Afin de mieux comprendre le cours, nous avons ici préféré une approche par thème plutôt que par conférences, mais voici le titre des conférences :
- VIDÉO 1 : Introduction : Repenser le capital : le pouvoir de la destruction créatrice
- VIDÉO 2 : Expliquer le décrochage technologique de l’Europe par rapport aux États-Unis
- VIDÉO 3 : Croissance et dynamique des entreprises
- VIDÉO 4 : Innovation verte et le débat sur la décroissance
- VIDÉO 5 : L’impact économique de l’intelligence artificielle
- VIDÉO 6 : Faut-il craindre l’innovation en Chine
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L’innovation, moteur de croissance
Philippe Aghion place l’innovation au cœur de la croissance économique, en particulier l’Intelligence Artificielle et l’innovation verte. Selon lui, ces deux leviers transforment les secteurs industriels, améliorent la productivité et créent de nouvelles opportunités économiques. L’IA permet l’automatisation avancée dans l’industrie, la santé et la finance, et pourrait augmenter la productivité mondiale de 40 % d’ici 2035, tout en modifiant ou supprimant près de 40 % des emplois actuels.
Destruction créatrice et dynamique des entreprises
Le concept de destruction créatrice, inspiré de Schumpeter, illustre comment les innovations perturbent les industries établies tout en générant de nouvelles activités. La révolution industrielle illustre ce mécanisme : machines à vapeur et innovations ont détruit des métiers artisanaux mais créé des millions d’emplois industriels. Aujourd’hui, l’IA et les technologies numériques reproduisent cette dynamique, exigeant des entreprises qu’elles innovent pour survivre. Les entreprises innovantes sont également le principal moteur de création d’emplois dans les économies développées, tandis que celles qui restent passives stagnent.
Néanmoins, Philippe Aghion souligne que certaines entreprises ne parviennent pas à innover et deviennent des entreprises zombies, survivant grâce à des soutiens financiers ou réglementaires sans contribuer à la croissance. Ces entreprises freinent la productivité et empêchent l’émergence de nouveaux acteurs innovants, rendant la destruction créatrice essentielle pour renouveler le tissu économique et stimuler la compétitivité.
Innovation verte, croissance durable et décroissance
Aghion défend la croissance durable par l’innovation verte, opposée à la décroissance. Les technologies renouvelables comme le solaire, l’éolien et l’hydrogène permettent de réduire les émissions de CO2 tout en maintenant la croissance économique. La Suède, par exemple, a réduit ses émissions de 25 % entre 1990 et 2020 tout en conservant une croissance annuelle de 2 %. L’innovation verte génère également des effets d’entraînement (“spillovers effects”) qui profitent à l’ensemble de l’économie et peuvent créer de nouveaux emplois.
Aghion plaide pour une taxation carbone combinée à des subventions et à une politique industrielle verte, accompagnée d’un soutien massif à la R&D pour accélérer la transition énergétique. Il propose même une DARPA européenne de l’énergie, inspirée de l’agence américaine de défense, pour financer des projets de rupture dans les technologies propres.
Rôle de l’IA
L’IA est vue comme un moteur majeur de croissance et d’innovation. Elle transforme plusieurs domaines comme l’industrie en optimisant les processus et en améliorant les performances des entreprises. Cependant, l’adoption de l’IA présente des risques : concentration de la richesse, inégalités sociales et suppression d’emplois peu qualifiés. Les politiques publiques doivent garantir que l’IA profite à l’ensemble de la société, en favorisant la requalification des travailleurs et la redistribution des gains. En ce sens, jusqu’à 30 % des tâches pourraient être automatisées d’ici 2030.
Retard technologique de l’Europe
Aghion explique le décrochage technologique européen par plusieurs facteurs :
- Faiblesse des innovations de rupture, comparée aux États-Unis et aux GAFAM.
- Marché fragmenté et régulations nationales multiples qui limitent la croissance d’entreprises capables de devenir des leaders mondiaux.
- Politiques publiques moins favorables à l’innovation, avec des budgets R&D plus faibles (2 % du PIB contre 3 % aux États-Unis).
- Formation et capital humain insuffisants, avec moins de diplômés dans les STEM par rapport aux États-Unis (30 % contre 50 %).
Pour combler ce retard, l’Europe doit renforcer ses investissements en R&D, harmoniser ses marchés et encourager une éducation technologique intensive.
Croissance endogène et rôle des entreprises
Selon Aghion, la croissance économique endogène repose sur l’innovation et l’accumulation de connaissances, non sur le capital ou le travail seuls. L’innovation, qu’elle soit technologique, verte ou numérique, est le moteur principal de la productivité et de la création d’emplois. Les entreprises qui investissent dans l’innovation deviennent de plus en plus importantes et imposantes, tandis que les autres entreprises stagnent. Google montre que la R&D continue crée croissance et diversification via de nouveaux produits, tandis que Tesla prouve que les innovations durables transforment l’industrie et réduisent l’impact environnemental.
Politiques publiques et transition écologique
Les gouvernements ont un rôle essentiel pour favoriser l’innovation et soutenir la transition écologique. Les initiatives comme le Green Deal européen et le CHIPS Act américain montrent l’importance de combiner incitations fiscales, subventions et investissements publics massifs en R&D pour stimuler l’innovation.
Compétition mondiale et innovation
La compétition internationale, notamment avec la Chine, est un enjeu stratégique. La Chine investit massivement dans l’IA et les technologies vertes, comptant plus de 500 000 chercheurs en intelligence artificielle en 2023, contre environ 300 000 aux États-Unis. Les dépenses en recherche et développement (R&D) représentent environ 2 % du PIB en Europe, contre 3 % aux États-Unis, et atteignent encore davantage en Chine dans certains secteurs stratégiques. Ce déséquilibre met en évidence le retard structurel des entreprises européennes face à la Chine et aux États-Unis.
Selon Philippe Aghion, préserver leur compétitivité exige des politiques publiques ambitieuses, combinant investissements ciblés en R&D, subventions à l’innovation et renforcement de la formation et des compétences technologiques du capital humain.
Conclusion
Philippe Aghion propose une vision où innovation technologique, innovation verte et politiques publiques se combinent pour générer une croissance économique durable.
L’IA et les technologies propres offrent d’énormes opportunités, mais leur adoption doit être encadrée pour éviter les inégalités et maximiser les bénéfices économiques et sociaux. La réussite de cette stratégie repose sur la coordination entre entreprises, gouvernements et société civile, la formation des travailleurs et des investissements ciblés en R&D. L’objectif est une économie plus productive, durable et résiliente face aux défis climatiques et technologiques du XXIᵉ siècle.
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