Tu veux t’entraîner en colle de géopolitique? Voici un exemple de sujet sur les relations entre la France et l’ANMO.
Sujet : la France et l’ANMO
Introduction
Il faut tout d’abord préciser le cadre géographique en notant que l’ANMO (Afrique du Nord et Moyen-Orient) est un ensemble composite. En effet, la zone regroupe les pays arabes et s’étend du Maroc à l’Iran en comprenant la Turquie, représentant 500 millions d’habitants.
Les territoires qui bordent la Méditerranée entretiennent des relations avec la France historiques qui remontent au temps des Croisades. Celles-ci se sont approfondies lors de l’Empire Ottoman puis lors de son démantèlement où la France à récupéré la tutelle de la Syrie et du Liban par les accords de Sykes Picot. Le Maroc et la Tunisie ont également été placés sous protectorat français, l’Algérie avait le statut de département.
Ainsi, la zone ANMO (MENA) a été influencée par la présence française comme peut en témoigner le canal de Suez.
Aujourd’hui, on peut rappeler le positionnement de la France face aux conflits et tensions dans la zone comme pour le conflit israelo-palestinien. Les relations entre la France et certains pays d’Afrique du Nord, notamment l’Algérie font encore aujourd’hui l’objet de débats. La question migratoire et économique par la dépendance française des importations de pétrole rendent le sujet encore plus complexe alors que la France, « puissance moyenne », semble souffrir d’une crise de légitimité dans la zone.
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I.Des liens historiques forts entre la France et l’ANMO
a) une présence en Afrique du Nord marquée par la colonisation
mars 1912 : protectorat français au Maroc
1830 : colonisation de l’Algérie qui devient alors un département français
1881 : présence française en Tunisie
Au-delà d’une logique de colonisation et d’expansion, la stratégie française était aussi commerciale. En effet, il s’agissait d’un moyen de contrôler les voies maritimes dans la Méditerranée.
On peut mentionner les impacts de cette présence française sur les territoires d’Afrique du Nord par la création d’infrastructures. Toutefois la colonisation a empêché le développement économique autonome des territoires en les enfermant dans une logique rentière autour des énergies fossiles (gaz et pétrole).
b) une présence au Moyen-Orient plus tardive
La France est arrivée plus tard dans la chronologie au Moyen-Orient. En effet, celui-ci était surtout dominé par l’Empire Ottoman. Bien que la France entretenait déjà des relations avec la puissance ottomane, qui remontent à François Ier et Soliman le Magnifique, ce n’est qu’à partir de la signature du traité de Sykes Picot en 1920 que la France a physiquement été présente dans la région.
1920 : le Liban et la Syrie sont placés sous protectorat français
Les frontières, tout comme en Afrique du Nord, sont imposées par les Occidentaux, ne respectant pas le droit des peuples. Aujourd’hui encore cela alimente un ressentiment qui se traduit dans les mouvements anti-occidentaux comme le wahabisme ou les chez les Frères Musulmans.
c) une présence mal vécue
La présence française a été repoussée dans la violence par les mouvements indépendantistes qui ont été réprimés dans le sang. La guerre d’Algérie s’est déroulée de 1954 à 1962. Suivant les sources, on compte entre 300 000 et 600 000 morts. La torture a également été utilisée par l’armée française. Aujourd’hui le conflit laisse encore des traumatismes et la question des Harkis et des Pieds-noirs reste très sensibles. Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie demeurent très compliquées comme peut en témoigner l’incident diplomatique d’avril 2025 où 2 ambassadeurs français ont été forcés de quitter le territoire algérien. Alors que la « mission » française était d’ « apporter la paix et la démocratie », celle-ci a échoué. En Algérie le parti du FLN, répressif, est au pouvoir depuis l’indépendance. Le pays a d’ailleurs sombré dans une longue guerre civile qui a ravagé l’Algérie entre 1992 et 2000 (la décennie noire).
Si en Tunisie et au Maroc la fin du protectorat ne s’est pas faite sans violences, cela n’est pourtant pas comparable à ce qui s’est passé en Algérie. Les mouvements indépendantistes ont été réprimés par la police. Au final, les deux pays accèdent à l’indépendance pleine et entière en 1956 à la suite de négociations.
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II.La France comme acteur influent dans la zone ANMO
a) Des liens culturels
La France a gardé des liens culturels très forts. On compte une importante communauté arabe en France par exemple. La langue française est la langue officielle dans plusieurs pays d’Afrique qui font partie de l’OIF (organisation internationale de la francophonie). Pour illustrer les liens culturels on peut également parler des accords universitaires qui existent entre les pays ou encore des écoles françaises qui ont ouvert un campus dans certains pays de l’ANMO comme le campus de l’ESSEC à Rabbat ou encore le projet de Skema d’ouvrir un campus à Dubaï. Il peut aussi être intéressant de mentionner les partenariats culturels comme celui du Louvre à Abu Dhabi.
b) Des relations économiques et commerciales
Suite à la période de décolonisation, la France a voulu poursuivre ses relations de manière institutionnalisée en mettant en place la fameuse « Françafrique ». Cela consiste en une série d’accords économiques préférentiels. Cette relation est semi-officielle et fait l’objet de débats. Ainsi, la France s’est assuré un accès privilégié aux ressources stratégiques comme l’uranium, le pétrole, le bois etc. Cette relation est décriée qui considèrent qu’il s’agit d’une forme de néocolonialisme qui freine la diversification économique des pays. Ainsi, plusieurs firmes françaises ont ancré leurs activités dans la zone ANMO, notamment dans l’agroalimentaire et l’extraction des ressources. L’Afrique du Nord a également été une destination privilégiée pour la délocalisation d’usines de montage. Renault a par exemple passé un accord avec le gouvernement marocain pour construire une usine dans la zone économique de Tanger. La Tunisie s’est ainsi spécialisée dans l’industrie textile. En effet, 85% des unités de production sont des entreprises d’industrie de l’habillement.
La France est également très dépendante envers les pays de l’ANMO en ce qui concerne son approvisionnement en hydrocarbures, notamment envers l’Algérie et les monarchies du Golfe. Cela s’est accentué avec le conflit ukrainien.
Réciproquement, la France a signé plusieurs contrats avec les monarchies du Golfe pour la construction d’avions. En 2024, L’Arabie Saoudite avait par exemple passé une commande de 105 avions auprès d’Airbus. Le Qatar avait également commandé 24 avions Rafale pour plus de 6 milliards d’euros auprès de Dassault Aviation. On peut aussi parler des migrations économiques des ingénieurs français dans les pays du Golfe qui recherchent le savoir-faire et la qualification française.
Par ailleurs, on remarque que les investissements des monarchies du Golfe dans l’économie française ne font qu’augmenter ces dernières années. Le Qatar, en plus d’avoir acquis le PSG, prévoit d’investir 10 milliards d’euros dans l’économie française d’ici 2030. La France et l’Arabie Saoudite ont aussi signé une série d’accords visant à stimuler la coopération en matière d’énergie, d’IA. Les investissements de l’Arabie Saoudite en France ont atteint 17 milliards d’euros en 2023.
c) Des relations diplomatiques
L’Union pour la Méditerranée, lancée sous l’initiative de Nicolas Sarkozy en 2008, montre cet attachement au bassin méditerranéen. Il s’agit d’une organisation intergouvernementale qui regroupe 42 pays dont 27 membres de l’UE. Le but est de promouvoir le dialogue et la coopération dans la région euro-méditerranéenne. La France possède également plusieurs bases militaires dans la région, à Djibouti ou encore aux EAU. Elle a participé à plusieurs missions militaires : coalition Tempête du Désert et en 2024 elle a dirigé la mission européenne contre les attaques Houthi dans la Mer Rouge. Il s’agit d’une zone stratégique puisque le Canal de Suez représente 10% du trafic maritime mondial et le détroit d’Ormuz 40% du trafic pétrolier mondial. Ainsi, la France a aussi participé à la mission ATALANTE dans le Golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie et sécuriser les voies maritimes.
Lire plus : l’histoire du Canal de Suez
III.Une puissance remise en question dans l’ANMO et l’avènement d’un nouveau paradigme géopolitique
a) Une émancipation des pays de l’ANMO qui s’affranchissent de l’influence française
On peut mentionner un nouveau paradigme où la place des vieilles nations dominantes est remise en question par l’établissement d’un Sud global et l’élargissement des BRICS qui comprennent dorénavant l’Arabie Saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Ethiopie. Les pays de l’ANMO cherchent à sortir d’un déséquilibre des relations existant depuis la colonisation. Ainsi les revendications nationalistes lors des printemps Arabes et l’arrivée des Frères Musulmans en Egypte marquent cette contestation de l’influence et de l’ingérence occidentale. L’Algérie, le Maroc, l’Arabie Saoudite, l’Iran cherchent à s’imposer en tant que puissances régionales influentes.
Par ailleurs, la présence de la France s’effrite avec l’arrivée d’un nouveau partenaire économique de taille : la Chine qui est par exemple devenu le premier partenaire économique de l’Arabie Saoudite et s’établit progressivement en Afrique, à tel point que l’on parle d’une Chinafrique.
b) Une posture française floue et hésitante qui suscite les critiques
La France a été critiquée ces dernières années pour ses prises de position comme par exemple lorsqu’elle a rétabli les relations avec l’Arabie Saoudite suite à l’affaire Kashoggi en 2018 malgré l’implication prouvée de MBS. Les contestations se sont également exprimées au début du conflit israélo-palestinien alors qu’il paraissait que la France ne prenait pas position officiellement. Quelques membres de l’armée ont même signé un document affirmant que la politique française pourrait mener à une complicité de nettoyage ethnique dans la bande de Gaza.
Les relations entre la France et l’Algérie restent quant à elles totalement bloquées depuis l’expulsion de 12 fonctionnaires français par Alger.
c) Un rapprochement de la France de sa zone d’influence proche : l’Europe
La mondialisation contemporaine a rebattu les cartes de la puissance en faisant advenir un monde multipolaire. Si la France entretenait des relations de domination dans la zone ANMO auparavant, les relations semblent changer, entre coopération et rejet, c’est un nouvel équilibre qui s’établit où la France n’a pas le dernier mot et doit composer avec de nouveaux acteurs.
Ainsi, la France se rapproche de ses partenaires européens et tente de faire advenir une Europe plus forte sous la présidence d’Emmanuel Macron en renforçant la construction communautaire.
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