Notre économie est devenue mondiale et un matériau reflète bien cette organisation mondialisée du commerce : le plastique ! Il est partout.
Dans nos vêtements, nos voitures, nos ordinateurs, nos emballages alimentaires, nos infrastructures médicales… Depuis son industrialisation massive après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu un matériau indispensable à l’économie mondiale et au quotidien de milliards d’êtres humains. Légèreté, coût réduit, résistance : ses atouts en ont fait le symbole de la modernité et de la mondialisation. Mais cette dépendance planétaire soulève aujourd’hui des enjeux géopolitiques majeurs, à l’intersection de l’énergie, de l’environnement et des rapports de puissance.
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Le plastique : Un matériau devenu indispensable
Depuis son invention en 1856 par Alexander Parkes au Royaume-Uni, nous avons produit plus de 8.3 milliards de tonnes de plastique à travers le monde. Le plastique a révolutionné les moyens de production, inondant le marché et se retrouvant dans la grande majorité des produits manufacturés. De fait, sa production croît de 3 à 4% par an.
L’Asie est devenue un épicentre de la production de plastique. En effet, plus de 50% de la production mondiale de plastique y est concentrée. La Chine représente à elle seule 33,3% de la production. Le plastique étant indispensable, la Chine se place ainsi en tant que leader de la production manufacturière. « L’usine du monde » représente en effet 29% de la production de biens manufacturés dans le monde, ce qui en fait la première puissance productrice au monde. Dans une économie mondialisée, la Chine se place donc comme un maillon indispensable dans la chaîne de production d’un produit.
De plus, le plastique n’est pas un produit anodin : il structure nos économies. Le secteur médical, par exemple, repose sur des dispositifs plastiques à usage unique (seringues, poches de perfusion, gants), tandis que l’agriculture dépend des films plastiques et des emballages pour le transport. L’industrie automobile utilise le plastique pour alléger ses véhicules, réduisant ainsi la consommation de carburant.
Par ailleurs, avec un coût réduit par rapport à d’autres matériaux, le plastique a permis une démocratisation de biens de consommation auparavant inaccessibles pour les populations plus vulnérables des pays émergents.
Cette omniprésence du plastique dans nos économies en fait un bien stratégique qui révèle des enjeux géopolitiques.
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Les enjeux énergétiques du plastique
La production de plastique est énergivore. Non seulement parce qu’elle utilise directement des hydrocarbures comme matière première, mais aussi parce qu’elle nécessite d’énormes quantités d’énergie pour transformer et raffiner ces ressources.
On estime que 6 à 8 % de la consommation mondiale de pétrole est aujourd’hui dédiée au plastique – une part appelée à croître si aucune transition n’est amorcée.
Cela soulève une question clé : dans un monde en quête de sobriété énergétique et de décarbonation, peut-on continuer à produire autant de plastique ?
Les pays producteurs d’hydrocarbures y voient une opportunité. Ainsi, l’Arabie Saoudite a investi plus de 5 milliards € dans la pétrochimie.
Une bombe environnementale
Le plastique est l’un des principaux polluants de la planète. La gestion des déchets plastiques est devenue un défi géopolitique en soi. Faute d’infrastructures suffisantes, de nombreux pays du Sud se transforment en décharges mondiales, accentuant les inégalités.
Jusqu’en 2018, la Chine avait fait du traitement des déchets plastiques une activité à forte valeur ajoutée. Mais, en fermant ses frontières aux déchets étrangers, Pékin a rebattu les cartes et obligé les pays occidentaux à repenser leur gestion du plastique.
Le recyclage, souvent présenté comme une solution, reste limité : moins de 10 % des plastiques produits dans le monde sont effectivement recyclés, en raison de coûts élevés et de difficultés techniques.
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Des enjeux sociaux
La question du plastique pose également des questions sociales. Dans de nombreux pays du Sud – Inde, Indonésie, Philippines, Nigéria, Brésil – une économie informelle s’est développée autour de la collecte des déchets plastiques. Des millions de personnes, souvent issues des milieux les plus pauvres, survivent en ramassant bouteilles, sacs et emballages qu’elles revendent à des intermédiaires pour quelques centimes. Ces « waste pickers » fournissent un service écologique indispensable – sans eux, une grande partie des déchets finirait directement dans la nature – mais ils exercent leur activité sans protection sociale, sans sécurité sanitaire, et souvent dans des conditions insalubres.
L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que ces travailleurs informels contribuent à près de 60 % du plastique recyclé dans certains pays émergents. Pourtant, ils n’ont quasiment aucun droit reconnu, et sont exposés aux maladies, aux produits chimiques et aux blessures liées à la manipulation de déchets. De plus, de nombreux enfants sont exploités.
Pour répondre à cette tendance qui maintient les travailleurs dans un état de pauvreté, certains pays commencent à prendre des initiatives. L’Inde et la Colombie, par exemple, ont commencé à reconnaître juridiquement les waste pickers comme des acteurs essentiels de la filière de recyclage.
Une coopération internationale
Face à cette urgence, la communauté internationale tente d’organiser une réponse collective. À l’image des accords climatiques, un traité mondial sur le plastique a fait l’objet de négociation sous l’égide des Nations Unies. Le sommet de Genève de 2025 illustre cette dynamique : il vise à définir des règles contraignantes sur la réduction de la production de plastique vierge, la limitation de certains produits à usage unique, et le financement de solutions pour les pays en développement. Des délégations de 180 pays se sont réunies pendant 10 jours afin de discuter de ces thématiques.
Mais les discussions révèlent aussi les fractures géopolitiques. Le sommet de Genève s’est révélé être un échec, n’aboutissant à aucun traité significatif contre la pollution plastique. Les pays du Nord, grands consommateurs, plaident pour une régulation stricte, tandis que certains pays émergents craignent qu’un tel accord ne freine leur croissance. Les États producteurs d’hydrocarbures, de leur côté, résistent à toute remise en cause trop radicale de la pétrochimie, essentielle à leur modèle économique. Ainsi, le texte présenté le dernier jour des négociations a été rejeté par une majorité de pays, jugé bien trop peu ambitieux. Cela marque un échec du multilatéralisme.
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