Depuis plusieurs semaines, l’Équateur traverse une période de vives tensions sociales et politiques. Des milliers de citoyens, principalement issus des communautés indigènes, se mobilisent dans tout le pays pour dénoncer la flambée des prix du carburant. Cette crise, déclenchée par la suppression des subventions au diesel, a pris une tournure particulièrement dramatique après une attaque visant la caravane présidentielle. Le président Daniel Noboa, déjà confronté à une contestation grandissante, a vu son véhicule visé lors d’un déplacement officiel. Cinq personnes ont depuis été arrêtées pour tentative de meurtre et pour des accusations de terrorisme.
Ce n’est pas la première fois que le jeune président équatorien échappe à une attaque. Une semaine avant cet incident, un autre convoi présidentiel avait été encerclé par des manifestants hostiles. Ces événements violents s’inscrivent dans un climat de mécontentement général, alimenté par la hausse du coût de la vie et le sentiment d’abandon ressenti par les populations les plus pauvres, notamment les communautés indigènes, durement touchées par le chômage et la précarité. En réaction à cette situation, la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur, plus connue sous le nom de Conaï, a appelé à une grève générale et à des mobilisations massives. Ce mouvement n’est pas nouveau : par le passé, la Conaï a déjà joué un rôle déterminant dans la chute de trois présidents équatoriens.
Dans cet article de Mister Prépa, on t’explique les principales raisons derrière les manifestations contre le gouvernement de Daniel Noboa.
Lire plus : “Cien años de soledad” ou métaphore de l’histoire de l’Amérique Latine (fiche de lecture)
La fin des subventions au diesel : l’étincelle de la révolte
Tout a véritablement commencé à la mi-septembre, lorsque Daniel Noboa a signé un décret mettant fin aux subventions gouvernementales sur le diesel. Ces aides publiques maintenaient artificiellement les prix du carburant à un niveau bas depuis plusieurs décennies, permettant à de nombreux secteurs notamment le transport, l’agriculture et la pêche de fonctionner sans répercuter des coûts trop élevés sur les consommateurs.
Mais la décision présidentielle a eu un effet immédiat : le prix du litre de diesel est passé de 1,80 dollar à 2,80 dollars, une hausse brutale de plus de 50 %. En quelques jours, des milliers de manifestants ont bloqué les routes principales, érigé des barricades et paralysé les grandes villes, réclamant l’abrogation du décret.
Pour le gouvernement, cette mesure était nécessaire. Daniel Noboa a défendu sa décision en affirmant que la fin des subventions permettrait d’économiser plusieurs milliards de dollars par an, une somme que l’État pourrait réaffecter à des politiques sociales, aux retraites et à la modernisation des infrastructures. Afin de désamorcer les tensions, le président a également annoncé la création du programme « Bono Raíces », une aide financière exceptionnelle de 1000 dollars destinée à plus de 100 000 agriculteurs. Parallèlement, il a promis la mise en place de bons mensuels pour les syndicats de transporteurs, afin de compenser partiellement la hausse du prix du carburant.
Cependant, ces mesures n’ont pas suffi à apaiser la colère populaire. Pour les opposants, la suppression des subventions n’est qu’une étape d’un plan économique dicté par le Fonds monétaire international (FMI). En effet, un accord signé avec l’institution prévoit une série de réformes budgétaires entre 2024 et 2028, en échange d’un soutien financier international. Selon la Conaï, le gouvernement Noboa sacrifie les intérêts du peuple au profit des exigences du FMI, ce qui explique la fermeté du mouvement dans son exigence : la suppression pure et simple du décret.
L’État d’urgence : une riposte autoritaire ?
Face à l’ampleur de la contestation, le gouvernement a réagi avec fermeté. Craignant un blocage total du pays, Daniel Noboa a décrété l’état d’urgence dans sept provinces, dont celle de la capitale Quito. Cette mesure permettait aux forces de l’ordre d’intervenir plus rapidement, de restreindre les rassemblements publics et d’imposer des couvre-feux partiels.
Mais cette décision a été vivement critiquée. La Cour suprême équatorienne a estimé que l’état d’urgence n’était pas justifié dans cinq des sept provinces concernées, obligeant le gouvernement à revoir sa stratégie. En réponse, Daniel Noboa a proclamé un nouvel état d’urgence, cette fois-ci pour « grande commotion interne », étendu à dix provinces sur les vingt-quatre que compte le pays.
Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont rapidement dégénéré. Selon les autorités, au moins un manifestant indigène a perdu la vie et plus de 80 personnes ont été blessées lors des heurts. Dans plusieurs régions, des routes ont été bloquées, des infrastructures endommagées, et les transports publics paralysés. Ces violences ont renforcé le climat de défiance envers le pouvoir, tandis que de nombreux citoyens dénoncent désormais la répression policière et l’usage excessif de la force.
Lire plus: Équateur : la réélection de Daniel Noboa
Répression et dérive sécuritaire : les critiques se multiplient
La stratégie du gouvernement a été perçue par beaucoup comme une fuite en avant autoritaire. Daniel Noboa a affirmé qu’il ne tolérerait aucune obstruction sur la voie publique et qu’il ne céderait pas face à ce qu’il qualifie de mouvements terroristes déguisés en manifestations sociales. Cette rhétorique a provoqué un tollé parmi les organisations de défense des droits humains.
Amnesty International a exprimé sa profonde inquiétude face à l’escalade de la violence policière, dénonçant « la détérioration rapide de l’état de droit en Équateur ». L’organisation a également condamné les détentions arbitraires, le gel des comptes bancaires des dirigeants de mouvements sociaux et la criminalisation systématique de la contestation.
De son côté, Daniel Noboa reste inflexible. Le président a répété à plusieurs reprises que le décret sur la fin des subventions n’était pas négociable et que son gouvernement poursuivrait les réformes économiques nécessaires pour garantir la stabilité financière du pays.
Ainsi, entre une population exaspérée par la hausse du coût de la vie, un gouvernement déterminé à imposer sa politique d’austérité et une opposition indigène structurée et puissante, l’Équateur se retrouve une nouvelle fois au bord de la rupture.










