Misterprepa

La Chine, leader d’un nouvel ordre mondial?

Sommaire

Depuis la fin de la Guerre froide, la gouvernance mondiale a largement reposé sur l’hégémonie américaine et sur des institutions internationales dominées par l’Occident, telles que le FMI, la Banque mondiale ou encore l’OTAN.

Pourtant, l’ascension de la Chine, devenue la deuxième puissance économique mondiale, bouscule cet équilibre. Pékin affiche désormais l’ambition de redessiner les règles du jeu international et de s’imposer comme un pôle structurant d’un nouvel ordre mondial multipolaire.

 

Lire plus : HGGMC ECRICOME 2019: les Etats-Unis et l’Union Européenne dans le nouvel ordre économique et géopolitique mondial: la fin de l’Occident?

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) : vitrine de la multipolarité

Créée en 2001, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) regroupe aujourd’hui 20 États membres ou partenaires, parmi lesquels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan, l’Iran ou encore plusieurs pays d’Asie centrale. Elle est devenue la plus vaste organisation régionale au monde, couvrant près de 40 % de la population mondiale et représentant un PIB cumulé de plus de 30 000 milliards de dollars.

Le dernier sommet de l’OCS à Tianjin a mis en avant la volonté chinoise d’en faire un instrument de coopération économique et sécuritaire. Pékin propose la création d’une banque de développement de l’OCS, en écho aux initiatives déjà lancées dans le cadre de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII). Ce projet s’inscrit dans la stratégie chinoise du « Collier de perles », qui vise à développer un réseau d’infrastructures et d’alliances commerciales reliant la Chine à l’Asie, au Moyen-Orient et à l’Afrique, dans la perspective du rêve chinois de 2049, date du centenaire de la République populaire.

 

Lire plus : La stratégie chinoise pour l’Arctique

 

Une puissance militaire en quête de légitimité

Au-delà de l’économie, Pékin investit massivement dans son hard power militaire. Le budget de la défense chinois a atteint 231 milliards de dollars en 2024, soit le deuxième au monde après celui des États-Unis. L’armée populaire de libération (APL) modernise ses forces navales, aériennes et spatiales, avec pour objectif de rivaliser avec Washington dans la zone indo-pacifique.

Les défilés militaires place Tian’anmen, où sont présentées de nouvelles armes hypersoniques ou des drones de combat, sont autant de démonstrations de puissance. Cette projection militaire sert à conforter la crédibilité internationale de la Chine, mais aussi à renforcer la légitimité interne du Parti communiste chinois, qui met en avant la sécurité nationale et l’intégrité territoriale (notamment autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale). Pékin a donc envoyé un message fort mercredi 3 septembre 2025. En effet, il s’agissait du plus grand défilé militaire de l’histoire pour célébrer la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la victoire sur le Japon.

 

Une diplomatie de fiabilité et de partenariats

La Chine cherche également à apparaître comme un partenaire fiable auprès des pays émergents. Son discours s’appuie sur la promotion d’un monde « gagnant-gagnant », contrastant avec la perception d’un Occident jugé parfois néocolonial. À travers les Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative), Pékin a déjà investi plus de 1 000 milliards de dollars dans des projets d’infrastructures depuis 2013, dont 84 milliards directement auprès de ses partenaires de l’OCS.

La relation avec l’Inde illustre cependant les limites de cette stratégie. Si New Delhi et Pékin se présentent comme partenaires au sein de forums comme l’OCS ou les BRICS élargis, les tensions frontalières (Himalaya, Ladakh) et la rivalité stratégique en Asie freinent une alliance durable. Pourtant, les deux géants coopèrent ponctuellement, par exemple dans la lutte contre les droits de douane imposés par les États-Unis.

 

Lire plus : La montée des tensions commerciales  entre la Chine et les Etats-Unis: quel impact sur l’économie mondiale?

Le recul de la crédibilité occidentale

La stratégie chinoise bénéficie d’un contexte international où la crédibilité de l’Occident est fragilisée. Les interventions militaires prolongées en Irak et en Afghanistan, les crises financières successives ou encore les divisions internes de l’Union européenne ont entamé l’image d’un modèle démocratique universel.

L’actualité renforce ce constat : face au conflit à Gaza, les pays occidentaux apparaissent divisés et parfois incohérents dans la défense des valeurs de démocratie et de droits humains qu’ils prônent. Pékin, de son côté, met en avant une diplomatie de médiation, cherchant à se présenter comme arbitre impartial et défenseur du principe de non-ingérence, en contraste, bien souvent, à une hypocrisie occidentale dénoncée par de nombreux pays qui y voient un discours moralisateur.

Vers un nouvel ordre mondial multipolaire ?

La montée en puissance de la Chine s’inscrit dans une dynamique plus large de multipolarité. Les BRICS, élargis en 2024 à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, à l’Égypte, à l’Iran et à l’Éthiopie, regroupent désormais 46 % de la population mondiale et ambitionnent de concurrencer les institutions dominées par l’Occident. Pékin joue un rôle central dans cette reconfiguration, notamment à travers la promotion de l’usage du yuan dans les échanges internationaux, ce qui contribue à un lent processus de dé-dollarisation.

Toutefois, plusieurs obstacles demeurent. La Chine reste dépendante aux exportations et aux marchés occidentaux (les États-Unis et l’UE représentent encore près de 30 % de ses exportations). Dans un contexte de tensions économiques avec les USA, elle cherche donc à renforcer ses partenariats avec son étranger proche et l’Union Européenne. Par ailleurs, si le développement économique de le Chine est qualifié de spectaculaire, il est moins intense aujourd’hui et de nombreux experts se posent la question de la soutenabilité d’un tel modèle agressif par lequel plusieurs grandes entreprises ont fait faillite et la population adopte une position de prudence financière par une épargne massive (35% du revenu disponible).

Newsletter
Image de Coralie Vacher
Coralie Vacher