Contrairement à la France, l’Italie est une République parlementaire. Le Président de la République, Presidente della Repubblica, ne dirige pas le gouvernement. Chef de l’État, Capo dello Stato, il représente l’unité nationale et occupe une place particulière dans l’équilibre des institutions italiennes. La Constitution lui confie plusieurs pouvoirs, notamment la promulgation des lois et la nomination du Président du Conseil. Il ne détermine toutefois pas directement la politique du pays.
Depuis 2015, cette fonction est occupée par Sergio Mattarella, réélu en 2022 pour un second mandat de sept ans. Juriste, ancien ministre et ancien juge constitutionnel, il a traversé plusieurs crises gouvernementales et une période politique particulièrement mouvementée. Mais quel est réellement le rôle du Quirinale dans la vie politique italienne, et jusqu’où peut aller l’influence de celui qui l’occupe ?
Le Président de la République italienne : élection et pouvoirs
Contrairement au Président de la République française, le Presidente della Repubblica n’est pas élu directement par les citoyens. Le Parlement l’élit à bulletin secret, en séance commune, avec la participation de 58 délégués régionaux. Chaque région en désigne trois, sauf la Vallée d’Aoste qui n’en désigne qu’un. Lors des trois premiers tours, une majorité des deux tiers de l’assemblée est nécessaire ; à partir du quatrième, la majorité absolue suffit.
Pour être élu, il faut être citoyen italien, avoir au moins 50 ans et jouir de ses droits civils et politiques. Le Capo dello Stato exerce ensuite un mandat de sept ans. Ce mode d’élection et la durée du mandat permettent au Président de conserver une certaine continuité institutionnelle, indépendamment des changements de majorité parlementaire.
La Constitution lui confie plusieurs compétences essentielles. Parmi ses attributions figurent la promulgue des lois, les messages aux Chambres et la convocation des élections et référendums prévus par la Constitution. Le chef de l’État préside aussi le Consiglio Superiore della Magistratura et peut accorder la grâce. Il exerce enfin le commandement des forces armées.
Son rôle est particulièrement important lors de la formation d’un gouvernement. Il nomme le Presidente del Consiglio, puis les ministres sur proposition de celui-ci. Il peut également dissoudre les Chambres après avoir entendu leurs présidents. Enfin, avant de promulguer une loi, il peut demander au Parlement une nouvelle délibération par un message motivé. Si les Chambres adoptent à nouveau le texte, il doit cependant le promulguer.
Le Président italien dispose donc de prérogatives importantes, sans pour autant conduire la politique du pays à la place du gouvernement. C’est surtout dans les périodes d’instabilité que la portée de ces pouvoirs apparaît pleinement.
Lire plus : L’unification italienne : la naissance d’une République
Le Président italien à l’épreuve des crises politiques
C’est dans les périodes d’instabilité que les prérogatives du Quirinale prennent toute leur importance. On parle alors de poteri a fisarmonica, ou « pouvoirs en accordéon ». Les compétences constitutionnels restent identiques, mais l’influence du Président augmente lorsque les partis peinent à trouver une majorité. Cette logique s’est notamment manifestée sous la présidence de Sergio Mattarella, confronté à plusieurs crises gouvernementales.
L’année 2018 en offre l’un des exemples les plus marquants. Après les élections législatives, plusieurs semaines de négociations aboutissent à un accord entre le Movimento 5 Stelle et la Lega. Giuseppe Conte est alors chargé de former un gouvernement. Paolo Savona, connu pour ses critiques envers l’euro, est proposé au poste de ministre de l’Économie. Mattarella s’oppose à sa nomination. Giuseppe Conte renonce alors temporairement à former son gouvernement. Dans une déclaration publique, le Président justifie notamment sa décision par la nécessité de protéger l’épargne des Italiens et rappelle l’importance des engagements européens de l’Italie.
L’épisode déclenche immédiatement un débat sur les limites du pouvoir présidentiel. L’article 92 prévoit que le Président nomme les ministres « sur proposition » du Président du Conseil. Il ne précise toutefois pas l’étendue de sa marge d’appréciation. Certains constitutionnalistes estiment que le chef de l’État peut s’opposer à une nomination dans des circonstances exceptionnelles. D’autres contestent l’existence d’un véritable droit de veto. Valerio Onida, ancien président de la Cour constitutionnelle, considère notamment que le Président ne dispose pas d’un pouvoir personnel de décision politique sur la composition du gouvernement.
Le 1er juin 2018, Giuseppe Conte prête finalement serment, avec Giovanni Tria à l’Économie et Paolo Savona aux Affaires européennes. Cette crise illustre le poids que peut prendre le Président lorsque l’équilibre parlementaire se fragilise.
Lire plus : L’histoire politique de l’Italie : de l’unification à nos jours
Sergio Mattarella : plus de dix ans à la présidence italienne
Né à Palerme en 1941, Sergio Mattarella est juriste et ancien professeur de droit parlementaire avant d’entamer une longue carrière politique. Député à partir de 1983, plusieurs fois ministre puis vice-président du Conseil, il quitte la vie parlementaire en 2008. Trois ans plus tard, il est élu juge à la Cour constitutionnelle, fonction qu’il occupe jusqu’à son élection à la présidence de la République. Le 31 janvier 2015, il devient ainsi le douzième Président de la République italienne avec 665 voix au quatrième tour.
De Matteo Renzi à Mario Draghi, Mattarella voit se succéder plusieurs gouvernements et doit également représenter l’unité nationale pendant la pandémie de Covid-19. En 2020, il appelle à la solidarité et à la cohésion nationale; tout en rappelant que les décisions sanitaires relèvent du gouvernement. En 2021, après la démission de Giuseppe Conte II, il confie à Mario Draghi la mission de former un nouveau gouvernement, qui prête serment le 13 février.
Mattarella s’apprête pourtant à quitter le Quirinale au début de 2022. Après plusieurs tours de scrutin sans accord entre les forces politiques sur son successeur, son nom s’impose de nouveau. Le 29 janvier 2022, Mattarella accepte finalement un second mandat. Il est réélu au huitième tour avec 759 voix sur 983 votants. Cette réélection intervient alors qu’il bénéficie d’une forte confiance dans l’opinion : Selon Demopolis, sa côte de confiance atteint 70 %, contre 45 % au moment de sa première élection en 2015, avec un pic de 75 % pendant la phase la plus dure de la pandémie.
Après les élections de 2022, Mattarella confie à Giorgia Meloni la formation du gouvernement le 21 octobre, avant son entrée en fonction le lendemain. Toujours en fonction en 2026, Mattarella incarne la continuité institutionnelle malgré les crises politiques.
Lire plus : comment mobiliser Sergio Mattarella dans un essai aux concours
Conclusion
Le Président de la République italienne ne gouverne pas, mais joue un rôle essentiel dans l’équilibre des institutions. La Constitution en fait le Capo dello Stato et le représentant de l’unité nationale, tout en encadrant précisément ses prérogatives. L’expérience de Sergio Mattarella montre toutefois que l’importance du Quirinale se révèle particulièrement lorsque le système politique traverse des périodes d’instabilité. Après plus de onze ans à la tête de l’État, son parcours constitue ainsi un exemple particulièrement utile pour comprendre le fonctionnement de la République parlementaire italienne.






