Les palmarès classent les classes préparatoires sur leurs taux d’intégration dans les grandes écoles. Un calcul élémentaire montre que ces taux dépendent d’abord du niveau des élèves recrutés. Une fois ce facteur neutralisé, ce qui reste mesure la progression apportée par l’établissement lui-même.
Un classement prépa récompense d’abord un recrutement
Les palmarès de prépas publient deux colonnes que l’on rapproche rarement : le rang de l’établissement, fondé sur les écoles que ses étudiants intègrent, et la moyenne au bac des élèves qu’il a recrutés. Mises côte à côte, les deux séries se superposent presque.
Le calcul a été fait sur les prépas ECG d’Île-de-France, périmètre où les viviers de recrutement sont comparables, en croisant des classements de prépas, établis sur les résultats du concours 2025, et la colonne « moyenne au bac » du classement du Figaro Étudiant. Le seul niveau des élèves à l’entrée explique 76,6 % des écarts de rang entre établissements. Sur la moyenne des trois dernières éditions, qui lisse les aléas d’une promotion, on atteint près de 85 %.
Les classements gardent leur utilité : ils renseignent les familles sur les débouchés. Ils répondent mal, en revanche, à la question que la plupart se posent au moment de choisir, qui est de savoir où un élève progressera le plus. Un bon rang indique surtout que l’établissement recrute bien.
La droite, et l’écart à la droite de Myprépa
Le principe du calcul est simple. On place chaque prépa sur un graphique, son niveau de recrutement en abscisse et son rang en ordonnée, puis on trace la droite qui passe au plus près de l’ensemble des points. C’est une régression linéaire, l’outil le plus ordinaire de la statistique descriptive.
Cette droite indique le rang qu’obtient une prépa moyenne à un niveau de recrutement donné. Chaque établissement se situe au-dessus ou au-dessous, et cette distance verticale porte un nom : le résidu. Elle correspond à la part du résultat que le recrutement n’explique pas, celle qui revient à ce qui se passe entre l’entrée et le concours : la qualité des professeurs, les méthodes enseignées, l’accompagnement, l’entraînement.

Chaque point est une prépa ECG francilienne d’au moins vingt candidats au concours. La droite est la régression du rang sur la seule moyenne au bac à l’entrée.
Une prépa située sur la droite obtient le rang que son recrutement laissait attendre. Plus elle s’éloigne vers le haut, plus elle a apporté à ses étudiants quelque chose qu’ils n’avaient pas en arrivant.
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Myprépa : le point le plus éloigné de la droite
Sur cette édition, l’établissement qui s’écarte le plus de la tendance est MyPrepa, prépa privée hors contrat installée boulevard Saint-Germain. Avec une moyenne au bac de 14,72 à l’entrée, la plus basse des trente premières prépas du classement, la droite la situe au 68ᵉ rang national. Elle sort 13ᵉ sur 167, soit 55 places au-dessus de sa position attendue. C’est le premier écart des 36 prépas franciliennes de l’échantillon.
Le même calcul, appliqué à une grandeur absolue plutôt qu’à un rang, donne le même résultat. À ce niveau de recrutement, une promotion place en moyenne 28,4 % de ses étudiants dans une école du Top 5 (HEC, ESSEC, ESCP, EDHEC, emlyon). MyPrepa en a placé 67 % au concours 2025, soit 38,6 points de plus qu’attendu.

La même régression, appliquée à la part d’une promotion admise dans une école du Top 5 au concours 2025. 34 prépas franciliennes. Sources : prepaecg.com (SIGEM / BCE 2025) et Figaro Étudiant 2026.
L’écart ne tient pas à une promotion particulière. Refait sur les éditions 2024, 2025 et 2026 du classement, le calcul place MyPrepa à +39,5 places en moyenne au-dessus de la tendance, au premier rang des 35 prépas franciliennes présentes sur toute la période.
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Comment se fabrique un écart de cinquante places
Reste à savoir ce qui produit un tel écart. L’établissement l’attribue d’abord à ses professeurs : à leur niveau, et au temps qu’ils passent avec les étudiants en dehors des cours.
Le profil de l’équipe Myprépa
L’équipe réunit des anciens élèves de l’École normale supérieure et des agrégés dans chacune des matières du concours, ainsi que des diplômés d’HEC, de l’ESCP, de l’EM Lyon, des Mines de Paris et de Sciences Po. Plusieurs d’entre eux corrigent ou font passer les épreuves des concours qu’ils préparent, et enseignent par ailleurs à Sorbonne Université, à Sciences Po Paris ou à Panthéon-Sorbonne. Un enseignant qui a corrigé des centaines de copies sait ce qu’un jury valorise et peut le transmettre en termes précis.
Antoine Lagarde, professeur de mathématiques, diplômé d’HEC et major des écrits, a repassé les concours cette année dans les conditions réelles de l’épreuve. Rares sont les enseignants de prépa à se remettre ainsi en situation de candidat.
La direction pédagogique enseigne elle aussi. Olivier Sarfati, fondateur de l’établissement et diplômé d’HEC, assure des cours de mathématiques. Il est l’auteur des « Secrets pour intégrer HEC » (Dunod) et dirige une collection d’ouvrages de mathématiques, d’économie et de géopolitique construits sur l’analyse de quarante ans d’annales.
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Des professeurs à temps plein, présents tous les jours chez Myprépa
Dans chaque matière clé, les professeurs sont titularisés et à temps plein, et la plupart n’enseignent dans aucune autre prépa ECG. L’équipe est volontairement resserrée autour d’un petit nombre d’enseignants, ce qui permet d’assurer une permanence quotidienne dans les locaux.
L’effet se mesure surtout en délais. Là où les professeurs sont vacataires et ne passent que quelques heures par semaine dans l’établissement, une question posée le mardi attend souvent le mardi suivant. Ici, un étudiant obtient le jour même une reprise de copie, un point de méthode, une colle supplémentaire ou un rendez-vous avec la direction pédagogique. Les locaux du boulevard Saint-Germain restent ouverts sept jours sur sept jusqu’à 22 h 30.
Les enseignants sont sélectionnés et reconduits sur les résultats de leurs étudiants et sur l’avis de ceux-ci, recueilli par des enquêtes de satisfaction menées en cours d’année.
Le suivi individuel made by Myprépa
Quatre dispositifs sont proposés à la demande tout au long de l’année : la reprise de copie avec son professeur, qui consiste à rouvrir le sujet et à refaire le plan ; la disponibilité quotidienne de l’équipe et de la direction ; une préparation mentale incluse dans la scolarité, collective ou individuelle ; une préparation aux oraux étalée sur l’année, avec des concours blancs oraux ouverts au public sur le modèle d’HEC et des colles à volonté entre l’écrit et l’oral. Au concours 2026, tous les étudiants admissibles dans une école du Top 3 ont été admis.
L’entraînement complète le dispositif : dix concours blancs écrits et oraux sur deux ans, contre quatre à six dans une prépa traditionnelle, un concours blanc avant chaque coupure, et des stages de vacances compris dans la scolarité, assurés par les professeurs de l’année, à raison de quinze heures de mathématiques et sept heures d’anglais par période. Un étudiant de prépa passe près d’un tiers de l’année hors des murs.
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L’organisation des cours suit la même logique. La classe inversée, où les supports sont distribués en amont et le temps de classe consacré aux mises en situation et au retour du professeur, et la LiveClass, plateforme développée en interne depuis 2013 qui enregistre et indexe les séances, libèrent le temps d’enseignement qu’absorbait le cours magistral. S’y ajoute un cycle de conférences adossé aux matières du concours, où les étudiants écoutent et interrogent des auteurs qu’ils citent dans leurs copies : Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Thomas Gomart, Frédéric Encel, Jérôme Fourquet ou Raphaël Enthoven.
Aucun de ces éléments n’apparaît dans les données que publient les classements. Ils ne se lisent que dans l’écart à la droite.
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