commerciale est plus efficace que l’arme monétaire
(Anton Brender) 


1) Étude de Bénassy-Queré, Matthieu Bussière, Pauline Wibaux : une hausse de 1% des tarifs douanier dans un pays réduit ses importations de 1,4%, soit 3 fois plus qu’une dévaluation de 1% de la devise (qui engendre une baisse des importations de seulement 0,5%)

2) Les menaces de Trump concernent surtout les droits de douane (selon lui, surévaluation du dollar par rapport à d’autres monnaies)


 

II – Cependant, les tensions récentes confirment la volonté des États de défendre leur économie en ayant recours à des dévaluations compétitives, au regard des avantages qu’ils en tirent à court terme

A) Contexte d’un ralentissement économique mondial qui pousse les États à s’engager dans une guerre des monnaies

1) Ralentissement de la croissance mondiale : dévaluations à répétition après la crise de 1929 -> risque que cela se reproduise

2) Chômage important -> attrait pour la dévaluation compétitive avec une hausse du prix des importations et du volume des exportations (effets de la courbe en J), ce qui stimule la p° et la c° nationale.

B) Constat de tensions autour des changes

1) Cours du Yuan piloté par la Banque centrale de Chine -> + facile à manipuler

2) Accumulation de réserves en $ par la Chine depuis les années 90 (comme le font d’autres pays asiatiques pour se prémunir d’une crise éventuelle) -> valeur du dollar affaiblie car très abondant


3) Nuancer : depuis 2015 la Chine se recentre sur son marché intérieur -> nécessite une inflation maîtrisée, donc un taux de change qui ne se déprécie pas trop (même si elle a bien dévalué le Yuan en 2019 en défense face aux nouveaux droits de douane imposés par Trump)


C) Une manipulation à la baisse des taux de change d’un pays est perçue comme une forme de protectionnisme visant à maximiser l’intérêt de chaque pays

1) Concurrence accrue pour gagner des parts de marché : baisser le cours d’une monnaie favorise les exportations et donc résout des problèmes de débouchés (ex crise de 1930 : le RU a dévalué en premier la livre de 40%, enclenchant une succession de dévaluations compétitives, chacun voulant défendre son économie nationale)

2) Perçu comme une forme de protectionnisme/repli national : la consommation nationale est privilégiée au détriment des produits étrangers importés -> cercle vicieux (exemple de la Chine qui a dévalué le Yuan pour affaiblir le poids des droits de douane imposés par les États-Unis, qui, en réponse à cette dévaluation, mettent en place de nouvelles sanctions protectionnistes, etc => réactions défensives
)

 

Conclusion :

– Les pays auraient collectivement plus à perdre qu’à y gagner (cercle vicieux de la dévaluation), mais ils semblent s’engager aujourd’hui sur la voie d’une “guerre des monnaies” où chacun maximise en premier son intérêt, dans le cadre d’une économie mondialisée dont la croissance s’essouffle

Ouverture : le nouvel accord commercial signé entre la Chine et les États-Unis fin 2019 offre la possibilité d’une entente à long terme, qui pourrait apaiser des relations, aujourd’hui toujours tendues.


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