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Victoire de l’extrême droite en Colombie

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La victoire remportée in extremis par De la Espriella lors de l’élection présidentielle colombienne marque l’arrivée d’un nouveau type de gouvernement dans le pays. Le candidat de droite radicale s’est imposé avec 49,7 % des suffrages face au sénateur Ivan Cepeda, qui a obtenu 48,7 % des voix. Ce dernier représentait la gauche soutenue par le président sortant, Gustavo Petro, qui ne pouvait pas briguer un nouveau mandat.

Avec un écart d’à peine 300 000 voix entre les deux candidats, De la Espriella a célébré sa victoire tandis que Petro et Cepeda ont appelé à attendre les résultats définitifs avant de proclamer officiellement le nouveau président.

Le nouveau chef de l’État a recueilli près de 13 millions de suffrages, un résultat d’autant plus remarquable qu’il n’a commencé sa carrière politique que l’année précédente. Déjà au premier tour, il avait créé la surprise en arrivant en tête du scrutin, alors que peu d’observateurs l’imaginaient capable de s’imposer.

Ce succès est d’autant plus singulier que cet avocat pénaliste s’est fait connaître pour avoir défendu plusieurs personnalités dans des affaires très médiatisées. Parmi ses anciens clients figure notamment Alex Saab, proche allié du président vénézuélien Nicolás Maduro et poursuivi aux États-Unis pour blanchiment d’argent.

Dans cet article de Mister Prépa on t’expliquer les principales raisons comment le candidat surnommé « El Tigre » a réussi à remporter les élections.

 

Un étendard de l’extrême droite

De la Espriella s’est progressivement imposé comme le principal visage de la droite radicale colombienne. Sa campagne s’est construite autour d’un discours très critique envers la classe politique traditionnelle et d’une promesse d’appliquer une politique de fermeté afin de lutter contre l’insécurité qui touche le pays.

Parmi ses propositions les plus emblématiques figure la construction d’une dizaine de « méga-prisons », inspirées du modèle mis en place par le président salvadorien Nayib Bukele. Ce système est régulièrement critiqué par les organisations de défense des droits humains en raison des atteintes aux libertés individuelles qu’il pourrait engendrer.

Le nouveau président défend également le port légal d’armes pour les citoyens, qu’il présente comme une forme de patriotisme et de responsabilisation. Cette vision lui vaut d’être régulièrement comparé à l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, aujourd’hui condamné pour sa tentative de coup d’État.

Son projet de réduire d’environ 40 % la taille de l’État colombien ainsi que ses attaques répétées contre les élites politiques lui ont aussi valu des comparaisons avec le président argentin Javier Milei.

Ces idées rencontrent un écho particulier dans un contexte où les tentatives de paix engagées par Gustavo Petro avec les guérillas sont largement perçues comme un échec. Une partie de la population souhaite désormais abandonner la logique de négociation au profit d’une réponse beaucoup plus répressive face aux groupes armés.

Le rejet de la classe politique traditionnelle constitue également un facteur important de son succès. Une partie importante des Colombiens exprime une profonde défiance envers les institutions politiques et considère qu’un changement radical est nécessaire.

Afin de rassurer les électeurs les plus modérés, De la Espriella s’est entouré de José Manuel Restrepo, ancien ministre conservateur de l’Économie, choisi comme vice-président et principal conseiller économique.

Lire plus : Gustavo Petro et la Colombie face aux défis de la drogue

 

Une élection transformée en référendum sur Gustavo Petro

Cette élection présidentielle a également servi de test grandeur nature pour mesurer la popularité du gouvernement de Gustavo Petro.

Bien qu’il ne soit pas candidat, le président sortant a occupé une place centrale dans la campagne électorale. Son style très conflictuel ainsi que plusieurs mesures populaires lui ont permis d’améliorer sa cote de popularité au cours de sa dernière année de mandat. Malgré cette progression, une part importante de la population continue d’avoir une opinion défavorable de son action.

Gustavo Petro demeure une personnalité particulièrement clivante. Cette situation s’explique notamment par l’histoire du pays. Le souvenir de la gauche révolutionnaire ainsi que le passé de Petro au sein des guérillas continuent d’alimenter une certaine méfiance chez de nombreux électeurs.

Pour une partie de la population, le risque est de voir la Colombie suivre une trajectoire comparable à celle du Venezuela plutôt qu’à celle d’autres grandes démocraties latino-américaines comme le Mexique ou le Brésil.

 

L’influence de Donald Trump

À la suite des résultats du premier tour, Donald Trump a publiquement affiché son soutien à De la Espriella. Le président américain a qualifié Ivan Cepeda de « marxiste de la gauche radicale » et a affirmé que, si De la Espriella remportait l’élection « grâce à sa compétence et à son amour pour son pays », il bénéficierait du soutien total des États-Unis.

Cette prise de position n’est pas anodine. Depuis plusieurs décennies, la Colombie est le principal allié des États-Unis en Amérique latine, aussi bien sur le plan économique que sécuritaire.

De la Espriella, qui possède également la nationalité américaine, a rapidement remercié son « cher et respecté président Trump » dans une publication sur le réseau social X. Il y a promis de mener, aux côtés de Washington, une « guerre frontale et sans concession contre le narcoterrorisme ».

À l’inverse, Gustavo Petro a vivement critiqué cette intervention américaine, estimant que lorsqu’un pays cherche à influencer les décisions politiques d’un autre, « la liberté meurt ».

Les enquêtes d’opinion montrent que les Colombiens restent eux-mêmes divisés sur la personnalité de Donald Trump. En revanche, une majorité estime que le futur président doit entretenir de bonnes relations avec Washington, principal partenaire commercial de la Colombie et acteur majeur de son financement en matière de sécurité.

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Piotr Sienicki