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Interview de Lou Dumez : professeur d’ESH au Lycée Ampère et autrice de l’ouvrage 100 fiches pour l’ESH

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Rencontre avec Lou Dumez, professeur d’ESH au lycée Ampère à Lyon et autrice de l’ouvrage 100 fiches pour réussir en ESH, Méthodes pour la dissertation, outils de révision, modèles de formalisation, qui donne tous ses meilleurs conseils pour cartonner au concours.

 

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Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous raconter ce qui vous a donné envie d’enseigner l’ESH en classe préparatoire ?

Je suis professeure en Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) à Lyon où j’enseigne l’ESH, Économie, Sociologie et Histoire du monde contemporain, en première et en deuxième années. Après l’agrégation de Sciences économiques et sociales, j’ai commencé par enseigner au lycée et dans des établissements du supérieur comme Sciences Po Lille, mais dès le début je savais que je voulais aller en prépa. A la fois parce que je suis moi-même passée par une CPGE, et que j’ai été marquée par la richesse des enseignements et les progrès que permettent ces formations. Mais aussi parce que je trouve le programme d’ESH de prépa véritablement passionnant. Il est très varié tout en permettant d’approfondir chaque thématique étudiée, avec des liens toujours très étroits avec l’actualité, ce qui le rend extrêmement vivant et dynamique.

 

Quand on enseigne en prépa, on accompagne les étudiants dans une période particulièrement intense. Qu’est-ce qui vous motive le plus dans ce métier au quotidien ?

Comme vous venez de le dire, enseigner en prépa, ce n’est pas que transmettre des connaissances. C’est accompagner des étudiants dans une étape importante de leur vie qui est la préparation aux concours des grandes écoles. C’est une période intense car c’est une période d’enrichissement et de dépassement intellectuel ; une période de transition, entre le statut de lycéen et celui d’étudiants jeunes adultes ; une période aussi qui peut générer du stress, des angoisses et un sentiment de déception chez certains quand les résultats ne sont pas la hauteur des espérances et des efforts fournis…Et donc je trouve que le professeur de CPGE a un vrai rôle à jouer pour accompagner les étudiants dans tous ces défis. Cela suppose de créer un vrai lien avec un groupe, avec une classe. Cela suppose de connaître chaque étudiant individuellement, ses forces et ses faiblesses, pour le guider au mieux vers ses objectifs. Il ne s’agit pas uniquement de transmettre des connaissances, aussi riches soient-elles, à un public assez anonyme, comme ça peut être le cas dans d’autres formations. C’est bien plus que cela, et c’est ce que je trouve très beau dans ce métier.

 

Beaucoup d’étudiants arrivent en prépa avec une certaine appréhension de l’ESH. Qu’est-ce qui les surprend le plus dans cette matière lorsqu’ils la découvrent vraiment ?

Alors selon mon expérience, je n’ai pas trop senti cette appréhension. C’est peut-être lié au fait que j’enseigne surtout aujourd’hui en deuxième année, et que je n’interviens que peu en première année. En général, c’est une discipline appréciée des étudiants ; beaucoup la connaissent déjà un peu à travers leur expérience de la spécialité SES (Sciences économiques et sociales) au lycée. Ils apprécient en général beaucoup le fait qu’elle soit si proche de l’actualité, qu’elle leur offre les clés et les outils pour mieux comprendre le monde qui les entoure. Mais cela peut aussi représenter un danger pour eux, car il leur faut comprendre que c’est aussi une discipline rigoureuse, avec ses propres outils, mais aussi son propre langage, ses propres concepts. Et il leur faut maîtriser ce langage et ces concepts.

 

Vous avez récemment publié un ouvrage autour de 100 fiches pour réussir en ESH. Comment est née l’idée de créer ce livre ?

L’idée de ce livre est venue de deux constats. D’abord, et comme je vous le disais juste avant, le fait que de nombreux étudiants ont des difficultés à produire un raisonnement économique qui soit suffisamment rigoureux. Or la formalisation, c’est-à-dire l’introduction de graphiques et d’équations, désormais attendue par les écoles de commerce, est justement là pour cela. Une partie de l’ouvrage propose une liste non exhaustive d’outils de formalisation classés en fonction des grandes thématiques du programme d’ESH. L’autre constat est lié au fait que parmi les étudiants de classe prépa, il y en a beaucoup qui, malgré leurs connaissances et leurs réels efforts pour apprendre le cours, ne parviennent pas à progresser en dissertation. Ils ont alors tendance à considérer comme une fatalité le fait d’être « bon » ou « mauvais » en dissertation. Mais c’est une erreur : disserter ne va pas de soi. Cela suppose l’application d’une méthode et de règles qui ont été intériorisées grâce à un apprentissage particulier. Présenter ces règles et fournir une méthode synthétique pour réussir la dissertation est l’autre objectif de cet ouvrage. 

 

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La couverture du livre 100 fiches pour réussir en ESH

 

Concrètement, comment un préparationnaire peut-il utiliser ces fiches ? (logique support de révision, complément de cours…) 

Concrètement, il y a trois types de fiches et donc trois manières de les utiliser pour un préparationnaire. Les 10 fiches qui concernent la méthode de la dissertation doivent être travaillées par l’étudiant en les appliquant à des sujets tout au long de l’année. D’abord avec le manuel sous les yeux, puis quand la méthode en question sera intériorisée l’étudiant doit apprendre à progressivement s’en détacher. Je propose aussi 10 exemples d’outils de révision qui peuvent aider l’étudiant à s’organiser dans son travail personnel (construction des fiches de révision, entraînements sur annales, etc.). Enfin, les 80 fiches de formalisation sont là en complément des cours : elles donnent des exemples de la manière dont tel graphique ou telle équation peuvent être utilisés de façon synthétique au sein d’une copie.

 

Selon votre expérience, qu’est-ce qui distingue une copie notée 4, 12, 16 et 20 en ESH ?

Je dirais qu’une copie notée 4 cumule quatre difficultés : non-respect des attendus formels de la dissertation ; absence de connaissances ; mauvaise compréhension des attentes du sujet ; absence d’une démonstration personnelle argumentée et organisée. Les copies notées 12 ou 16 vont bien sûr répondre mieux à ces quatre types d’attentes mais de manière imparfaite, à la différence de la copie qui obtiendra 20/20.

 

Lorsqu’un étudiant découvre un sujet de dissertation, quelle est selon vous l’erreur la plus fréquente qu’il ne doit surtout pas commettre ?

Plaquer ses connaissances sur le sujet sans se demander si celles-ci vont être vraiment utiles à la réponse et la démonstration qu’il va ensuite apporter. C’est quelque chose que je répète souvent à mes étudiants. Il est difficile de faire le deuil de tout ce qui a été appris mais ne pourra pas être réutilisé dans la copie. C’est pourtant indispensable.

 

À l’inverse, quel est le premier réflexe que devraient avoir les meilleurs préparationnaires face à un sujet d’ESH ?

Réfléchir au sujet par eux-mêmes. Sans essayer de se demander quel chapitre, quelle partie du cours ils vont pouvoir coller dessus. Les connaissances sont bien sûr là, en arrière-plan, pour les aider à mener à bien cette première étape. Mais dans cette première étape décisive, ce qu’on appelle souvent « l’analyse du sujet » et que je détaille dans la première fiche de l’ouvrage, il ne doit y avoir que le sujet et rien que le sujet.

 

On parle beaucoup de problématisation en dissertation. Comment expliquer simplement ce que signifie « bien problématiser » un sujet ?

Il s’agit de tout simplement montrer comment on s’est approprié le sujet à travers la réflexion personnelle qu’on a menée autour des tensions et questionnements sous-entendus. C’est en effet un exercice difficile mais si les étudiants disposent des bons réflexes et de la bonne méthode, il n’a rien d’insurmontable ! J’y consacre aussi une petite fiche en proposant justement quelques éléments qui peuvent servir de point de départ au candidat.

 

L’introduction est souvent décisive dans une copie. Quels sont, selon vous, les éléments indispensables d’une très bonne introduction en ESH ?

Oui elle est décisive car elle fournit au lecteur une première impression souvent déterminante. On attend trois choses essentielles dans une bonne introduction : une accroche qui permette d’attirer l’attention du lecteur en le plaçant dans la perspective du sujet ; une définition des termes clés qui soit insérée dans la justification de l’intérêt du sujet ; enfin l’annonce de la problématique et du plan. Ce sont trois éléments qui paraissent simples et évidents, mais sur lesquels les candidats commettent souvent des maladresses. Dans l’ouvrage, je m’appuie sur les rapports de jury pour rappeler quelles sont les choses à faire et à ne pas faire dans ces trois moments clés.   

 

Beaucoup d’étudiants se demandent comment répartir leur temps pendant l’épreuve. Avez-vous une méthode ou des repères à recommander pour gérer efficacement la dissertation ?

C’est une question qui revient souvent chez les étudiants, ce qui est normal car l’organisation du temps doit être particulièrement rigoureuse le jour de l’épreuve. Une épreuve de quatre heures, c’est à la fois très long et très court. Si le temps nécessaire pour rédiger varie bien évidemment en fonction de chaque candidat, on peut envisager les ordres de grandeur approximatifs suivants :

  • 15 minutes pour l’analyse du sujet
  • 20 minutes pour le plan provisoire et la problématique
  • 30 minutes pour le plan détaillé
  • 20 minutes pour le brouillon de la conclusion et la rédaction de l’introduction
  • 2 heures 20 pour la rédaction
  • 10 minutes pour la relecture et la correction des fautes.

 

Après plusieurs années de correction de copies, quelles sont les erreurs que vous voyez revenir le plus souvent chez les préparationnaires ?

J’en citerais deux principalement. D’abord comme je le disais plus tôt, le fait de réciter son cours en plaquant des connaissances qui s’éloignent du sujet. Ensuite, le fait de manquer de précision ce qui donne des explications confuses qui n’apportent rien à l’argumentation et non un raisonnement rigoureux comme l’attend la dissertation.

 

Recommandez-vous aux étudiants de travailler à partir des bonnes copies et des rapports de jury, et si oui comment peuvent-ils les utiliser efficacement pour progresser ?

Bien sûr, ça me semble indispensable. Il faut dès la première année en lire régulièrement, notamment avant chaque devoir surveillé, pour bien avoir toujours à l’esprit les attentes du jury et s’employer à s’en rapprocher de plus en plus au fur et à mesure des entraînements.

 

Pour conclure, si vous deviez donner trois conseils essentiels aux préparationnaires qui passent les concours cette année en ESH, quels seraient-ils ?

Trois conseils pour le jour de l’épreuve ? Appuyez-vous sur une méthode rigoureuse pour ne pas vous disperser malgré la tension et la difficulté apparente du sujet. N’oubliez pas que c’est la qualité de l’analyse qui est le principal critère de notation, et non la quantité de connaissances. Enfin, faites-vous confiance et faites-vous plaisir en rédigeant car après deux ans de formation en ESH en prépa, vous avez toutes les cartes en main pour produire une vraie réflexion argumentée.

 

Lire plus : Comment ficher l’ESH ?

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Maxime Diguet