Troisième océan le plus vaste du monde, l’océan Indien est devenu depuis les années 1990 un haut lieu de la mondialisation. Il polarise aujourd’hui 80% du trafic mondial d’hydrocarbures et abrite des détroits stratégiques comme Malacca, Ormuz ou Bab el-Mandeb.
L’Inde, qui a commencé à se tourner vers sa façade maritime seulement depuis les années 1990, considère cet espace comme son « pré-carré ». Narendra Modi en fait un axe majeur de sa politique étrangère depuis son arrivée au pouvoir en 2014. En 2015, il annonçait clairement les ambitions de New Delhi dans la région : « L’océan Indien est notre maison, (…) il est vital pour la sécurité et le progrès de l’Inde ».
Encore dépendante de ses importations d’énergie et de biens manufacturés, les enjeux pour l’Inde sont hautement stratégiques : assurer la sécurité de ses approvisionnements qui transitent par l’Océan Indien, et faire face à une présence chinoise avancée dans la région.
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La puissance de l’Inde dans l’océan Indien fait face à de nombreux obstacles :
D’abord, ce sont les ambitions chinoises qui sont une menace pour l’influence de New Delhi dans l’océan Indien. Avec les Nouvelles Routes de la Soie, la Chine étend son influence en participant à de nombreux projets :
- Le Corridor Économique Pakistan-Chine (CEPC), lancé depuis 2017, est un ensemble d’infrastructures financé par la Chine et visant à moderniser rapidement l’économie pakistanaise (réseaux de transport, ZES, ports). Pour l’Inde, le CEPC est d’abord une violation de sa souveraineté : le corridor traverse la région du Gilgit-Baltistan, que New Delhi revendique comme partie intégrante de son territoire depuis 1947-1949 (Lire plus : guerre indo-pakistanaise). Les infrastructures financées par la Chine renforcent l’attractivité de l’économie pakistanaise. Le CEPC offre également la possibilité à la Chine d’être moins dépendante du détroit de Malacca pour assurer ses approvisionnements énergétiques (c’est le Dilemme de Malacca) : les oléoducs CPEC permettront d’acheminer du pétrole du Golfe vers le Xinjiang en évitant le passage maritime contrôlé par la flotte indienne et ses alliés. Point d’arrivée du corridor de croissance, le port de Gwadar au Pakistan a été entièrement construit et financé par la Chine, lui offrant ainsi un point d’ancrage stratégique à l’entrée du détroit d’Ormuz.
- Le port de Hambantota (Sri Lanka) est passé en décembre 2017 sous contrôle chinois pendant 99 ans. Les autorités sri-lankaises ont dû céder leur souveraineté sur ce port hautement stratégique car elles étaient incapables de rembourser les crédits contractés avec la Chine (exemple de piège de la dette chinois). Incluant ce post sri-lankais dans sa Stratégie du collier de perles, la Chine gagne ainsi en présence stratégique dans l’océan avec un port à proximité directe du littoral indien.
- Enfin, le port de Chittagong (Bangladesh) reçoit massivement depuis 2019 des investissements chinois. Le Bangladesh est pourtant un pays historiquement proche de l’Inde, ce qui réduit l’influence de New Delhi sur un allié historique.
La piraterie maritime est elle aussi un obstacle à l’affirmation de la puissance de l’Inde. En effet, l’Inde souhaite s’afficher comme le futur « gendarme de l’océan Indien ». Mais la persistance de la piraterie nuit à son image de puissance navale forte et pacificatrice pour la région. En particulier, ce sont les côtes somaliennes et le golfe d’Aden qui restent vulnérables à la piraterie.
- Cette situation oblige d’abord l’Inde à mobiliser des moyens considérables. Dès 2008, l’Inde commence à envoyer des bâtiments de guerre pour escorter les navires marchands et contrer les pirates. Selon le ministère indien, la marine indienne a escorté plus de 3 440 navires et protégé plus de 25 000 marins depuis 2008.
- La persistance de la piraterie justifie également la présence de marines étrangères (OTAN, UE) qui souhaitent sécuriser leurs approvisionnements. Cette présence étrangère dilue le poids de l’Inde dans la région.
L’Inde dispose toutefois de puissants leviers d’affirmation :
D’abord, l’Inde noue des partenariats avec d’autres puissances pour renforcer sa présence dans l’océan Indien :
- L’Inde crée par exemple en 2017 le Corridor de Croissance Asie-Afrique. Il s’agit d’une coopération économique entre les gouvernements de l’Inde, du Japon et de plusieurs pays africains de la côte Est. L’Inde concurrence ainsi la Chine en finançant elle aussi des infrastructures sur le littoral de l’Afrique de l’Est, tout en se rapprochant économiquement de ces pays. Les premiers pays visés sont ceux ayant déjà bénéficié de financements chinois (Djibouti, Kenya, Afrique du Sud, Mozambique).
- En réponse directe au corridor économique Pakistan/Chine, New Delhi noue en 2024 un partenariat avec Téhéran pour développer le port de Chabahar. Ce port iranien, qui se situe à seulement 170km du port pakistanais de Gwadar, offre à l’Inde un hub portuaire stratégique dans le détroit d’Ormuz.
- New Delhi se rapproche également des États-Unis, de la France et de l’Australie dans le cadre du QUAD (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité) dans lequel elle a une importance croissante. Pour rappel, le QUAD est relancé en 2017 face aux tensions entre Pékin et ses voisins. En 2024, la 28ème édition des manoeuvres navales Malabar (USA, Inde, Australie, Japon) ont démontré l’efficacité de la coopération des 4 marines dans l’Indo-Pacifique.
- Enfin, l’Inde mène une diplomatie active avec les « petits États » de l’océan Indien (Maldives, Seychelles, ile Maurice) via des aides financières et des partenariats en matière de défense. En 2024, l’Inde inaugure par exemple la construction d’une piste aérienne militaire et d’un port à Agalega, petite île mauricienne.
Enfin, l’Inde tente de renforcer l’attractivité de sa façade maritime longtemps délaissée. New Delhi annonce en 2016 le programme Sagarmala : 8 milliards de dollars son injectés dans la modernisation des ports indiens et dans la création de 14 nouvelles ZES sur les littoraux.
Conclusion :
Finalement, la puissance de l’Inde dans l’océan indien est une puissance en cours de construction et d’affirmation. En limitant la piraterie, en élargissant ses alliances, et en combattant l’influence chinoise colossale dans la région, l’’Inde entend devenir un « fournisseur de sécurité nette » (Robert Gates) pour l’océan Indien.
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